Luxemburgensia

Mal d’ici et de là-bas

d'Lëtzebuerger Land du 22.11.2013

Un livre, un vrai (enfin ?). Qu’on ne regrettera pas d’avoir acheté. Qui a sa place à portée de main, sur la table de chevet par exemple, pour qu’on puisse le lire à petit feu ou le relire, à sa guise, par passages ou dans son entièreté. Un livre dont le contenu n’est pas délayé. Et du contenu, il y en a plus de deux cents pages noircies d’une police fine et serrée. Une seule illustration, celle de la couverture. Passablement pixellisée d’ailleurs. Preuve que l’attention s’est focalisée ailleurs. Un livre aux antipodes de ceux qu’édite Maison Moderne ou Saint-Paul, pour ne citer qu’eux. Bref, un livre à lire et non un magazine à feuilleter. Historique, philosophique, littéraire, psychologique entre autres. Qui tend à l’exhaustivité. Qui mêle objectivité et subjectivité. Donc docte et partial aussi. Multidirectionnel, à l’image de son auteur, Paul Rauchs, multicartes, puisque psychiatre de son état, mais également auteur, chroniqueur pour cet hebdomadaire-ci et s’immisçant ci et là dans la scène culturelle et politique.

Du bon usage de la nostalgie, tel est le titre de l’ouvrage, le troisième de l’auteur. Un essai. Savant. Alignant réflexions, références et citations. Et, pour le plaisir de la lecture, parsemé de succulences. Telles que « la maladie n’est pas loin d’être ressentie comme une mauvaise herbe » ou « la femme est moins sujette à la nostalgie […] parce que 'son esprit versatile se plie à toutes les nécessités' » ou encore les nombreux aphorismes de Georges Brassens. Du bon usage de la nostalgie ou comment se cultiver en s’amusant. Car bien que le terme « nostalgie » soit communément employé, il l’est souvent à mauvais escient. Parfois confondu avec mélancolie. Parfois défini unilatéralement, alors qu’il y a la vraie et la fausse nostalgie. Dans la fausse, on retrouve la nostalgie de bon ton et la nostalgie-phénomène de mode. Celle qui par exemple propulse les séries télévisées actuelles s’inspirant des années 1950 vers le succès. En parallèle, il y a la vraie nostalgie, la pathologique. Que déclare une migration ou le temps qui s’écoule. Et Paul Rauchs de revenir aux origines – suisses – de la maladie, de relater les progrès de la médecine, dont celle de l’âme, et donc la naissance de la psychiatrie, d’analyser le point de vue des hommes de lettres sur la question, ceux qui en parlent le mieux étant ceux qui en ont souffert, de nous interroger sur les – mauvaises – raisons qui permettent à la nostalgie de prendre racine et, last but not least, de mettre en garde contre les conséquences de ses dérives identitaires et patriotiques qui ont atrocement marqué l’Histoire récente.

Et nous de revenir à sa première définition, le mal du pays, et de penser que vu qu’un résident sur deux au Luxembourg vient d’ailleurs, l’essai de Paul Rauchs sera peut-être un jour prescrit pour que l’on puisse guérir, voire se prémunir de la nostalgie-maladie.

Paul Rauchs : Du bon usage de la nostalgie ; Éditions L’Harmattan, Paris ; 2013 ; ISBN 978-2-343-00315-3.
Lore Bacon
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