Premier échevin à Luxembourg, Serge Wilmes brigue un rôle majeur dans la capitale. Il se verrait bien être celui qui mettra fin au règne du DP

E Stater Jong

d'Lëtzebuerger Land vom 09.09.2022

Lundi, jour de braderie dans la capitale, tous les partis politiques ont installé un stand sur la Place d’Armes. Avant d’arriver sur celui du CSV, son parti, Serge Wilmes – bronzage, lunettes de soleil et marinière trahissant un retour tout récent de vacances – prend le temps de saluer, de plaisanter et de faire des photos auprès de Lydie Polfer et de plusieurs élus du DP à la Ville. Ce n’est pas une simple politesse, le Premier échevin de Luxembourg et la Bourgmestre affichent une réelle complicité et une confiance mutuelle. « Du respect et de l’estime », décrit Serge Wilmes, qui se sont construits au fil des années de coalition. Au début de la mandature, en 2017, le CSV sortait de douze années d’opposition. Avec ses 9 187 voix personnelles – autour de 2 000 de plus que les suivants sur la même liste, Isabel Wiseler-Lima, Maurice Bauer et Laurent Mosar – Serge Wilmes est la figure qui avait permis aux chrétiens-sociaux de revenir aux commandes en coalition. Belle revanche pour celui qui n’était que huitième au précédent scrutin communal, avec moins de la moitié des voix. Il comptait bien le faire savoir et se montrer sur chaque photo, à chaque inauguration pour prouver qu’il n’allait pas s’effacer derrière celle qui connaît tous les rouages de la fonction pour avoir été bourgmestre (par intermittence) depuis 1982, année de naissance du Premier échevin.

À quarante ans, Serge Wilmes a déjà passé la moitié de sa vie en politique, ayant tôt opté pour une carrière dans ce domaine. Le jeune loup s’est fait un nom et peaufine son style pour franchir, non sans ambition, les étapes d’un jeu assez codifié. Sourire permanent qui dévoile ses fossettes, physique longiligne, veste sans cravate, il a la communication facile et une éloquence que ses professeurs relevaient déjà au lycée. Né à Merl « avec la route de Longwy d’un côté et des champs de l’autre », d’un père ingénieur à la Cegedel et d’une mère au foyer, entouré de deux frères, Serge Wilmes vit aujourd’hui au Mullenbach, avec sa femme et leurs trois enfants. Ses parents étaient actifs au niveau local au sein de la section du CSV dans leur quartier. Il se souvient de discussions où « on parlait de tout » et d’avoir eu, dès l’adolescence, le sentiment d’être « chanceux de grandir dans une ville qui fonctionne et une famille aimante », raisons qui l’ont poussé à s’engager pour défendre « une vision humaniste de la société ». Serge Wilmes raconte avoir observé l’offre des différents partis, moment où il a été approché par un certain Xavier Bettel (DP), de neuf ans son aîné, lors d’une réunion de quartier en vue des élections de 1999. « Mais je venais de rencontrer Jean-Claude Juncker qui n’était Premier ministre que depuis quatre ans. Mon adhésion au CSV était toute fraîche. » Il n’a finalement jamais pensé à s’inscrire dans un autre parti : « J’ai été très critique vis-à-vis de l’Église comme institution, notamment en ce qui concerne les questions de société. Mais l’humanisme de doctrine sociale chrétienne reste ce qui détermine mon engagement. »

Les études d’histoire (« qui permettent de mieux comprendre la politique ») et une année aux Archives nationales semblent anecdotiques au regard du parcours politique balisé. En 2017, Michel Wolter, alors président du groupe parlementaire CSV, l’embauche comme conseiller parlementaire. Un poste qui permet au jeune Wilmes d’apprendre tout ce qu’un politicien doit savoir : suivre les dossiers, connaître les enjeux, fréquenter les élus, comprendre le processus électoral, poser des questions et préparer des réponses… Le secrétariat du groupe parlementaire est d’ailleurs un tremplin traditionnel pour une carrière dans la politique (Jean-Claude Juncker, François Biltgen ou Frank Engel sont passés par là). De 2008 à 2014, il sera président des Jeunesses chrétiennes-sociales (Chrëschtlech Sozial Jugend, CSJ) où il se fait entendre comme réformiste et critique vis-à-vis de la vieille garde. Un premier échelon qui lui donne assez de visibilité pour rassembler près de 15 000 voix aux élections législatives de 2009 et de finir quatorzième sur la liste du CSV dans la circonscription Centre. Par un jeu de circonstances, les décès successifs de Mill Majerus et de Lucien Thiel puis la démission de Jean-Louis Schiltz, Serge Wilmes deviendra député en 2011. À 29 ans, il est le benjamin de la Chambre et sera réélu en 2013 (cinquième du CSV) et en 2018 (deuxième de son parti, troisième du Centre, tous partis confondus). Au cours des années, il s’est affirmé plus libéral que les caciques du parti chrétien-social, par exemple en votant pour le droit de vote des étrangers au référendum de 2015 ou en faveur de la libéralisation de la législation sur l’avortement proposée par le gouvernement DP/Vert/LSAP.

