Les couches du travail graphique de Paul Kirps sont stockées Place du Brill à Esch

Comme au magasin

d'Lëtzebuerger Land du 16.07.2021

Cela s’appelle Module 3 – Section B. C’est à voir l’Annexe 22, la vitrine de Esch2022, au centre de la future capitale Européenne de la Culture. Paul Kirps est familier des noms de code. Ainsi, l’exposition Time 0 présentée récemment au cloître de Neimënster, où l’on pouvait voir des photos de lieux souvent « back stage ». Un mode d’expression transitoire, car ces rencontres de formes brutes ou d’assemblages juste fonctionnels « shootés » dans l’instant au Polaroïd, lui serviront plus tard de stock mémoriel transposé dans ses peintures. La fresque murale P1, réalisée dans un lycée en 2019, montre la machinerie de l’ascenseur.

Cette passion pour la mécanique, au point de la reproduire quasi telle quelle en 2D, date d’il y a longtemps déjà : les bandes magnétiques de Tonspur de 2006, la platine de DJ de la Chaîne hi-fi 80 de 2012. L’année suivante, Paul Kirps en fit une musique secrète, la partition 54, sur la face interne des 54 stores du siège du Fonds du Kirchberg et de la Radio socioculturelle. Il semblait s’éloigner de la réalisation d’œuvres 3D de ses débuts, le flipper High-score de 2009, le distributeur de billets de banque Terminal de 2010 et le panier de basket Airmax de 2012, qui rappelait les trois Diamonds de 2010. Le flair à l’époque de Marie-Claude Beaud pour le jeune graphiste, amena cette pièce jusque dans les collections du MoMa à New York.

La starisation subite, avec la forte pression de l’attente du monde de l’art sur un créateur à l’exigence personnelle élevée doit se digérer. Paul Kirps, vingt ans plus tard, a trouvé une sorte de sagesse dans la simplification formelle, dont un des meilleurs exemples est à notre avis Global Village, fresque murale sur la façade de la Commission Européenne provisoire au Kirchberg. Les trames, quadrillages et la largeur des bandes de peinture ajoutent la 3D à la structure répétitive, plane des modules préfabriqués de ce très long bâtiment. La gamme des couleurs est basique, à la façon du groupe De Stijl ou de Piet Mondrian mais avec des pointes inattendues de violet et vert d’eau ou bleu dur.

Le graphiste et peintre Paul Kirps sortira toujours du rang, comme dans ses tableaux où on retrouve trames et mécaniques, aplats et profondeur mais aussi des éléments inattendus : formes organiques de plantes vertes et celles déchiquetées des montagnes pour lesquelles il entretient une autre passion. Cela trahit son caractère solitaire : Paul Kirps travaille de préférence seul dans son atelier, où il peut réaliser ses œuvres avec tapis caoutchouc de découpe quadrillé, bois contreplaqué ou composite et feuilles de plexi ou d’Isorel, scie sauteuse, étau de serrage, imprimante à jet d’encres.

Module 3 – Section B, c’est le collector des outils mécaniques et technologiques, des banques de données de matériaux et d’images de Paul Kirps. La superposition est mise en scène dans l’Annexe 22 sur des chariots de transport de matériaux comme on en utilise dans les magasins de bricolage et les entrepôts de stockage. Peu importe que l’on appelle cela ready made recyclé de ses archives, de sa bibliothèque de matériaux et de son répertoire formel. C’est une nouvelle création.

Marianne Brausch
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