Ticker du 17 septembre 2021

d'Lëtzebuerger Land du 17.09.2021

La place face B

Serrages de pinces et échanges de cartes à l’intérieur. Odeur de grillade (mais aussi de purin) et camaraderie autour d’une bière à l’extérieur. La communauté de la tech luxembourgeoise a profité d’un retour à la presque normale lors de la conférence annuelle des technologies de l’information, l’ICT Spring, organisée mardi et mercredi au centre de conférence européen du Kirchberg par l’agence de communication Farvest (photo : sb). Après une édition 2020 en « phygital » pour cause de pandémie, cette conférence décalée à la fin de l’été 2021 s’est tenue dans un format tourné vers quatre thématiques : le numérique, la technologie financière (ou fintech), la sécurité et l’espace, des thèmes sur lesquels le gouvernement s’engage et qui a valu la participation de trois ministres. Sont intervenus les ministres de l’Économie et du Digital, Franz Fayot (LSAP), et Marc Hansen (DP), en chair et en os, ainsi que le Premier ministre Xavier Bettel, en vidéo. Pierre Gramegna, grand promoteur de la diversification par la fintech ne s’est pas présenté cette fois ci. 

Certains panels ont permis de dépasser le vernis du « monde parfait » appliqué avez zèle par les représentants gouvernementaux et les lobbyistes. Relevons l’intervention du directeur de la Cellule de renseignement financier (CRF), Max Braun qui, dans une discussion sur la lutte contre le blanchiment d’argent, a avoué les faiblesses de son organisation face à des déclarations de soupçon mal renseignées. « Si la qualité des données est basse : on a deux solutions. Soit on embauche des gens pour étudier au cas par cas, soit on continue les échanges, mais si ce n’est pas qualitatif au début, ce ne sera pas vraiment effectif », avoue le chef de la CRF. Celle-ci traite autour de 50 000 déclarations de soupçons par an, notamment au moyen d’un logiciel d’analyse qui aide « de manière assez incroyable, à identifier les transactions suspectes », explique Max Braun. En fond, tous les participants au panel font état des déficiences du registre des bénéficiaires effectifs mis en place en 2019. « Si vous regardez le RBE, c’est presque impossible d’établir les connexions avec les clients », témoigne Pascal Buguin de La Mondiale Assurance. « Ici (au Luxembourg, ndlr), on travaille avec des structures aux couches multiples. Il faudrait se plonger très profondément, pendant plusieurs années, pour comprendre la structure », même avec un algorithme, se targue l’associé d’Arendt & Medernach, Glenn Meyer. Un discours bien loin de la satisfaction affichée par le gouvernement lors des révélations OpenLux en février. Quand plusieurs médias mettaient le doigts sur les incohérences, l’exécutif signalait l’exemplarité du Luxembourg à transposer une directive de façon maximaliste (le RBE étant notamment accessible au grand public). pso

Editpress a trouvé un nouveau chef

Selon plusieurs sources, l’ancien administrateur délégué de Luxcontrol, Jacques Eischen, prendra la tête d’Editpress jeudi 23 septembre. L’éditeur de Tageblatt, Revue et Le Quotidien (en collaboration avec le Républicain lorrain) s’est retrouvé décapité à la faveur de la nomination à la tête de la Radio socioculturelle 100,7 de son directeur général Jean-Lou Siweck, cinquante ans, effective depuis ce jeudi. Editpress a publié la semaine dernière au registre de commerce une convocation à l’assemblée générale visant à la nomination d’un administrateur délégué.

Il s’agira de Jacques Eischen, 63 ans, qui a lâché les rênes de l’organisme d’inspection et d’essai eschois à René Jost en mars dernier, dans la plus grande discrétion. L’entreprise aux 200 salariés capitalisée par TÜV Rheinland, Arcelor-Mittal et la Société nationale de crédit et d’investissement n’en a pas fait publicité sur son site internet. Selon nos informations, Jacques Eischen (époux de Véronique Eischen, membre du comité exécutif de l’OGBL, actionnaire d’Editpress) sera nommé à titre intérimaire. Un directeur général à durée indéterminée est encore espéré. pso

C’est combien pour un gramme de shit ?

