Un scoop archéologique provoque une crise politique dans la plus ancienne ville du Grand-Duché. Chronique epternacienne

Les sandales de Willibrord

Looking for Siggy : Fouille archéologique à Echternach
Photo: Jessica Theis
d'Lëtzebuerger Land du 28.05.2021

« Onse Siggy » Les pluies torrentielles de cette semaine ont failli emporter une partie des murailles millénaires fraîchement excavées. Ce mardi à Echternach, la chargée d’études au Centre national de recherche archéologique (CNRA), Christiane Bis-Worch, est en pourparlers avec les ouvriers d’une firme de construction. Quelques minutes plus tard, le conducteur d’une pelleteuse fait preuve d’un admirable doigté, déversant quelques mètres cubes de terre pour stabiliser les murs. Quand on lui a demandé de faire des sondages en-dessous de l’ancien Hôtel Petite Marquise, en plein centre d’Echternach, à un jet de pierre de la basilique, elle aurait réagi comme « le chien pavlovien », se rappelle l’archéologue médiéviste. À l’arrière de l’hôtel, l’équipe tombe sur des bouts de murailles. « Quelque chose en moi a dit : Déi Mauer do ass extra ! », se rappelle Bis-Worch. Il s’avérera que la muraille date du Xe siècle et fait partie d’un grand ensemble urbanistique remontant au temps de Sigefroid himself. Une découverte exceptionnelle, un peu comme retrouver une des sandales de Willibrord ou la chemise de nuit de Sainte Irmina.

L’ensemble excavé a la forme d’un trapèze. Sa situation stratégique, son envergure, son matériel de construction, la profondeur de ses fondements, tout semble indiquer qu’il s’agissait d’un bâtiment représentatif. La présence d’un immense four et d’une grande cuisine amènent les archéologues à conclure à une ferme abbatiale, en lien direct avec le monastère fondé en 698 par Willibrord. Sur le terrain, les fouilles sont assurées par Daniele Marincola, un employé de Doku Plus Sàrl, un prestataire privé de services archéologiques. Le jeune archéologue, qui a grandi et étudié à Francfort, évoque un site « remarquable et remarqué au niveau européen ». Mais il ne veut pas trop s’avancer sur le terrain des interprétations. Celles-ci restent embryonnaires et feront l’objet d’une multitude de révisions dans les décennies et siècles à venir. À condition que le site ne soit pas rasé d’ici là.

Christiane Bis-Worch a d’emblée mis les murailles en relation avec les deux superstars de l’histoire médiévale luxembourgeoise que sont Sigefroid et Willibrod. Des tas de pierres, encore à moitié ensevelis sous la boue, se voient ainsi chargés de l’aura du mythe fondateur national. Le ministre de l’Instruction publique, Nicolas Margue, avait résumé celui-ci à la veille de l’Occupation nazie : « Si le pays doit de vivre à Sigefroid, c’est à Willibrord qu’il doit de bien vivre ! ». (En réalité, Sigefroid, dont les historiens ignorent presque tout, n’était pas « le premier comte du Luxembourg » et encore moins « le fondateur du Grand-Duché », deux titres totalement anachroniques, mais un simple représentant du roi Otton résidant entre Trèves et Thionville.)

Bis-Worch établit une relation directe entre « onse Siggy », qui fut le dernier abbé séculier d’Echternach, et le site archéologique. Son hypothèse de travail, assure-t-elle, serait issue d’une « chaîne d’indices sans faille ». L’archéologue propose de considérer le bâtiment comme une sorte de résidence secondaire du comte Sigefroid qui, suite à la réforme administrative d’Otton Ier, se préparait à rendre l’abbaye d’Echternach aux moines. (Une cession qui ne sera actée qu’en 1041, soit cinquante ans après la mort de Sigefroid). Jusque-là, les monastères étaient attribués par le souverain aux friends and family, une sorte de remerciement pour bons et loyaux services. Les nobles pouvaient en tirer prestige et revenus. « In den innerfränkischen und innerlotharingischen Wirren war das Kloster Echternach zum Spielball der adligen Sippen geworden », note le médiéviste Michel Margue dans Die Abtei Echternach 686-1998. La pratique sera considérée comme une « usurpation » à partir du XIIe siècle, et apparaît un peu comme l’équivalent médiéval d’une nomination politique aux conseils d’administration de Cargolux ou d’Arcelor-Mittal.