« Je suis fasciné par les villes que l’on peut comparer à des organismes complexes qui façonnent le devenir de l’humanité. C’est passionnant de voir comment cela fonctionne et comment améliorer cela. » À dix mois des élections communales, Serge Wilmes ne cache pas son ambition d’aller plus haut que sa fonction actuelle. « L’issue des élections s’avère sans doute plus tendue qu’auparavant. Il n’est pas impossible que mon parti (il le nomme rarement) gagne deux sièges. Devenir bourgmestre serait une fierté et un honneur. ». Une tâche difficile : Le parti libéral se maintient à la tête de la Ville sans discontinuer depuis 1969. S’il ne fait aucun doute qu’il figurera en tête de liste le 11 juin prochain, le Premier échevin ne veut pas précipiter les choses et se refuse à imaginer la composition de sa liste : « Il faut poursuivre notre travail à la Ville avant de se lancer en campagne. Et il reste beaucoup à accomplir. » Après bientôt six années au pouvoir dans la capitale, Serge Wilmes se trouve dans la position inconfortable de défendre un bilan tout en affirmant sa singularité par rapport à son partenaire de coalition, qui va devenir son principal adversaire. Au rayon du bilan, il se félicite de la politique en matière de logement où « la Ville a mis tous les moyens possibles pour l’acquisition de terrain et la construction de logements abordables et où les nouveaux quartiers, axés sur l’humain vont voir le jour ». Il défend aussi le plan de mobilité qui « fixe des objectifs jusqu’en 2035 pour dépolitiser la question de la mobilité ». Son cheval de bataille, c’est la vitalité de la ville, les commerces et l’espace public : « Il amener de la vie les 24 quartiers de la capitale qui connaissent des histoires et des caractéristiques différentes. Il ne suffit pas de laisser-faire. La politique doit donner des impulsions, initier des projets et s’impliquer à tous les niveaux pour transformer Luxembourg en une métropole où il fait bon vivre ». Au passage, il lance une pique à Lydie Polfer qui, en bonne libérale, a toujours refusé d’intervenir auprès des commerces par exemple. Pour Serge Wilmes, la réflexion sur l’espace public constitue aussi l’une des réponses aux questions de sécurité : « C’est quand les lieux sont vides, qu’il n’y a pas de vie et pas d’animation que l’insécurité s’installe. »

Le Premier échevin sait que les avis sont divisés, sur cette question sécuritaire notamment, au sein de son parti. « Ces points de vue reflètent le caractère profond du CSV comme parti populaire. Chacun en tant que personne a des droits, mais la vie en société impose des règles qu’il faut respecter. » Il estime que le volet social et le volet répressif ne sont pas inconciliables et doivent être pris en compte dans leur ensemble. « Laurent Mosar et Paul Galles sont les deux faces d’une même médaille. Il me revient, en tant que leader, d’en faire la synthèse et d’établir une liste et un programme qui en tient compte », ose-t-il, non sans rappeler le « en même temps » d’Emmanuel Macron. Il a d’ailleurs rencontré le Président français en 2018, et y voit une personnalité « brillante, cultivée, d’une rare éloquence ». La future tête de liste considère que ces divisions au sein du CSV ne devraient pas le pénaliser lors des élections. « Le système électoral luxembourgeois donne une grande importance au vote préférentiel. Les électeurs choisissent d’abord des personnes qui peuvent rallier leurs idées. » Aussi, il ne ferme la porte à aucune configuration : « Je ne vais pas me lancer dans un jeu des coalitions possibles. Il faut attendre les résultats, discuter avec tous les partis élus pour créer une coalition au service de la ville et de ses habitants. Je n’exclus rien ».

Avec les élections législatives quelques mois plus tard, la question du cumul des mandats se pose forcément. La politique communale a sa faveur. « On y a un plus grand rôle à jouer, on travaille plus sur le terrain. Si je deviens bourgmestre, je le serai pour six ans. » Mais, en attendant qu’une loi soit votée pour éviter le cumul des mandats, Serge Wilmes entend bien rester à la Chambre. « Je veux être en position d’aider mon parti à revenir au gouvernement », martèle-t-il.

France Clarinval
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