 

« Être le pays le plus riche au monde a forcément quelques avantages. Le Luxembourg vient de débourser trois millions d’euros pour trente kilogrammes de cannabis médical. Si l’on sort sa calculette, et qu’on applique un bon vieux produit en croix, on obtient la rondelette somme de cent euros le gramme », relève début septembre le média spécialisé dans la ganja, Newsweed. De quoi susciter des vocations. Ce site d’information international reprend les médias luxembourgeois qui avaient traité la réponse, en août, de la ministre de la Santé Paulette Lenert (LSAP) à la question parlementaire de Sven Clement (Piratepartei) sur les achats de cannabis médicinal par l’État. Un budget de trois millions d’euros est prévu pour 2021, y écrit la Villa Louvigny. Et à la question « Wat fir Produiten an a wat fir Quantéite gouf an enger eischter Instanz bestallt ? », le ministère de la Santé répond que deux sortes de cannabis sont achetées, 28,5 kg de produit avec un taux de THC à pour cent et moins d’un pour cent de CBD et 2,25 kg d’un autre avec un taux de THC et de CBD de dix pour cent. Mais les trois millions d’euros ne sont pas alloués à ces seuls 30,75kg, affirme le département communication de Paulette Lenert, sollicité par le Land. Une deuxième commande est d’ailleurs prévue pour les prochaines semaines. 

Les trois millions correspondent au budget alloué par le ministère des Finances. Lors du premier appel d’offre, une seule société s’était manifestée, Canopy Growth Germany, avec Tilray Deutschland comme sous-traitant. « Cette offre a été recevable et conforme aux critères du cahier des charges. Une comparaison des prix de marché n’a donc pas eu lieu », explique la Villa Louvigny. En l’espèce, le prix par gramme pour les sommités fleuries séchées est de 8,50 euros HTVA. Pour toute commande au-delà de 170 kg par livraison, le prix par gramme sera de 5,50 euros HTVA. À la question de savoir si un Big Four aide le gouvernement à choisir son herbe, le ministère de la Santé répond que l’approvisionnement est actuellement géré par la Division de la pharmacie et des médicaments (DPM) de la Direction de la santé, « et ceci sans aide ou consultance externe ». « Il revient, pour l’instant, à la DPM d’estimer et de commander les quantités de produit nécessaires et d’organiser le stockage du produit auprès d’un grossiste répartiteur licencié au Luxembourg », détaille encore notre interlocuteur. Le pays a conclu en février deux ans de phase test. La DPM et le Luxembourg Institute of Health (LIH) travaillent sur le rapport d’analyse dont la version finale devrait être livrée à l’automne 2021. (photo : sb) pso

Almagest, multirécidiviste

En janvier, nous citions ce gestionnaire d’actifs financiers au Luxembourg, Benjamin Benedetto, associé gérant d’Almagest dans le média marocain L’Économiste : « Le banquier n’a pas à choisir entre sa réputation, son emploi et le fait de ne rien dire. Il est obligé de coopérer avec les autorités au risque de perdre sa licence. » L’entreprise d’investissement venait de se faire taper sur les doigts par la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF, photo : sb). Une amende administrative de 150 000 euros lui avait été infligée aux motifs de non-respect des obligations professionnelles en matière de coopération avec les autorités, manquements aux dispositions de la réglementation anti-blanchiment et dysfonctionnement dans l’application de Mifid, directive européenne encadrant la relation au client.

Rebelote la semaine dernière : Almagest Wealth Management a écopé d’une sanction de 60 000 euros pour non-respect de certaines obligations professionnelles en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. L’entreprise avait dû payer une amende de 25 000 euros pour la même raison en janvier 2020. En décembre 2019, Almagest avait déboursé 15 000 euros auprès du régulateur pour manquement aux obligations en termes de fonds propres. pso

Politiques du siège

Silence, ça (re)négocie ! Le chantier pour le pimpant nouveau siège mondial d’Arcelor-Mittal au Kirchberg (le long de l’avenue Kennedy) prend du retard. Des discussions sur le projet se mènent actuellement « au plus haut niveau » entre la direction du sidérurgiste et le ministère d’État. Contacté, l’attachée presse de Xavier Bettel n’en veut dire plus : « Le projet a évolué et il y a des pourparlers, mais qui ne sont pas encore conclus ; pour le moment nous ne pouvons donner plus de détails ». Le président d’Arcelor-Mittal Luxembourg, Michel Wurth, évoque de simples discussions « sur l’exécution de nos accords sur fonds de la crise Covid ». Comme pour le groupe RTL, la question du siège d’Arcelor-Mittal a toujours été extrêmement touchy. Au ministère d’État, on se hâte donc de souligner qu’avec le projet d’un nouveau siège, le sidérurgiste « s’est engagé pour une présence à long terme ». Dessiné par le bureau d’architectes parisien Wilmotte & Associés et d’une surface de 60 700 mètres carrés, le bâtiment devrait initialement être livré pour 2024. À voir si Arcelor-Mittal, qui n’aura certainement pas besoin de cette énorme surface à lui tout seul, trouvera des « sous-locataires ». Dans sa communication, Arcelor-Mittal avait mis l’accent sur la durabilité de son futur QG, qui peut être démantelé et dont l’acier peut être réutilisé dans une nouvelle construction. bt

Bernard Thomas, Pierre Sorlut
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