Proche-Orient

Grandeur et décadence

d'Lëtzebuerger Land du 19.01.2024

Enfin. Cent jours après les attaques du Hamas sur les populations civiles israéliennes et cent jours après le début des représailles de Tsahal sur l’ensemble des Gazaouis, les députés se sont enfin prononcés sur l’embrasement au Proche-Orient et sur la position diplomatique à demander au gouvernement. Le Parlement a adopté mardi une résolution déposée par Déi Lénk, parti le plus mobilisé sur la question israélo-palestinienne depuis le 7 octobre (les autres partis restant pour la plupart depuis cette date accaparés par la digestion des élections législatives et/ou la formation du gouvernement). Le texte ayant récolté 55 voix favorables et cinq abstentions (de l’ADR) condamne « avec la plus grande fermeté, les attentats terroristes et les meurtres abjects » commis par le Hamas le 7 octobre et « la réaction militaire du gouvernement israélien », qualifiée de « démesurée dans le temps et disproportionnée dans l’envergure ». Le parti libéral a fait retirer la notion de « carnage » initialement inscrite. La résolution demande la « libération immédiate et inconditionnelle » de l’ensemble des personnes prises en otage par le Hamas et « un cessez-le-feu immédiat ». Elle exige des belligérants et de tous les acteurs internationaux « d’entreprendre tous les efforts possibles pour venir en aide aux populations civiles en souffrance et notamment pour rétablir des conditions de vie dignes dans la bande de Gaza ».
Est également enjoint de relancer le processus de paix passant par une solution à deux États. Les députés demandent enfin à leur président, Claude Wiseler (CSV), de remettre la résolution aux autorités israéliennes et palestiniennes compétentes.

Au cours des débats, les partis se sont dans l’ensemble entendus sur la nature catastrophique de la situation humanitaire dans la bande de Gaza, pilonnée par l’armée israélienne et sous blocus strict du gouvernement de Benjamin Netanyahu. Le risque d’une radicalisation de la jeunesse a été évoquée par tous ou presque. « Il est insupportable que 24 000 personnes dont une grande partie d’enfants aient été tuées, que 80 pour cent de la population gazaouie ait été déplacée, que plus de la moitié des maisons aient été détruites, totalement ou partiellement, qu’il n’y ait plus d’endroit sûr à Gaza », a fait valoir Sam Tanson, cheffe de file des écologistes, qui ont rédigé avec Déi Lénk et les socialistes le texte de la résolution. « On ne peut pas être neutre quand la population civile est massacrée », a martelé Yves Cruchten. Le représentant socialiste (qui avait pris des renseignements auprès de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Jean Asselborn, en exil cycliste aux Canaries) a souhaité mettre Israël face à ses responsabilités, notamment sur les violences que son gouvernement commet dans les territoires occupés et qui nuisent durablement à la solution des deux États.

Dans une motion votée à l’unanimité, les députés ont demandé au gouvernement (de continuer ce qu’il fait déjà, à savoir) d’œuvrer en faveur d’un cessez-le-feu immédiat, de soutenir les efforts de médiation pour libérer les otages ou encore de réitérer la condamnation de la politique de colonisation du gouvernement israélien. Le ministre des Affaires étrangères, Xavier Bettel, a félicité les députés pour « la grandeur » dont ils ont fait preuve en votant ce texte à l’unanimité (ce qui lui a valu d’être remercié par le président de la Chambre sous le titre de « Premier »). Dans une intervention parfois émotionnelle, Xavier Bettel s’est dit « ami de la paix (…) pas d’Israël ni de la Palestine ». Il s’est en revanche refusé à associer le Luxembourg à la procédure initiée devant la Cour internationale de justice par l’Afrique du Sud pour qualifier de génocide l’action d’Israël contre les Palestiniens. Comme l’ADR (qui n’y voit ni utilité ni opportunité), le DP et le CSV préfèrent attendre que La Haye rende son verdict pour se positionner. Déi Lénk, le LSAP et Déi Gréng ont manifesté leur souhait que le Grand-Duché intervienne dans la procédure pour matérialiser son attachement au droit international et à son engagement pour prévenir les génocides. La motion déposée en ce sens par ces trois partis a été rejetée.

Pierre Sorlut
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