Les sources historiques mentionnent l’existence d’une ferme abbatiale sans en fournir la localisation précise. « On savait qu’elle existait, mais on ne savait pas où. » Bis-Worch pense l’avoir trouvée derrière la Petite Marquise. Situé à quelques mètres du marché, le site a probablement servi de centre d’exploitation agricole et de grange dîmière. Une sorte de bureau d’imposition sous forme d’Agrocenter. Les paysans travaillant les champs appartenant à l’abbaye, qui concentrait une énorme partie du foncier de la région, venaient y déposer leurs impôts en nature.

Fuyant le feu en 1444, les habitants de la ferme abbatiale ont laissé derrière eux des pièces de monnaie et une bague en or. Ce grand incendie qui a ravagé Echternach fait le bonheur des archéologues. Car la couche carbonisée aura préservé ce qui se trouvait en-dessous : les fondements du Haut Moyen-Âge.

Freeze Echternach est une des seules communes du Luxembourg à ne pas avoir connu une explosion démographique au cours des dernières décennies. Sa population reste coincée autour de 5 600 habitants. Au début du XIXe siècle, Echternach était une des principales villes du pays avec quelque 3 250 habitants. Au début du XXIe siècle, elle est dépassée par sa voisine Junglinster, dont le nombre d’habitants a été multiplié par quatre sur les deux derniers siècles, et risque de se faire rattraper par Grevenmacher. Une blessure narcissique pour « la plus ancienne cité du Grand-Duché ». Cette stagnation est en partie due à la topographie d’une ville frontalière située dans une vallée. Mais d’autres facteurs, sociologiques, y ont également contribué : La concentration foncière entre les mains de propriétaires que rien n’incite à mobiliser leurs terrains.

Aux yeux du maire d’Echternach, Yves Wengler (CSV), la non-extension du périmètre constructible a constitué « une erreur dramatique » : « Les enfants d’Echternach ne peuvent plus se loger à Echternach ». Avec comme résultat que les associations locales peineraient désormais à remplir leurs comités. Le nouveau PAG, tardivement voté en octobre, prévoit 33 hectares de nouvelles parcelles constructibles, et vise à moyen terme une population de 8 000 habitants.

Or, les travaux de terrassement qui viennent de démarrer dans les anciens « Oachtergärt », des jardins datant du XVIIe siècle où devront naître 122 immeubles destinés aux « jeunes familles », provoquent la résistance des riverains établis. Dans une lettre à la rédaction publiée au Wort, une habitante utilise un champ lexical qui rappelle celui de la guerre aérienne, et peint une image digne de Guernica : « Bilder von unsagbarer Brutalität und Gewalt : Uralte Baumriesen liegen gefällt und zerstückelt da, die steinernen Gartenhäuschen, Zeugen vergangener Zeiten, werden dem Erdboden gleichgemacht […] » L’Epternacien octogénaire Georges Calteux, qui avait dirigé le Service des sites et monuments nationaux (SSMN) entre 1982 et 2004, puise, lui, dans la vulgate du Kulturpessimismus. Interrogé sur la protection du patrimoine à Echternach, il évoque un manque de « conscience identitaire » : « Nous ne savons plus qui nous sommes. Nous n’arrivons plus à nous identifier avec notre patrimoine. Notre matérialisme emporte tout. » En comparaison nationale, Echternach fait pourtant plutôt bonne figure. C’est du moins ce qui ressort d’un tableau établi par le SSMN qui compare le nombre d’immeubles identifiés comme dignes de protection et les immeubles effectivement classés par les communes dans leur PAG. Pour Echternach, ce rapport se situe à 447 sur 494.

