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Édito

La place

Bernard Thomas

« Au bout de quatre siècles d’existence en tant que ‘cité caserne’, la bourgeoisie ne voyait plus sa raison d’être qu’en tant que pourvoyeuse des militaires. Elle avait abandonné toute logique civile », écrit l’historien Guy Thewes à propos du démantèlement de la forteresse décrété en 1867. De nombreux Stater ne pouvaient concevoir l’avenir sans la forteresse et sa garnison de « 5 000 consommateurs » : « Une ville fortifiée, placée sur un rocher, destinée à ne jamais être autre chose qu’une ville fortifiée n’aura qu’à perdre dans son commerce et dans ses propriétés », s’exclamait le député Léon Wurth en mai 1868. Les bailleurs des faubourgs se plaignaient de ne plus trouver de locataires : « Il y en a qui annoncent leurs quartiers au tiers de ce qu’ils en recevaient dans le temps ». Rares étaient ceux qui pointaient les avantages du démantèlement, à commencer par « la diminution des dangers de guerre, des risques d’incendie, du chef des dépôts de poudre ». La Stad se réinventa en ville ouverte, et l’infrastructure militaire trouvait de nouveaux usages : la fabrique de champagne E. Mercier stockait ses bouteilles dans les caves des Forts Dumoulin, tandis qu’un maraîcher cultivait clandestinement des champignons dans les Casemates. L’industrialisation du pays trouve son origine dans la Ville et non dans la Minett : La sidérurgie (Dommeldange), les manufactures de tabac (Hollerich), les ganteries (Bonnevoie), le textile (Schläifmillen).

À quoi une reconversion économique pourrait-elle ressembler en 2024 ? Elle est encore plus difficile à imaginer aujourd’hui qu’elle ne l’était pour les bourgeois de 1868 (ou pour les ouvriers sidérurgiques de 1974). « Eis Finanzplaz » s’impose comme horizon indépassable. Une nouvelle forteresse a été érigée, et une nouvelle mentalité d’assiégés s’est formée. À la mi-avril, le Wort en a rappelé le credo à ses lecteurs : « Was gut ist für den Finanzplatz, ist gut für Luxemburg ». Luc Frieden a mené campagne en promettant à ses amis de l’ABBL et de l’Alfi de refortifier la place, aussi fiscalement. La rapportrice du budget 2024, Diane Adehm (CSV), a fait l’éloge de l’hégémonie : Le pays serait tellement dépendant du centre financier qu’il n’aurait d’autre choix que d’en exaucer les vœux. Dans la décennie post-Luxleaks, le gouvernement a essayé de passer pour le bon élève. Sous Frieden, le discours s’est de nouveau décomplexé. Le mois dernier, les députés de la majorité ont voté une motion de l’ADR, jurant ne remettre en question « op kee Fall » le principe de l’unanimité en matière fiscale, et faisant passer pour un quasi-apostat le Spëtzekandidat libéral Goerens. (Alors qu’ils savent qu’activer l’option nucléaire du veto serait suicidaire.) La posture jusqu’au-boutiste affichée par les députés du CSV et du DP peut paraître contre-productive. Elle présuppose surtout une place financière chétive, dont la survie dépendrait des niches fiscales.

« La souveraineté est un capital dont on peut tirer un rendement », écrivait un jeune économiste nommé Gaston Reinesch en 1987 dans Forum. Mais le futur gouverneur de la Banque centrale ajoutait un avertissement : Une telle politique basée sur les niches fiscales et réglementaires serait « précaire parce qu’elle est éliminable à tout moment ». Si le Luxembourg voulait qu’elle « porte ses fruits à long terme », il ne pourrait s’y attarder, mais devrait l’utiliser comme levier pour développer des « economically-based comparative advantages ». Cette transition, le pays pourrait la faire « une fois révolue une certaine période d’apprentissage. »

En 2024, le Vice-Premier ministre, Xavier Bettel (DP), voit une « Dampwaltz » se diriger vers le Luxembourg. Elle serait conduite par nos « grands voisins » et viserait la fiscalité luxembourgeoise. Cela fait trente ans que les lobbyistes crient au loup. Mais force est de constater : Le secret bancaire a été aboli, le pire de l’optimisation fiscale neutralisé, la fabrique à rulings encadrée ; et la place financière est toujours debout. Force est également de constater : Le Grand-Duché joue toujours dans le « top 5 » des paradis pour les multinationales. Selon le dernier « Global Tax Evasion Report », 49 milliards de dollars de bénéfices ont été transférés vers le Luxembourg en 2020. (C’est énorme, mais en-dessous des concurrents néerlandais et irlandais qui en captent plus de 140 milliards chacun.) L’État reste, quant à lui, totalement accro aux recettes des Soparfis qui ont fait entrer 544,6 d’euros millions en IRC et 806,7 millions en impôt sur la fortune en 2023. Mais il y a une autre dynamique qui s’est développée sur les dernières décennies, et elle dépasse la seule fiscalité. Le centre financier a indéniablement atteint une masse critique et une expertise endogène qui sont difficiles à répliquer et à rattraper ; c’est ce qu’on appelle « l’effet de place ». La « période d’apprentissage », évoquée il y a presque quarante ans par Reinesch, devrait être entretemps terminée. Si en l’an 2024, la place financière est toujours essentiellement basée sur des niches fiscales, alors elle est indéfendable. Avec droit de veto ou sans.

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