Hantises scolaires

d'Lëtzebuerger Land du 23.01.2026

Le retour d’une vieille hantise. Dès ses débuts en 1953, l’École européenne était perçue comme une concurrence déloyale par le système scolaire luxembourgeois. Le Grand-Duché était ainsi le dernier État membre de la CECA à reconnaître, en 1963, le baccalauréat européen comme équivalent au Premièresdiplom. « Si l’équivalence entre les deux diplômes était reconnue, il y aurait certainement à redouter un afflux toujours croissant de ressortissants luxembourgeois vers l’École européenne », déclarait, en 1959, le ministre de l’Éducation, Émile Schaus (CSV). Pas question d’« éluder » les examens de Première, dont les exigences étaient supposées « plus encyclopédiques ».

Dans son édition de lundi, Wort actualise cette critique, et y remet une couche. Les résultats des nouvelles écoles internationales publiques à la session 2025 du baccalauréat européen seraient « teilweise katastrophal » ; « Dennoch schaffen 260 von 263 Schülern ihren Abschluss ». Les nouveaux lycées se retrouveraient en fin du classement européen. La note moyenne des 118 élèves de l’École internationale de Differdange et Esch est ainsi de 70,42, contre 77,72 (sur cent) dans la moyenne européenne. Pour avoir le bac européen, il faut atteindre une moyenne générale de cinquante points. Or, dans le détail, les résultats dans les mathématiques et les sciences dures s’avèrent souvent insuffisants.

Djuna Bernard a repris l’argumentaire du Wort, ce mardi lors de l’heure de questions au Parlement. La députée verte évoque des « massiv Leeschtungsdefiziter am internationale Verglach », et met en garde contre un « clivage qualitatif » entre lycées européens et traditionnels. Elle a été suivie par la députée Francine Closener (LSAP) qui a parlé d’« épreuves écrites, qui ne sont, en partie, vraiment, vraiment pas bons. Et pourtant la grande majorité obtient un diplôme ».

Dans sa réponse, le ministre de l’Éducation, Claude Meisch (DP), a tenté de contextualiser les chiffres. Il a rappelé que le modèle luxembourgeois constitue un cas très particulier dans la galaxie des écoles européennes : Il s’agit d’une « öffentlech Gesamtschoul », gratuite et ouverte à tous, dont le niveau se situe quelque part entre le classique et le général. Rien à voir avec la composition sociale des écoles européennes classiques ou privées, qui accueillent une population « relativement homogène », des enfants de fonctionnaires européens et/ou de parents aisés, a estimé le ministre. Les écoles internationales publiques, accueillent, quant à elles, « des élèves qui, dans nos écoles traditionnelles iraient souvent droit dans le mur », notamment de nombreux primo-arrivants.

Bref, les élèves à Differdange et Clervaux ne sont pas les mêmes qu’à Mamer et au Kirchberg ou à Bad Vilbel, une banlieue huppée de Francfort. Et il ne faut pas avoir lu l’intégrale de Bourdieu pour savoir que le background socio-économique a un impact sur les résultats scolaires. Malgré cela, le taux de réussite reste étonnamment élevé. En 2025, il dépasse les 95 pour cent dans les écoles publiques européennes au Luxembourg. (Dans la moyenne européenne, il est de 99,66 pour cent, les deux tiers des lycées voyant l’intégralité des élèves décrocher un bac.) Pour éviter les échecs, les écoles internationales luxembourgeoises tentent de filtrer leurs futurs bacheliers en cours de route, surtout en Quatrième et Troisième.

Bernard Thomas
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