Luxemburgensia

Mes voyages avec André Brugiroux

d'Lëtzebuerger Land du 20.08.2021

De nombreux mots décrivent le grand désir de voir le monde et d’apprendre de nouvelles choses : globetrotter, Wanderlust ou Fernweh... Ces mots décrivent l’émerveillement et tentent d’appréhender la multitude de nouvelles connaissances que l’on peut acquérir sur soi-même ou sur les autres au cours des voyages. Les carnets de voyage existent depuis l’aube de l’écriture, qu’il s’agisse de relevés de terrain, de descriptions de territoires, de peuples « nouvellement découverts » ou de journaux intimes tels que ceux de Marco Polo lors de son voyage en Asie, les journaux de bord du voyage de Christophe Colomb en Amérique ou les notes de Georg Forster sur son voyage dans les mers du Sud. Des livres sont écrits, des journaux intimes remplis et des rapports publiés sur les voyages, car ils sont une source inépuisable d’histoires et de nouvelles, qu’il s’agisse de découvertes ou d’expériences.

Mais avant toute autre, André Brugiroux, le héros du présent ouvrage, serait d’accord avec l’affirmation suivante : « Les sots font le tour des musées en terre étrangère, les sages vont dans les tavernes. » (Erich Kästner) Ce voyageur et écrivain mondial parcourt notre planète depuis 1955. Et même si Brugiroux visite aussi passionnément les musées, il puise la plus profonde expérience de ses voyages de la rencontre avec les habitants des différents pays ou lieux. Né en France en 1937, il avait visité tous les pays du monde en 2005. Ce sont les gens qui ont éveillé sa curiosité pour les pays, les villes et les cultures étrangères, ou plus précisément les langues étrangères. Dans l’après-guerre, Brugiroux entend parler de l’anglais, une langue étrangère inconnue pour lui, qu’il est déterminé à apprendre. Après avoir suivi une formation de cuisinier, le jeune homme part en Angleterre puis en Irlande. Il travaille comme interprète au Canada et entreprend finalement le premier voyage de sa vie, sur lequel il a écrit un livre et réalisé un film. La Terre n’est qu’un seul pays (Robert Laffont 1975) est le résumé de ce voyage de 18 ans (1955 à 1973), au cours duquel il a parcouru plus de 400 000 kilomètres en auto-stop, visitant 135 pays.

« Bien entendu je n’avais pas prévu de partir pendant 18 ans, je ne me pensais pas capable de réaliser un tel exploit non plus. Mais le rêve était puissant, la curiosité d’esprit insatiable. Pas de sponsor ni de renseignements à l’époque. Les guides du routard et les charters n’étaient pas encore nés. »

C’est ce qu’écrit Brugiroux sur son site web. Aujourd’hui, son compagnon de longue date, Tahar Slimani, raconte ses expériences de voyage aux côtés de Brugiroux dans son livre Mes voyages avec André Brugiroux, paru dans la série autobiograPHIe de la maison d’édition Phi. Né et élevé en France, Slimani vit aujourd’hui au Luxembourg. Tout comme Brugiroux, il voyage et écrit et a visité plus d’une douzaine de pays avec Brugiroux. Ce sont aussi les voyages de Slimani, mais il se concentre sur la vie et les déclarations de Brugiroux, lequel a non seulement emmené l’auteur en Russie et en Asie, lui montrant le monde à travers ses yeux, mais l’a aussi profondément inspiré. D’un côté, son approche des humains, de l’autre son détachement matériel absolu. C’est ainsi que Slimani raconte, avec simplicité et avec joie, les petits détails de ce qu’ils ont vécu ensemble, les défis, les inattendus et leur dénouement. La narration suit l’itinéraire de leurs pérégrinations, par exemple le périple Russie dans les années 1970. Slimani y intègre les récits et souvenirs de Brugiroux sur ses premiers voyages, au cours desquels il a également visité la Russie dans les années 1950. Ce qui permet des comparaisons intéressantes, soulignant les changements dans la société, les gens, les villes et la politique.

En toute sobriété et sans enthousiasme exagéré, il détaille une biographie passionnante et aventureuse (qui est toujours aussi un itinéraire de voyage). Au cours de ce voyage « qu’[André] qualifie non pas de tour du monde, mais de tour des hommes », Brugiroux et Slimani apprennent à connaître les gens. André Brugiroux aborde ses compagnons de voyage avec sympathie et sans complexe ; dans le train russe, il se faufile hors du compartiment des touristes et sympathise avec la population locale. Sur les vols, il s’adresse à ses compagnons de siège. Apprend des histoires de vie ou rencontre même de nouveaux amis. Il ne s’agit pas de finir un programme où une route prévue dans un certain temps, mais de se laisser porter par les hasards, les rencontres et l’envie. De vivre pleinement avec un minimum d’argent. Mes voyages avec André Brugiroux est un texte simple et passionnant, sans précipitation et riche en expériences de vie. Il n’a pas besoin de sublimations sur ce personnage qui brille à travers la richesse de ses souvenirs et sa manière d’agir. Car de la vision du monde et de la rencontre avec le monde de Brugiroux émerge une véritable philosophie de la vie, comme il le dit lui-même : « Aujourd’hui, la gloire n’est pas à celui qui aime son pays, mais à celui qui aime la Terre entière. »

Tahar Slimani : Mes voyages avec André Brugiroux. Editions Phi (2021). 204 Seiten 19,00 Euro.

Claire Schmartz
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