Psyclist

Duel en vélo

d'Lëtzebuerger Land du 02.11.2006

Un an après le Zombiefilm, qui, malgré ses faiblesses flagrantes avait su jouer la carte du marketing, une partie de ses créateurs sont de retour avec un nouveau projet intitulé Psyclist. Alors qu'elle avait laissé le rôle principal à l'asbl Obskura, l'association Pyrrhus travaille cette fois-ci sous son propre nom et présente un moyen-métrage de 55 minutes, qui, d'après son réalisateur Mike Tereba est un «film fantastique à suspens». Alors que ce projet existait déjà bien avant celui du Zombiefilm, l'asbl  Pyrrhus a préféré le garder en attente afin d'accumuler du savoir-faire et des moyens. Ainsi, le tournage s'est étendu sur une période de trois ans, pendant laquelle les cinéastes amateurs ont constamment cherché a perfectionner leurs techniques de travail. Le résultat et non seulement différent dans le concept visuel, mais aussi dans l'intention. Tandis que Zombiefilm était prévu dans le meilleur des cas comme un premier pas dans le cinéma, Psyclist vise plutôt à attirer l'attention d'artistes et d'entreprises, qui voudraient voir leurs clips vidéos ou leur publicités réalisés par Pyrrhus. C'est ainsi que le film présente effectivement plus de caractéristiques de ces deux genres que celles d'un film fantastique. Avec une esthétique très épurée, des images en noir et blanc jouant sur de grands espaces vides et un minimum de jeu d'acteur sollicité, le moyen-métrage se donne son propre look et évite en même temps les difficultés non maîtrisées dans le film précédent. L'histoire racontée essentiellement par des moyens visuels est celle d'un cycliste (Mike Tereba) qui part sur une randonnée étendue. Sur son chemin, il croise trois personnages, dont chacun l'entraîne dans une épreuve physique et psychologique inattendu. Le dernier d'entre eux est un mystérieux cycliste (Pascal Thoma), habillé dans un costume noir futuriste, qui pousse l'héros jusqu'à la limite de la folie pour lui faire part d'une révélation importante. Clairement inspiré par la série B The Wraith (1986, Mike Marvin), dans laquelle un jeune Charlie Sheen ressuscité venge sa propre mort au volant d'une voiture futuriste, Psyclist se focalise essentiellement sur les scènes de poursuite et explore chaque angle imaginable allant même jusqu'à filmer à partir d'un hélicoptère. Si les plans sont soignés et la solitude du héros face à l'homme en noir dans les vaste décors est palpable, le réalisateur Mike Tereba est visiblement tombé amoureux de ses images réussies. Les innombrables gros plans sur la chaîne, le guidon, les pédales, quoique techniquement réussis, fusent gratuitement et finissent souvent par casser le rythme et le suspense que le film a mis des minutes à construire. Pour la bande-son, Gilles Lanners et Patrick Schumacher ont réuni leurs efforts afin de créer un mélange entre sons planants de synthétiseur et bruits industriels. Alors que cette musique s'adapte bien aux alternances entre les décors naturels spacieux et le refuge sombre du mystérieux homme machine, le rock années 1980 et les paroles clichés de la chanson Accept your destiny, composée pour l'occasion par le groupe Dizzy Good, est en contradiction totale avec le look high-tech du Psyclist. Alors qu'images et son témoignent d'un sérieux progrès technique dans leur exécution, la structure du montage laisse toujours à désirer. Ainsi le revirement final s'accompagne paradoxalement d'une retombée dans le rythme de narration et, une fois de plus, Mike Tereba s'attarde trop sur ses plans. Certainement plus beau à voir que des zombies aux blagues vaseuses, le Psyclist s'avère pourtant un peu trop narcissique.

 

Fränk Grotz
© 2020 d’Lëtzebuerger Land