Investissements dans les friches

Visions du futur

d'Lëtzebuerger Land du 19.07.2001

À l'origine était la culture, la ministre Erna Hennicot-Schoepges (PCS) le confirma mercredi. Si l'idée de la reconversion des friches industrielles découla de la tripartite acier de 1996 et fut rendue possible par le basculement de la production de l'Arbed à la  filière électrique, l'initiative de garder un certain nombre de bâtisses comme témoins d'une époque, celle de l'industrie sidérurgique, naquit avec le classement en monument national du dernier haut fourneau à s'être éteint. C'était donc une ministre assez satisfaite - dans sa triple fonction de ministre de la Culture, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ainsi que des Travaux public - qui présenta mercredi les grandes lignes du concept des infrastructures culturelles et d'enseignement supérieur sur la friche de Belval-Ouest. 

Et elle put annoncer quelques nouveautés : les derniers plans pour la future Rockhal ne vont plus en direction d'une seule salle de concerts, mais d'un complexe entier dédié aux musiques amplifiées et comprenant deux salles de concerts, une grande de 3 500 places et une petite de 500 places, treize salles de répétition dont cinq grandes de cent mètres carrés, des équipements pour enregistrements, des loges et même un centre de documentation. Ce sera une nouvelle construction, la salle des soufflantes prévue pour la Rockhal par la loi de 1999 sera intégralement sauvegardée, mais on ne sait pas encore pour quelle destination. Un centre de documentation sur la culture industrielle sera implanté quelque part sur le plateau des hauts-fourneaux, le lieu exact n'est pas encore arrêté, mais il aura pour mission de documenter l'industrie sidérurgique et sera animé par toutes sortes de workshops. Puis, côté culture, sera encore implanté le nouveau bâtiment des Archives nationales sur les friches, avec une demande d'au moins 145 kilomètres de rayonnages ; là non-plus, aucun site spécifique n'a encore été défini. 

Le joyau des investissements de l'État à Esch-Belval, le projet phare censé prouver la volonté et la conviction du gouvernement que les friches industrielles valent l'investissement, c'est bien sûr la Cité des sciences, de la recherche et de l'innovation dont on sait depuis mai de cette année qu'elle sera le troisième site de l'Université de Luxembourg. Pour cela, elle sera tout ce qu'il y a de plus pointu, entièrement dédiée aux troisièmes cycles et à la recherche dans le domaine des nouvelles technologies. Ainsi, y seront regroupés les sections afférentes du Cunlux (département des sciences, département des études en gestion et en informatique), la partie biologie moléculaire du CRP Santé, puis, à terme, l'Institut supérieur de technologie, le CRP Gabriel Lippmann, le CRP Henri Tudor, le Ceps/Instead, le Centre virtuel des connaissances sur l'Europe - bref, tout ce qui, de près ou de loin, peut « faire XXIe siècle » et technologies du futur. À cela s'ajouteront toutes les infrastructures connexes : bibliothèque, salles de conférences, logements pour étudiants et pour chercheurs. Plus un tout nouveau lycée secondaire.

Le week-end dernier, huit équipes d'urbanistes (dont une luxembourgeoise, Schemel [&] Wirtz) partirent avec les données du Masterplan adapté au fil des mois ; d'ici novembre, ils proposeront à la société de développement Agora des solutions concrètes, adaptées aux exigences des clients : grande mixité des fonctions, importance accordée à la qualité de vie etc. De son côté, le ministre des Transports, Henri Grethen (PDL), put présenter mercredi les efforts énormes que le gouvernement va faire dans le Sud, notamment dans le domaine des transports en commun : élargissement du réseau de trois voies ferrées actuellement à huit voies, mais aussi le tracé projeté du futur prolongement de l'autoroute en direction de la France, en passant en souterrain par le site d'Esch-Belval. 

En relation avec Agora, l'État promoteur sera un client comme un autre, avec néanmoins quelques clauses garantissant l'acquisition de terrains à des conditions plus favorables prévues dans le contrat qui lie les deux parties, l'État et l'Arbed, dans la société de développement. Pour gérer les quelque 45 milliards de francs (!) que l'État compte y investir en bâtiments publics, le gouvernement a prévu la création à durée déterminée d'un établissement public en charge de la coordination entre les sept ou huit ministères concernés. Chaque projet de construction devra néanmoins passer la Chambre des députés sous forme de projet de loi, cela coule de source. 

Reste le calendrier : en 2002, les premiers investisseurs privés devraient pouvoir commencer à construire, des infrastructures provisoires leur seront garanties. Vers 2006, les premières constructions devraient être prêtes, en 2012, le gros des projets seraient réalisés. Dans un monde idéal. 

 

Au sujet de l'évolution du concept de reconversion des friches, voir notre dossier Friches industrielles sur www.land.lu. Vous y trouverez également les idées de Denis Scuto pour un musée de l'industrie vivant dans notre dossier Musées et le débat sur la future Rockhal dans notre dossier A propos Rock. 

 

josée hansen
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