L’été commence avant l’heure chez Zidoun&Bossuyt. Un mélange de tous les continents

Peintures fraîches

d'Lëtzebuerger Land du 18.06.2021

Summer time, c’est le titre que la galerie Zidoun&Bossuyt a choisi pour son exposition collective d’été. On avait vu, lors de sa dernière exposition, des fontaines d’où sautaient des poissons, où des femmes se prélassaient, joyeuses, joueuses. Cette fois, Summer Wheat, née en 1977 à Oklahoma City, a troqué la maille où elle pressait la peinture, la faisant apparaître comme une tapisserie au petit point, pour des petits carreaux de mosaïque. Un de ces sièges-galets, est tout droit sorti de son imaginaire. Il est blanc, noir et or et mêle étoiles, animaux et… cornets de glaces. Le deuxième, avec ses motifs très colorés, fait plus penser à ses origines amérindiennes. Mais pourquoi pas aussi bien les rapprocher de l’art aborigène ? Ou de tatouages ?

Aucune connotation culturelle n’est exclue. Ainsi de la technique des imprimés au bloc sur tissus japonais que Yashua Klos, artiste afro-américain, qui vit entre New York et Los Angeles, reprend sur des papiers recyclés, avant d’en faire des collages géants où, malgré les formes géométriques, anguleuses, voire coupantes, on distingue nettement des visages. Yashua Klos réinterprète des masques africains, mais l’éclatement des découpages signifie pour lui la complexité de l’identité de « l’être noir », même s’ils ressortent comme en 3D.

Les deux artistes africains présentés pour la première fois à la galerie, semblent s’approprier l’art occidental en guise d’accessoires. Le Nigérian John Madu (né en 1983 à Lago), propose des portraits classiques. Avec des références aux grandes figures mondialement célèbres de l’histoire de l’art, suspendues en posters autour de la jolie dame, sac de prix sur les genoux : Van Gogh, Dali, Warhol, Magritte. Sans doute est-elle venue poser. Elle s’apprête à s’asseoir, dans sa robe élégante, sur une chaise en plastique. Est-ce un hommage aux photographes africains ? Toutes périodes de l’histoire de l’art confondues, une autre jeune femme pique une fleur exotique à son oreille. On pense à Gauguin en Polynésie et sa jupe pagne reprend les motifs de la robe somptueuse d’Adèle Bloch Bauer dans le portrait qu’a fait de cette grande bourgeoise viennoise, Gustav Klimt. John Madu reprend ces motifs pour célébrer la femme africaine.

Est-ce lui Godwin Champs Namuyimba (il est né en 1989 à Pasaka en Uganda), ce jeune homme, en pied ou assis, vêtu de ce pull jaune ? Une connaissance ? Un voisin ? Saisir des moments, comme des instantanés arrêtés dans le temps a quelque chose d’émouvant, qui fait de chaque personne un être unique. Comme elle est touchante cette petite fille, cheveux tressés devant un champ de coton, qui sert contre elle un biquet dans ce qui semble être un panier tressé. Forme traditionnelle qu’explosent les sculptures-pots de l’Américain Brian Rochefort. Le céramiste, qui maîtrise totalement l’art difficile de la cuisson pour arriver à cette complexité extrême, les a recouverts de multicouches de peintures, lesquelles sont à leur tour éclaboussées de coulures épaisses aux formes indistinctes mais aux couleurs appétissantes comme des bonbons ou, c’est selon, répulsives comme des virus, peut-être mystérieux comme le fameux « blub »…

Marianne Brausch
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