Dans sa jeunesse, Yves Wengler a remporté une flopée de championnats nationaux, toutes catégories confondues, en ski nautique. Le maire est réputé pour son entêtement. Même si l’enseignant au Lycée des Arts et Métiers a fait une croix sur sa carrière politique nationale (aux législatives de 2018, il a fini dernier sur la liste CSV), il compte se représenter aux prochaines élections communales. Wengler tente de se distinguer de ses prédécesseurs en tant que maire dynamique et impatient, décidé à rompre avec une longue période de calme gestionnaire et d’inertie politique. Il disserte sur les avantages d’une « démocrature » qui permettrait « d’avancer plus vite », à condition que le dictateur soit « sincère ». « Si on attend toujours d’avoir un consensus, on n’avance pas. J’essaie de le trouver, mais si cela s’avère impossible, il faut que la majorité tranche. » Et d’évoquer son lointain prédécesseur, le député-maire et ministre Robert Schaffner (DP), qui gouvernait la ville entre 1970 et 1979, et avec lequel il se voit une affinité élective : « J’ai des traits [de caractère] semblables ».

Or, dans les annales locales, le nom de Schaffner reste surtout attaché à la destruction du « Löschenhaus ». Cette villa baroque du XVIIe siècle fut entièrement rasée en mai 1977 pour faire place à un lac artificiel censé booster un tourisme en perte de vitesse. Schaffner n’avait jamais compris l’intérêt à sauvegarder ce patrimoine. Confronté à un conseil communal récalcitrant, il promit la reconstruction, pierre par pierre, de la villa à un autre lieu. Ce projet ne sera jamais mis en exécution, mais assurera au maire une majorité. Un leurre en somme. L’historien Denis Scuto a récemment qualifié de « péché originel » en matière de non-protection du patrimoine cet « acte de vandalisme ».

Schandfleck Pour les Epternaciens, la Petite Marquise est une vieille histoire sentimentale qui a mal tourné, une déchirure. La bourgeoisie locale s’y rencontrait pour prendre l’apéro sur la terrasse. Dans les années 1990, deux frères d’Echternach rachètent l’hôtel-restaurant, qui venait de fermer ses portes. Durant plus de vingt ans, un feuilleton les opposera à la commune. Les deux nouveaux propriétaires – l’un architecte, l’autre entrepreneur – ne se montraient pas particulièrement pressés de vendre. Des travaux sont lancés puis arrêtés, des rancunes naissent, le dossier se grippe, tout s’arrête. L’ancien haut-lieu mondain se dégrade en un taudis infesté de rats. La presse évoque sporadiquement un « Schandfleck », une « Gammel-Immobilie » donnant sur la place emblématique de la ville, la « gudd Stuff » d’Echternach. Bordée d’une trentaine de maisons remontant aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle, la place du marché constitue en effet le cœur de la ville. Six artères y débouchent en ligne indirecte.

Les frères propriétaires auront finalement obtenu un montant exorbitant, plus lié à l’urgence politique qu’aux réalités du marché. En mars 2017, la commune signe l’acte notarié et rachète la ruine pour 3,2 millions d’euros. Le prix à payer pour débloquer la situation. La Petite Marquise est détruite quelques mois plus tard. Un nouvel immeuble à façade historisante devrait la remplacer, mais les travaux traînent. Le conseil échevinal estime pourvoir rentrer dans ses frais en vendant les appartements au prix du marché, mais veut rester propriétaire des commerces au rez-de-chaussée. Pour pouvoir réaliser le projet, il doit également s’arranger avec le propriétaire d’une maison située à l’arrière de la Petite Marquise. La commune lui promet une demi-douzaine d’appartements une fois la nouvelle résidence terminée. En attendant la livraison, elle s’est engagée à verser 8 000 euros par mois au propriétaire. Une solution provisoire qui risque de durer.

Le maire a investi une bonne partie de son capital politique dans ce projet immobilier, censé illustrer le nouveau slogan marketing d’Echternach : « Une ville en mouvement ». Lorsqu’en février, Christiane Bis-Worch se présente devant le conseil échevinal, « un peu excitée et hautement enthousiasmée », pour annoncer que ses équipes venaient de tomber sur une installation très ancienne derrière la Petite Marquise, le maire pressent que son projet immobilier est en péril.

