Entretien avec Jean Wagner, directeur du Lycée technique Josy Barthel

«Un nouveau chez-soi»

d'Lëtzebuerger Land vom 05.06.2003

d'Lëtzebuerger Land: Le Lycée technique Josy Barthel (LTJBM) a été construit en un temps record de six ans et demi en tout. Nommé un an avant son ouverture le 15 septembre prochain, vous avez eu le temps nécessaire pour développer son concept et sa notoriété afin de drainer assez d'élèves à Mamer pour que l'école puisse fonctionner convenablement dès sa première année. Quel fut l'écho à vos portes ouvertes et autres actions de promotion de ce nouveau lycée? Comment se passent les inscriptions et jusqu'à quand peuvent-elles se faire? 

 

Jean Wagner: Je dois dire que nous sommes très satisfaits de l'écho. Jusqu'à présent, nous avons reçu quelque 670 intentions d'inscription, c'est à peu près le nombre d'élèves que nous espérions pour cette première année scolaire. Tous ces élèves qui nous ont envoyé une telle intention d'inscription doivent maintenant encore s'inscrire définitivement. Les enfants qui viennent du primaire attendent de recevoir leur avis d'orientation de leurs enseignants, avec lequel ils peuvent s'inscrire dans une de nos septièmes, entre le 25 juin et le 10 juillet. Ceux qui sont déjà dans un autre lycée et se sont manifestés  pour rejoindre le nôtre dans une classe de huitième, neuvième ou dixième ont reçu ou reçoivent une lettre qui les invite également à officialiser leur inscription. Ceux-là peuvent s'inscrire jusqu'au 18 juillet. 

 

Le Lycée technique Josy Barthel a une capacité totale de 1300 élèves, pour l'enseignement classique et technique dans le cycle inférieur, puis pour le cycle supérieur, il offre les formations techniques uniquement, spécialisation dans les métiers du bâtiment. Par où, avec combien de branches et de classes différentes allez-vous commencer? 

 

Dans l'enseignement classique, nous allons uniquement offrir les classes de septième l'année prochaine, nous prévoyons de faire trois ou quatre classes d'orientation. Puis, en nous basant sur les pré-inscriptions, nous allons faire trois classes de septième dans l'enseignement modulaire, six ou sept septièmes secondaires techniques, deux huitièmes théoriques et deux polyvalentes, une neuvième technique et une dixième technique générale. 

En ce qui concerne le cycle supérieur de spécialisation en métiers du bâtiment, nous allons fonctionner à plein régime dès la première rentrée, puisque toutes les classes des sections en génie civil respectivement des métiers du bâtiment et du dessinateur en bâtiment du Lycée technique des arts et métiers du Limpertsberg seront intégralement mutées dans notre lycée. Il s'agira en l'occurrence d'une dizaine de classes entre dixième et treizième dans les formations du technicien, trois pour le CATP en dessinateur du bâtiment et trois pour les métiers divers du bâtiment comme maçon ou carreleur... D'ailleurs la première année de formation pour ces derniers métiers sera à partir de l'année scolaire 2003-2004 organisée à plein temps. Pour les années suivantes, nous comptons accueillir chaque année 300 élèves de plus pour atteindre notre vitesse de croisière dans deux ans.

 

Dans son «Plan sectoriel», le gouvernement découpe le territoire luxembourgeois en plusieurs «pôles», dont chacun devrait offrir la gamme complète des formations du système scolaire luxembourgeois. En plus, les lycées devraient se rapprocher des élèves, entre autres pour faciliter l'organisation des transports par exemple. Qu'en est-il de ce concept de «lycée de proximité» ici à Mamer? Est-ce que vous accordez déjà une priorité d'inscription aux élèves de la région, au détriment d'un élève qui viendrait de Clervaux ou d'Esch-sur-Alzette par exemple? 

 

Le principe de l'inscription prioritaire doit encore être officialisé dans une loi, mais de toute façon, les élèves et leurs parents garderont toujours une certaine liberté de choisir leur lycée. Ceci dit, pour nous, la question ne se pose pas vraiment, puisque nous n'avons pas encore reçu de demandes d'élèves venant de plus loin. Concrètement, nous nous organisons avec les communes de la région autour de Mamer, le ministère des Transports crée des lignes d'autobus spéciales venant de Kehlen, Olm, Dippach, Schouweiler, etc. Un arrêt de train est en chantier à quelques centaines de mètres du lycée, deux lignes spéciales venant de Luxembourg et de Kleinbettingen permettront d'acheminer les élèves de ces deux directions, avec un horaire adapté aux horaires de l'école. 

