Horaires scolaires

Le monde change

d'Lëtzebuerger Land du 01.07.1999

La réalité, forcément, est bien plus crue que les grands idéaux. Bien plus efficace aussi. À Hosingen, l'argument décisif pour l'introduction d'un nouvel horaire scolaire dans l'école intercommunale Parc Hosingen était avant tout pragmatique et s'appelle transport scolaire. Les 330 enfants provenant des quatre communes de Hosingen, Puetscheid, Hoscheid et Consthum, réunies par le Sispolo (Syndicat intercommunal pour l'enseignement, l'éducation, le sport et les loisirs), font tous les jours des trajets pouvant aller jusqu'à une heure de transport. Les renvoyer chez eux entre midi et deux heures uniquement pour manger puis les faire revenir ne serait pas très rationnel. Et ferait perdre de l'argent aux communes : bien que quatre des huit lignes de bus nécessaires au rapatriement des enfants soient des lignes officielles et donc à charge de l'État, le transport coûte 7,5 millions de francs par an - soit 16 pour cent du budget de l'école. " Tous les enfants rentrent déjeuner! " affirme Paul Schmitz, président du Sispolo, non sans une certaine fierté, et que " tous sont chez eux à une heure ". À Hosingen, l'école commence un quart d'heure plus tôt que les horaires courants, à 7h45, et dure 55 minutes de plus à midi, jusqu'à 12h35, et ce du lundi au vendredi. Le samedi, les classes du préscolaire sont libres, les classes du primaire se terminent à 11h30. Ce qui constitue donc le total requis de 25 respectivement 29 leçons hebdomadaires. Ainsi, les enfants et les enseignants sont libres durant toutes les après-midi. Introduit à l'essai dès l'ouverture de l'école en septembre dernier, le nouvel horaire vient d'être évalué une première fois par les parents et les enseignants sous forme d'un sondage élaboré par le Sispolo. Qui prouve une grande majorité de satisfaits. À la question " Est-ce que votre enfant supporte bien les cinq heures de classes matinales ", plus de 90 pour cent des parents répondent par oui, 53 pour cent des parents du primaire affirment que " le nouveau modèle scolaire [a] des conséquences positives sur les performances scolaires " de leurs enfants et 61 pour cent estiment même que la nouvelle grille horaire " influence de manière positive la vie de famille ". Au vu de ce sondage, la ministre de l'Éducation nationale Erna Hennicot-Schoepges (PCS) vient de donner son accord pour le prolongement du projet pour trois ans. Un projet qui a par ailleurs d'autres ambitions pédagogiques, comme l'introduction d'une classe orthopédagogique, de classes de logopédie ou de cours d'appui, et, à moyen terme, d'un système de foyer de jour dans le même bâtiment, avec cantine et salles d'accueil pour les élèves qui le désirent. Par contre, le samedi libre ne figure pas au palmarès des revendications de parents d'élèves à Hosingen. Il constitue pourtant une des revendications principales - ou au moins la plus maniable pour les comptes-rendus de presse et les promesses politiques - de l'association libre de parents d'élèves Eltere mobiliseieren. La quinzaine de parents constituant désormais ce qu'on pourrait appeler le " noyau dur " du comité d'action (sans forme juridique officielle jusqu'à présent) avaient commencé en février à discuter de leurs problèmes communs d'inadaptation du rythme scolaire aux modes de vie actuels. Notamment en ce qui concerne la prise en charge des enfants à la sortie de l'école, et le saucissonnage de la journée par des horaires non adaptés aux horaires de travail des parents. Avec deux ou trois enfants scolarisés, une mère - ou un père - peut facilement passer la plus grande part de son temps à attendre à la sortie des différentes écoles. En février, donc, fut rédigée une lettre ouverte à la ministre dans quatre langues, répertoriant surtout les désavantages du système actuel et demandant que le ministère repense tout le système du primaire, envisageant notamment l'introduction d'une journée continue volontaire. La pétition qui l'accompagnait connut un succès imprévu, plus de deux mille signatures de