Du passé faisons table rase Le 10 mai, en amont d’une séance du conseil communal, Yves Wengler se fend d’une interview avec RTL-Télé. Si cela ne dépendait que de lui, dit-il, « le projet serait réalisé comme prévu ». « On arracherait tout… Deux niveaux de parkings souterrains, des surfaces commerciales et au-dessus des logements ». La petite phrase, diffusée dans le journal télévisé sous le titre « E Willibrord dee kee wëll ? », n’aurait fait qu’exprimer son « opinion personnelle », dit le maire aujourd’hui. Il évoque les contrats signés avec les firmes de construction et les « promesses » données aux futurs acquéreurs, dont certains ont déjà placé leur réservation. « C’est ma signature sous ces contrats. Elle m’engage légalement ».

Devant le conseil communal, Wengler se montrera plus conciliant que devant les caméras de RTL quelques minutes plus tôt. D’un côté, en tant qu’Echternachois, on serait évidemment « houfreg » de trouver quelque chose de « historiquement précieux » : « dat ass jo flott. » Mais, d’un autre côté, la commune aurait d’ores et déjà déboursé 5,7 millions d’euros pour le projet immobilier : « C’est un peu difficile de l’abandonner maintenant ». La ministre de la Culture, Sam Tanson (Déi Gréng), avait promis de « largement subventionner » la commune en cas de classement. Wengler exige que la ministre de la Culture précise d’ores et déjà par écrit ce qui arrivera après un éventuel classement. « Après les élections de 2023, on risquera de ne plus avoir les mêmes interlocuteurs. Personne ne saura alors ce qui a été dit ».

Lors du tour de table qui suit, la plupart des conseillers de la majorité CSV-LSAP se montrent très peu enthousiasmés par le scoop archéologique. Luc Birgen (LSAP) considère qu’Echternach « est pleine de sites archéologiques » : « Do fënnt een ëmmer iergendwou eppes ». Estimant que la Petite Marquise « a joué un rôle néfaste dans la politique d’Echternach depuis 1996 », son collègue socialiste Jean-Claude Strasser propose de « sceller tout simplement tout le terrain » : « Il faut tout analyser, et puis, op gutt Lëtzebuergesch gesot, zoutippen, et simplement construire au-dessus ».

L’opposition insista sur la « plus-value » touristique » des fouilles, lançant notamment l’idée d’un musée. « Au début, on se dit bien sûr : ‘Oh mon Dieu, c’est vraiment une never-ending story. Mais peut-être que ce sera un happy-end. Même si ce n’est pas celui que nous imaginions », dit Carole Zeimetz (Déi Gréng). L’élue DP, Carole Hartmann, parle « d’un cas de force majeure, externe à notre volonté » et plaide pour une bonne collaboration avec le ministère de la Culture : « Car je ne vois pas comment nous n’allons pas avoir un classement. »

Wat ass do de Spektakel ? Wengler sait pertinemment que le site finira classé. « Je me suis résigné à mon sort, mais je n’en suis pas content », dit-il, un brin boudeur. La Commission des sites et monuments nationaux (Cosimo) vient d’émettre un avis positif que la ministre de la Culture sera quasiment obligée de suivre. Pour des sites archéologiques, les demandes de classement sont extrêmement rares. Un signe que les archéologues estiment qu’il s’agit d’un lieu majeur de l’histoire du pays. Sam Tanson se dit surprise des réticences du conseil échevinal qui, en avril encore, aurait eu « une position relativement positive par rapport à un classement ». Elle refuse de se fixer dès à présent sur un projet précis, et évoque la constitution, « aussi vite que possible », d’un groupe de travail réunissant la commune d’Echternach, ministères et experts. La ministre y voit « l’occasion d’une réflexion sur le site d’Echternach dans son ensemble », « un concept global » qui présenterait la ville « dans son contexte général ».