Je crois que beaucoup de parents et beaucoup d'élèves seront contents de pouvoir aller dans un lycée plus proche de chez eux. Nous le constatons par exemple grâce aux inscriptions d'élèves de la région qui veulent changer en classe de huitième ou de neuvième. 

 

Vous fonctionnerez selon des horaires aménagés, avec des journées qui ressemblent à la journée continue...

 

Oui, nos cours durent en principe de 8h15 à 14h40 tous les jours. Les élèves qui le désirent peuvent rester jusqu'à 16h15, soit pour participer à toutes sortes d'activités parascolaires, soit pour faire leurs études et devoirs sous surveillance. La pause de midi est réduite à 50 minutes, une société fera la cuisine sur place, qu'elle servira en deux services dans notre restaurant à 330 places ou dans notre cafétéria de 120 places. Notre infrastructure est telle que nous pouvons tout offrir sur place, des ateliers pratiques jusqu'aux sports, qu'ils se pratiquent dehors ou à l'intérieur, voire même en piscine. Nous voulons que notre lycée devienne pour nos élèves quelque chose comme un nouveau «chez-soi» où ils se sentent à l'aise. 

 

Vous êtes un des lycées techniques qui participent au projet-pilote de réforme du cycle inférieur du ministère de l'Éducation nationale (d'Land 12/03). Pourquoi? Qu'est-ce que vous attendez de ce projet-pilote? 

 

Pour nous, ce projet est vraiment une aubaine. Car depuis septembre dernier, nous avons développé un concept pour un enseignement différent dans notre lycée, nous voulons créer des situations d'apprentissage, en nous basant sur la différenciation des élèves, l'encadrement par le tutorat et la coopération entre les différents professeurs. Ce projet-pilote a rejoint ces idées novatrices, donc nous y participons volontiers, d'autant plus qu'il nous laisse une grande autonomie et nous encourage à être créatifs dans la lutte contre l'échec scolaire.

 

Qui dit nouvel enseignement dit nouveaux enseignants. D'où viennent-ils? Combien est-ce que vous en engagez et selon quels critères les recrutez-vous?

 

Notre cellule de pilotage, qui a développé le concept d'enseignement, a été recrutée par un appel à candidatures. Huit enseignants venant d'autres lycées ont reçu deux heures de décharge par semaine pour y participer, nous nous voyons tous les vendredis. 

Pour les enseignants qui nous rejoignent dès septembre, un appel à candidatures a été lancé en février, ils seront nommés dès septembre chez nous selon les procédures en vigueur. On nous a accordé 27 postes de professeurs, plus les 18 enseignants du LTAM - avant tout des ingénieurs, architectes et maîtres d'enseignement technique - qui viennent avec les classes de génie civil et des métiers du bâtiment. Puis il y aura six enseignants-stagiaires, le personnel administratif et technique et un certain nombre de chargés d'éducation... une vraie petite entreprise!

 

Après le Lycée Aline Mayrisch, vous êtes le deuxième lycée au Luxembourg à offrir les deux ordres d'enseignement, le classique et le technique, durant le cycle inférieur. Si maintenant votre enseignement technique est organisé selon les principes de ce projet-pilote, comment organisez-vous la cohésion des deux cycles inférieurs? Est-ce qu'ils ne vont pas être trop différents? 

 

Même avec ce projet-pilote, qui cherche surtout à réformer les méthodes d'enseignement, le programme d'études reste l'élément qui prime dans un lycée! Mais, par ce projet-pilote, nous allons avoir plus de latitude dans le choix des moyens pour arriver à ce résultat. Dans toutes nos réflexions, nous partons toujours de la question: comment pouvons-nous au mieux encadrer et aider l'élève? Nous souhaitons disposer de l'espace-temps nécessaire pour atteindre cet objectif. 

Dans ce sens, nous avons opté pour des leçons d'une durée de 45 minutes, que nous voulons regrouper par deux afin que l'enseignant puisse vraiment travailler chaque matière à fond avec ses élèves. Puis nous allons faire une équipe d'enseignants pour chaque classe, qui restera alors la même et suivra les mêmes élèves durant les trois premières années de leur scolarité chez nous. Ce principe, nous allons aussi l'appliquer à l'enseignement classique. 

Tout comme nous essayerons d'organiser un maximum d'activités parallèles entre les deux ordres d'enseignement pour que les élèves se rencontrent le plus possible. Toutefois, il est vrai que la grille des programmes de l'enseignement classique reste par ailleurs plus rigide.

 

 

 

 

 

 

josée hansen
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