parents d'élèves de tout le pays arrivaient à l'adresse de Eltere mobiliseieren (23, rue des Cerisiers / L-1322 Luxembourg / fax : 25 20 27). La liste des noms avec leurs doléances fut officiellement remise à la ministre le 6 mai, mais les parents n'étaient guère satisfaits des réponses à leurs questions. Se référant à la sacro-sainte autonomie communale, elle laissa l'initiative d'une modification des horaires scolaires - toujours dans le respect du programme à suivre - aux communes et s'exprima contre le samedi libre, de peur de trop surcharger les autres journées. Or, pour Martine Elvinger, porte-parole de Eltere mobiliseieren, le seul moyen de vraiment faire changer les choses sur le plan national, et non par de petits projets pédagogiques locaux, est l'initiative ministérielle, exprimée par règlement grand-ducal. Le malaise qu'ils accusent ne se limite pas uniquement aux horaires scolaires, mais comprend tous les aspects de la garde d'enfants en dehors de l'école - cantines, crèches pour les plus petits, activités péri- et parascolaires. Et relève donc également du ressort de la ministre de la Famille, Marie-Josée Jacobs (PCS), qui nécessitait déjà beaucoup de force de persuasion pour convaincre les maires de construire plus de crèches. " Parents dénaturés " faisant preuve d'" égoïsme monstrueux " s'offusquent les auteurs de lettre à la rédaction au Luxemburger Wort, et Manou Hoss, un de ces " monstres d'égoïsme ", y répond en démontrant rationnellement et sobrement à quel point l'horaire scolaire est désuet face au développement du noyau familial, du rôle de la femme - et de l'homme - dans la société et face à l'organisation du travail. Paradoxalement, les plus médisants reprochent aux parents activistes de ne pas agir pour eux-mêmes, parce que les plus exposés du groupe sont assez aisés pour pouvoir trouver d'autres solutions que le service public pour la garde de leurs enfants. Martine Elvinger par contre constate que les deux mille procurations de leurs pairs leur imposent une certaine responsabilité de continuer leur action. Et elle est consciente que seule une grande visibilité médiatique leur garantira un certain succès. En fait, plus qu'une simple initiative citoyenne, Eltere mobiliseieren utilise les mêmes méthodes de lobbying que les syndicats par exemple. La semaine dernière, 800 lettres ont été envoyées aux entreprises, demandant la solidarité des patrons et du personnel, assurant ainsi à l'initiative un appui supplémentaire, dans l'économie. Avant les élections, l'initiative avait pris contact avec les partis - Déi Gréng, PDL, Posl - et attend avec impatience le prochain programme gouvernemental et le nom des ministres de la Famille et de l'Éducation nationale. Et les enfants ? Selon les recherches de la toute jeune science de l'ergonomie scolaire (voir par exemple Anne-Claude Vercher), le rythme biologique de l'enfant contient deux périodes propices à l'apprentissage : un pic de concentration vers onze heures (pour la rétention à court terme) et un deuxième vers 16h30, favorable à la mémoire à long terme. Avant 9h30, les enfants seraient inefficaces, et, en général, les journées scolaires actuelles beaucoup trop longues, tout comme les vacances d'ailleurs. Le samedi libre ne serait donc pas la meilleure solution pour les enfants et ne ferait qu'aggraver les difficultés qu'ont les enfants pour retrouver leur rythme le lundi matin. En 1993 déjà, le Conseil supérieur de l'éducation nationale (CSEN), avait recommandé " de créer à court terme les conditions nécessaires à l'introduction de la journée continue " et se basa par la suite sur les recherches de Hubert Montagner. À Hosingen, Paul Schmitz est conscient des exigences du rythme biologique des enfants. Mais pour lui, leur expérience prouve que la journée continue peut fonctionner, aussi pour les enfants, à condition de prendre en compte ces contraintes et de terminer les longues matinées par des matières moins exigeantes, comme le sport. Question d'organisation.

josée hansen
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