Alors que Sam Tanson promet une décision sur « la direction à prendre » dans un délai « relativement rapide », Wengler reste sceptique : « Wenn ich nicht mehr weiter weiß, bild ich einen Arbeitskreis… Si l’État parle d’un groupe de travail, c’est que d’ici dix ans, il n’y aura toujours rien. » Il ne croit pas que le site archéologique représente une réelle plus-value touristique. « Wat ass do de Spektakel ? Combien de gens trouveront cela intéressant ? Combien de touristes vont dans les musées et veulent voir ça ? » Wengler avoue ne pas disposer de sondages fiables sur les raisons qui amènent les visiteurs dans sa ville. Mais il considère que la plupart seraient des « touristes normaux », venus pour des randonnées. Des propos étonnants de la part d’un maire qui vient d’introduire un dossier à l’Unesco dans l’espoir de voir sa ville reconnue patrimoine mondial.

La piste d’un musée soulève un autre problème : Les manuscrits enluminés fabriqués à l’abbaye ont été réquisitionnés en 1802 par la jeune République française. La plupart de ces livres anciens se trouvent désormais à Paris, d’autres à Nuremberg ou à Upsal. À Echternach, il ne reste donc plus grand-chose à exposer, sauf des fac-similés. Afin de donner un corps muséologique à l’histoire médiévale, il faudrait donc recréer virtuellement les scriptoria et manuscrits. Sans parler des vestiges archéologiques datant de l’époque romaine et romane, et visuellement assez fades.

Mais en réalité, ce qui tracasse le maire, c’est la peur de se lancer dans une nouvelle « aventure financière » à l’issue incertaine. « J’entends qu’en cas de classement, l’État nous donnera des subsides. C’est exactement ce que je ne veux pas. Car cela voudrait dire que la commune sera le maître d’ouvrage. Et ça, nous n’allons certainement pas le faire. Financièrement, on ne pourra pas le supporter. Ce sera à l’État d’endosser ce rôle. » Le maire d’Echternach se dit encore marqué par l’expérience du Trifolion, dont la construction a fini par coûter deux fois plus qu’initialement prévu. « Et c’est sans parler des coûts ultérieurs… Toutes les institutions culturelles sont déficitaires, hautement déficitaires ! Et nous ne sommes vraiment pas une commune riche. » À l’heure actuelle, un simple plancher transparent avec une plaquette explicative, situé à l’arrière d’un projet immobilier aux dimensions réduites, semble donc se profiler comme solution de facilité. Un compromis qui, finalement, ne va satisfaire personne.

Old Boys Echternach présente probablement la plus haute densité en patriotes locaux. Le Willibrordus-Bauverein se constitue en 1861, une Société d’embellissement est créée en 1880. Les études epternaciennes constituent un sous-genre entier de la nébuleuse « Luxemburgensia ». Le Lycée classique d’Echternach a produit une armada d’experts en histoire locale : Jean Engling, Nicolas Goetzinger, Paul Spang, Jos Massard, Georges Calteux, Pierre Kauthen, Jean Schroeder, Henri Trauffler. Cumulés, ces abbés de l’historiographie auront pondu des dizaines de milliers de pages sur Echternach, son abbaye, sa procession dansante, son dialecte, son saint patron. Ces professeurs du lycée d’Echternach sont, pour la plupart, eux-mêmes des anciens élèves du lycée d’Echternach, une reproduction en vase clos.

Ces Bildungsbürger, conservateurs du patrimoine (catholique), pèsent encore dans la vie politique locale. Or, ils apparaissent comme les derniers représentants d’une tradition en voie d’extinction. Marginalisée par l’émergence de l’Uni.lu et l’internationalisation des réseaux de recherche, la génération actuelle des historiens locaux, pour la plupart septuagénaires, n’a pas trouvé de successeurs. Les jeunes profs du lycée classique n’habitent plus Echternach, les liens organiques entre le gymnase et la ville se sont dissous. Or, il y a un réseau qui, étonnamment, est sorti indemne du XXe siècle, c’est celui des enfants de chœur. À Echternach, les messes sont célébrées avec jusqu’à trente servants d’autel, et le conseil communal compte deux élus se revendiquant des Eechternoacher Massdéiner : Ricardo Marques (CSV) et Ricardo Filipe-Pacheco (Déi Gréng). Affichant 70 membres, l’association ne connaît pas de limite d’âge et compte parmi les principaux influenceurs de la politique locale.

Bernard Thomas
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