Exposition

Le design pour changer le monde

d'Lëtzebuerger Land du 02.10.2020

Les projets menés lors des (regrettées) biennales Design City nous ont déjà rendus attentifs aux aspects sociaux et politiques du design : investir le parc Kinnekswiss ou la rue de Strasbourg n’était évidemment pas anodin. Faire participer les citoyens et pousser les édiles communales à agir, encore moins.

Pour ceux qui en doutent, un voyage à Lille s’impose – à trois petites heures de route, c’est moins loin que Knokke. En octobre 2017, la Métropole Européenne de Lille (MEL) a décroché le titre de « Capitale Mondiale du Design » pour l’année 2020, s’inscrivant dans le sillage de villes comme Turin, Séoul, Helsinki, le Cap, Taipei et Mexico. Ce titre est décerné tous les deux ans par la World Design Organisation, pour souligner l’utilisation novatrice du design par une ville ou une métropole dans le but de renforcer son développement économique, social, culturel et environnemental.

Un vaste programme, quelque peu chahuté par le confinement et les mesures sanitaires, est proposé dans des lieux plus ou moins classiques et notamment à l’ancienne gare Saint-Sauveur, désaffectée en 2003 et progressivement repensée comme lieu de culture et de vie depuis 2018. C’est là que l’exposition Les Usages du monde invite à considérer des alternatives sociales, environnementales, architecturales ou agricoles qui permettent de penser et d’habiter le monde autrement. À l’heure de l’anthropocène et de l’influence de l’homme sur le système biophysique planétaire, c’est aussi à nous de penser la suite et d’entrevoir une transformation radicale des formes et des logiques de l’habitation

Si l’exposition n’a rien de spectaculaire dans sa scénographie (des panneaux, des maquettes, des photos et des vidéos, c’est la limite esthétique de ce genre d’exposition), elle pose des questions aussi essentielles que brûlantes pour notre avenir telle que « Comment réinventer nos manières de vivre dans un contexte de crise énergétique et climatique ? » 46 designers, architectes, paysagistes, ingénieurs, scientifiques, artistes et habitants du monde entier sélectionnés par la commissaire de l’exposition, Francine Fort, donnent des réponses qui ont valeur d’exemple et de base de réflexion pour toutes les collectivités.

Le réemploi de matériaux pour la construction (gare du nord à Bruxelles), la transformation de jardins pavillonnaires en cultures fertiles (Hepburn Spring, Australie), la réalisation d’abris contre les catastrophes naturelles (Japon), l’utilisation de techniques vernaculaires (Tambacounda Hospital, Sénégal), un centre multi-fonction pour sans-abri (Los Angeles), la transformation d’espaces exigus (Lille), une ferme flottante (Rotterdam), des coopératives d’habitants (Zurich), des ateliers de création de mobilier (Japon)… Autant de propositions et d’exemples pour réparer (pas seulement restaurer), soutenir, détourner ou recréer. France Clarinval

Exposition Les usages du monde, jusqu’au 8 novembre à la gare Saint-Sauver à Lille. Tout le programme sur www.designiscapital.com

France Clarinval
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