Arts plastiques

L’été au musée

d'Lëtzebuerger Land vom 14.08.2020

Pour sa troisième édition de Variations, un musée pour tous, la Villa Vauban, en s’appuyant sur ses collections historiques – Pescatore, Dutreux-Perscatore et Lippmann, ainsi qu’un peintre luxembourgeois exposé pour la première fois, Corneille Lentz – propose une exposition passionnante aux entrées multiples.

C’est une manière intelligente de valoriser ses collections permanentes, qui ne sont pas des « chefs d’œuvre » à proprement parler, mais dont les grands bourgeois luxembourgeois du XIXe siècle décoraient leurs intérieurs, avant que la Villa Vauban, qui est un département des musées de la Ville, n’en devienne le dépositaire. Il ne faut cependant pas rabaisser leurs achats et leurs acquisitions reflètent le goût de l’époque, lequel puise ses racines dans les grandes périodes de l’histoire de l’art comme la Renaissance et valorise les portraits qui étaient au XVIIe siècle, l’apanage de la noblesse.

Mais venons-en au parcours de ces Variations, qui sont pédagogiques sans être pédantes, avec des entrées pour tous les âges et même ludique. Tout d’abord, fait rare, on peut toucher des œuvres. Ainsi de pièces exposées en permanence, un corps féminin et son poupon potelé, lisses et ronds (Baltasar Lobo, 1910-1993), une reproduction du Penseur de Rodin (1840-1917), qui, plus petit que l’œuvre originale, permet de comprendre le travail tactile et acharné du célébrissime artiste avec la matière et plus loin dans l’exposition, on fera un saut dans le passé, en suivant du bout des doigts les fines décorations stylisées d’un buste dont l’original date du XVe siècle italien (Francesco Laurana, 1430-1502).

Toucher c’est une manière de rendre bien vivante l’histoire de l’art, tout comme de pouvoir se faire tirer le portrait comme si on était dans une église du Siècle d’or des Pays-Bas. On peut s’imaginer faire partie un instant des riches marchands d’Amsterdam, tels que Bartholomeus van Bassen les a représentés au XVIIe siècle, où il était beaucoup plus fréquent qu’aujourd’hui de déambuler dans les édifices sacrés. Texte en image, parce que représentant souvent des scènes du récit biblique, la peinture connut aussi très tôt un succès de diffusion au moyen de la gravure. La Villa Vauban, qui possède l’huile sur bois L’arrestation de Samson d’Abraham van Diepenbeeck et la gravure de Henrdyk Snyers sur le même thème (toutes deux datant du XVIIe siècle, collection Dutreux-Pescatore), en profite pour expliquer le procédé des différentes étapes de la « grisaille », une représentation en noir et blanc qui permettait ensuite de réaliser des gravures à large diffusion, comme des photocopies aujourd’hui.

Voilà pour un des aspects du volet technique de l’exposition, tout comme l’est l’identification d’un faux, même si la supercherie a été habilement peinte sur un tableau ancien pour faire plus « vrai ». Mais les couleurs à base de zinc, de cadmium, fabriquées au XXe siècle n’existaient pas encore au XVIIe… Le support en bois ou une toile peuvent avoir et encore, tromper des amateurs, comme ici une nature morte au bouquet de fleurs rares et opulentes. Une autre nature morte au gibier cette fois, du peintre néerlandais du XVIIe siècle van Os (collection Pescatore), permet à la Villa Vauban de présenter le célèbre travail animalier de la première moitié du XXe siècle d’Auguste Trémont (son chimpanzé, ses tigres royaux), mais aussi la richissime production de petits animaux en porcelaine art déco et 1950 de Villeroy & Boch Septfontaines. Des bibelots qui ont orné un nombre incalculable de vitrines d’intérieurs luxembourgeois.

C’est ici que le musée introduit dans l’exposition, la continuité de motifs au fil de l’histoire de l’art, avec Poule 4 de l’artiste Dany Prum (acquisition 2011) : une poule, certes, représentée de manière très réaliste, mais c’est le décor dans lequel l’artiste la situe qui en fait une œuvre contemporaine, libérée des codes de la représentation classique dans un poulailler ou une basse-cour. Que fait en effet cet animal dans le couloir d’une maison d’habitation ? Dany Prum lui confère-t-elle autant d’importance que les personnages d’une galerie de portraits qui vont du XVIIe au XXe siècle, permettant au visiteur de parcourir des modes vestimentaires ? Fraise en dentelle amidonnée des bourgeois hollandais, riches habits et intérieurs cossus des capitaines de l’industrie naissante au Luxembourg du XIXe siècle, qu’il s’agisse d’une famille connue, les Würth et d’un peintre luxembourgeois Jean-Baptiste Fresez, très apprécié par ce milieu.

Les vues romantiques de ruines, de paysages alpestres bucoliques ou marins décoraient tout intérieur respectable. Jean-Pierre Pescatore était friand de ces vedute peintes aux XVIIIe et XIXe siècle, dont le célébrissime peintre vénitien Canaletto, qu’il acquit pour partie lors de la dispersion des collections du roi Louis-Philippe. Mais revenons à l’intime. Si Corneille Lentz (1879-1937) participa à l’Exposition des arts décoratifs à Paris en 1925 et décora de vues pittoresques du Grand-Duché la salle des fêtes de Mondorf, la Villa Vauban montre ici pour la première fois les portraits de sa femme et de son fils dans le style typique, un peu kitsch des années 1920, sinon La petite histoire, un délicieux portrait de la mère et du fils par une chaude après-midi sous les arbres, qui peut rivaliser avec les jeux d’ombre et de lumière post-impressionnistes de son ami Dominique Lang.

Ces Variations se terminent par une juxtaposition passé-présent : un petit personnage de
Pieter Nason (1612-1689, collection Lippmann), voué à diriger, comme l’attestent son air assuré et son costume guerrier et un garçonnet battant tambour, en costume de velours par un élève de Rembrandt Ferdinand Bol (1616-1680, collection Lippmann) côtoient deux acquisitions du musée, récentes, de 2018 : des portraits par la peintre contemporaine Chantal Maquet (née en 1982). Si les couleurs vives, voire criardes et irréalistes quant aux situations et au décor diffèrent, ainsi que le travail d’après photo, le rapprochement se fait tout naturellement entre le petit dieu Mars et l’Enfant Capitaine tenant à la main son petit navire, le garçonnet maussade battant tambour et la mine sérieuse de L’enfant au tricycle. Personne ne bouge ! Le portrait et la peinture restent une affaire sérieuse, l’exposition elle est rafraîchissante.

L’exposition Variations, un musée pour tous, dure jusqu’au 17 janvier 2021 à la Villa Vauban, 18 av. Emile Reuter, Luxembourg-ville. Ouvert tous les jours, sauf le mardi de 10 à 18 heures, nocturne le vendredi jusqu’à 21 heures. Programme culturel et pédagogique complet : www.villavauban.lu.

Marianne Brausch
© 2020 d’Lëtzebuerger Land