Les coulisses de la musique (7)

Pas si classique

d'Lëtzebuerger Land vom 09.09.2022

À seulement 24 ans, Clémence Creff possède déjà l’assurance des plus audacieux. Souriante et enjouée, la jeune femme semble bien consciente de la tâche complexe que son job de « chargée de mission – classique, contemporain, jazz, world » au sein de Kultur:Lx lui demande. Quoiqu’il en soit, elle, elle est prête.

Son « titre » pourrait faire un peu peur : Chargée de mission, un énoncé quasi militaire, mais qui n’effraye pas le moins du monde Clémence. « Au contraire, moi, je trouve ça hyper gratifiant. Chargée de mission veut dire que tu vas gérer un, voire plusieurs projets et c’est une des choses qui m’a motivée à postuler à ce job. Alors oui, j’en conviens, ça peut faire un peu peur parce que c’est mon premier travail et que cela me donne une certaine responsabilité mais je trouve ça… plutôt grisant ». Elle précise que ce boulot est très diversifié : gestion de projets dans le cadre de la promotion d’artistes mais aussi toute la partie support, que ce soit financier ou en termes d’accompagnement et de conseils.

Passionnée de musique classique et de jazz, Clémence Creff n’a finalement fait que suivre une voie qui semblait être tracée pour elle depuis toute petite. Elle se souvient : « Petite, je rêvais de devenir danseuse professionnelle. C’était vraiment le grand projet de ma vie qui est resté assez longtemps dans ma tête. Après, j’ai voulu devenir commissaire-priseur. Puis un jour, je me suis dit que je ne serai jamais une danseuse professionnelle, ce qui ne m’empêchait pas de travailler pour les danseurs pro. » Elle revient sur les débuts. « Avant d’être ici, je terminais mes études. À côté, je travaillais dans une agence artistique à Paris – principalement dans la musique classique. Je savais que je voulais rester dans ce genre de job… mais dans le domaine public. Et l’offre d’emploi de Kultur:LX est parue au moment où je terminais mes études. C’est un concours de circonstances assez drôle car j’avais une idée assez précise de ce que je voulais faire et il se trouve que le poste offert ici était parfaitement compatible. »

Une sorte de fascination pour le Luxembourg

La journée-type de Clémence Creff se déroule selon un fil assez rodé : « Je prends un café et je discute un peu avec mes collègues. Ensuite, il peut y avoir des rendez-vous avec des artistes qui viennent présenter leur projet ou nous montrer l’évolution de celui-ci et. De mon côté, je vois ce que je peux leur apporter comme aide. » Ce soutien doit être adapté au stade où est l’artiste dans sa carrière, en tenant compte des grandes tendances de l’industrie de la musique, de savoir comment fonctionne une campagne de promotion, sans oublier les spécificités qu’il peut y avoir dans le classique, le jazz ou les musiques actuelles. « La journée peut aussi être ponctuée de réunions dans lesquelles on va parler des projets en cours. J’essaye aussi de toujours continuer à faire des recherches (contacts, festivals, etc,…). » Le soir, généralement, elle assiste à un concert. « C’est un métier où il faut aimer le contact humain, évidemment on est amené régulièrement à aller vers les professionnels du milieu. » Autre qualité essentielle : l’écoute. « Il faut surtout savoir écouter les professionnels autour de nous, mais aussi écouter le secteur – notamment le secteur luxembourgeois, comprendre quels sont les enjeux ici et puis agir, proposer des choses. Il faut encore écouter les programmateurs des lieux ou de festivals pour savoir ce qu’ils recherchent. À l’étranger, la scène jazz est assez identifiable et j’ai régulièrement des gens qui me disent être venu, par le passé au Luxembourg – par exemple pour le Luxembourg Jazz Meeting, et qui gardent un souvenir formidable du pays. Il y a aussi pas mal de pros qui connaissent bien les artistes et ont une opinion très favorable. Et puis, il y a aussi ceux qui se demandent comment nous fonctionnons dans un si petit pays. Il y a même, chez certains, une sorte de fascination pour le Luxembourg. »

Personnage sympathique s’il en est, Clémence Creff avoue que ses passions ressemblent à son job (concerts, danse, théâtre,…). Ce à quoi elle ajoute une touche de sport (« j’essaye de courir régulièrement et, étudiante, j’ai même fait du rugby ! ») et… d’oisiveté ! « En fait, mon temps libre, j’aime bien le passer aussi à ne rien faire. Être simplement dans l’oisiveté, je trouve ça vraiment bien. » On valide !

Playslist

Premier disque acheté ou reçu ?

Life in cartoon motion de Mika. J’avais dix ans, et je n’osais pas trop demander à mes parents de me l’acheter.

La chanson qui te rappelle ton enfance ?

À peu près toutes les chansons d’Etienne Daho ; un artiste qui a accompagné toute mon enfance.

La chanson qui arrive à t’émouvoir ?

Alors, déjà, je pleure régulièrement ! Mais en musique, c’est surtout la musique classique : le Concerto pour violons de Sibelius et une version particulièrement émouvante de Lisa Batiashvili et la Staatskapelle Berlin dirigée par Daniel Barenboim ; surtout l’introduction. Et puis aussi le deuxième mouvement du Concerto en sol de Ravel – un concerto pour piano. Ça me tire la larme à chaque fois !

La chanson qui te donne la pêche ?

Stabilise de Nilüfer Yanya

La chanson que tu ne peux plus entendre ?

Peut-être Despacito, c’est plutôt une chanson que je n’apprécie pas spécialement. Les goûts et les couleurs…

La chanson que tu as honte d’écouter ?

J’aime beaucoup les BB Brunes, par exemple. Je n’ai pas honte d’écouter ça, mais je sais que ça fait un peu rire. C’est toujours une question du regard des autres parce que, personnellement, je les trouve bon musiciens et il y a des super titres. Et c’est une musique qui a quand même accompagné toute une génération.

Romuald Collard
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