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Édito
Unis.lu
Pierre Sorlut
La ministre de l’Enseignement supérieur, Stéphanie Obertin (DP), avait mardi l’occasion de montrer qu’elle reprenait en main le destin d’une université en proie à la crise. Voilà plusieurs mois que son silence (entrecoupé par quelques réponses à des questions parlementaires) sur le climat toxique qui y règne (à certains endroits au moins) interpelle. La mise à l’ordre du jour de la Commission parlementaire demandée (soulignons-le) par le groupe CSV coalitionnaire et sa députée Françoise Kemp (rebaptisée « Franzy » par le président de séance, Gérard Schockmel, DP) a confirmé que la ministre ne maitrisait tout simplement pas le sujet. Un sujet pourtant majeur puisqu’il s’agit de la seule université du pays, qu’elle est au cœur du développement national du savoir et qu’elle rassemble (accessoirement) une communauté de 10 000 personnes, en emploie 2 500 et coûte 300 millions d’euros par an à l’État.
« Chaque situation de mal-être est une situation de mal-être de trop », a rappeléJens Kreisel. Le recteur admet que les licenciements jugés abusifs par le Tribunal du travail requièrent certainement de revoir les procédures (pour virer les gens convenablement ?), « mais nous sommes l’un des employeurs préférés du pays ». Jens Kreisel dit comprendre les déceptions nées de refus de promotion (contestés en justice) : « Je sais que c’est extrêmement douloureux ». Mais le contexte dans lequel ces non-promotions ont été décidées laisse à redire, notamment sur la toute-puissance du recteur pour faire et défaire ces commissions : « Les conflits d’intérêts peuvent être réels ou perçus : s’il y a le moindre doute, je modifie la commission », a lâché Jens Kreisel. Il n’y a pas non plus de « malaise systémique », affirme le recteur. Mais comment croire à cet audit censé lever les doutes ?
Il fallait se frotter les yeux mardi après-midi devant la retransmission de la Commission sur ChamberTV. Les députés se sont à plusieurs reprises étonnés que le cahier des charges de l’audit soit rédigé par le rectorat et validé par le conseil de gouvernance de l’université. Stéphanie Obertin n’a rien trouvé à y redire. À sa gauche, son conseiller Léon Diederich n’a pipé mot. C’est pourtant lui qui tire les ficelles de la Maison du savoir au nom du gouvernement depuis 2014. En 2016, pour sortir d’une première crise de gouvernance dans la jeune université, c’est lui qui avait placé Yves Elsen à la tête du conseil de gouvernance. Léon Diederich siège en outre dans cette instance suprême qui désigne le recteur, les vice-recteurs, les doyens et les directeurs des centres interdisciplinaires. Il n’y est qu’observateur, mais c’est aussi lui qui soumet au ministre les noms pour occuper neuf des douze sièges que compte l’instance. Le Conseil universitaire, la caution démocratique, ne désigne que deux membres de ce conseil aux très nombreuses attributions (la loi en recense 17). Mais la gouvernance ne serait pas verticale, assure la vice-rectrice Simone Niclou face aux « accusations ».
Côté uni.lu et ministère, personne mardi n’aura donc vu de problème à ce qu’un homme d’affaires profite, via deux de ses sociétés (Hitec et Lift me off) des fonds publics alloués à un centre interdisciplinaire dont il nomme le directeur. Jens Kreisel préfère expliquer qu’on a de la chance d’avoir une université qui a un rôle économique attribué par la loi qui la régit… Ce qui se révèle une extrapolation puisque le texte voté en 2018 prévoit en troisième lieu la mission de « contribuer au développement social, culturel et économique du Luxembourg ». En l’espèce, l’on voit surtout l’économique, moins le social. (Yves Elsen n’a pas participé à la Commission mardi. Bien qu’on ait fait référence à un éventuel conflit d’intérêts le concernant, son nom n’a pas été explicitement cité.) Interrogé par RTL à la sortie de la Chambre sur les discussions menées au conseil de gouvernance à propos du cahier des charges de l’audit (et où vient aussi d’être négociée la convention pluriannuelle avec l’université dont l’enveloppe dépasse le milliard), Jens Kreisel a répondu : « Die Gespräche innerhalb des Aufsichtsrates sind vertraulich. »
« Das Auge kann sich nicht selbst sehen », lit-on dans un commentaire éclairé sur Rtl.lu. « Je prends toutes les critiques et témoignages au sérieux », a répété la ministre Obertin cette semaine. Bien compris : Ce n’est pas une bonne idée de laisser l’audité payer l’auditeur. Dans le meilleur des cas, le soupçon demeurera. Dans le pire des cas, cela pourrait vous revenir au visage à la prochaine crise traversée par l’université. Ce qui est tout à fait concevable puisque d’autres décisions de justice sont attendues.
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