Stage pédagogique

Trial and Error

d'Lëtzebuerger Land du 12.10.2000

Comme si personne n'y avait vraiment songé, les intervenants du nouveau stage pédagogique se trouvaient, en juin dernier, devant une situation qui laissait tout le monde perplexe : sur la centaine de candidats arrivés en fin de parcours de la formation théorique au Cunlux et qui devaient présenter et soutenir un dossier pédagogique, quatre ont échoué. Et personne ne semblait en connaître les conséquences.

« Compte tenu des problèmes de mise en place de la nouvelle formule et du manque de clarté au sujet des épreuves et des modalités d'évaluation - la réglementation a seulement été construite progressivement - des décisions de refus peuvent déjà paraître contestables, » écrit le Syndicat SEW/OGB-L dans un communiqué daté du 5 septembre. En plus, le règlement grand-ducal du 2 juin 1999 organisant le stage pédagogique n'est pas très clair sur les suites d'un tel échec et les possibilités du stagiaire pour se rattraper ; il retient uniquement que le stagiaire « dispose de trois trimestres, qui s'étalent sur une année scolaire, pour obtenir une appréciation suffisante dans la ou les parties jugées insuffisantes par la commission instituée pour la soutenance. » 

Durant tout l'été, les stagiaires recalés sont restés dans l'incertitude, ignorant s'ils allaient pouvoir se rattraper lors d'une éventuelle deuxième session en septembre, comme c'est le cas dans quasi toutes les formations post-secondaires, ou quel serait leur sort. Les représentants des stagiaires et des trois syndicats d'enseignants sont allés voir la ministre de l'Éducation supérieure avec plusieurs propositions, sans recevoir de réponse. Guy Poos, administrateur du département de la formation pédagogique du Centre universitaire (Cunlux), rassura mercredi (à notre demande) : « nous leur avons maintenant composé, à chacun, un parcours personnalisé, qui leur permettra d'acquérir les compétences qui leurs manquent. » 

Ainsi, les quatre stagiaires en question auraient la possibilité d'assister uniquement à ceux des cours modulaires dans lesquels ils avaient fait preuve de faiblesses. Parallèlement, ils continuent à enseigner douze heures par semaine, comme tous les stagiaires en deuxième année, et repasseront leur soutenance de dossier en juin prochain.

Cet exemple constitue un cas de figure qui illustre bien la navigation à vue du nouveau stage pédagogique. Instauré à la va-vite malgré l'opposition véhémente des syndicats, le 1er janvier 1999 (voir p.ex. d'Land du 10 juillet 1998) et se trouvant en permanence devant de réels[lt] problèmes pratiques, le stage pédagogique souffre doublement de l'absence de définitions claires des responsabilités et compétences des intervenants : les cours théoriques sont dispensés au Cunlux, établissement autonome depuis la loi de 1996, ses engagements sont réglés sur base d'un cahier des charges qui le lie au ministère de l'Éducation supérieure et de la Recherche (Erna Hennicot-Schoepges, PCS). Or, la partie pratique du stage pédagogique, c'est-à-dire le tutorat, se déroule dans les établissements du post-primaire, dépendants, eux, du ministère de l'Éducation nationale et de la formation professionnelle (Anne Brasseur, PDL).

C'est ce dernier qui met à disposition les tuteurs (difficiles à trouver et donc souvent recrutés un peu malgré eux, le Cunlux n'ayant guère d'influence sur ce choix), et c'est du Menfp que dépendent les stagiaires durant les cours qu'ils donnent durant les cinq premiers trimestres - six heures par semaine durant la première, douze heures par semaine durant la deuxième année ; une tâche complète durant la troisième année, la « période probatoire » de la troisième année. 

C'est à ce stade que sont arrivés maintenant les élèves de la première promotion, celle de 1999, qui étaient 91 au début. Ils s'étaient organisés en délégation des stagiaires et publiaient, en fin de parcours théorique, une liste des doléances sous forme de Tribune libre dans le mensuel forum (n° 201 de juin dernier). S'ils y jugent le tutorat, c'est-à-dire le travail concret dans les classes sous la houlette d'un enseignant ayant de l'expérience, comme très positif, ils estiment que la formation théorique est « une grande perte de temps » qui « ne leur permet pas de préparer de façon optimale les cours qu'ils offriront à leurs élèves ». 

Parmi les cinq modules d'enseignements théoriques obligatoires (concevoir et conduire des activités d'enseignement et d'apprentissage ; évaluer et réguler des savoirs et des capacités dans des activités d'enseignement et d'apprentissage ; développer l'autonomie et la responsabilité de l'élève ; communiquer dans l'institution et avec les partenaires de l'école et prendre conscience des dimensions culturelle et sociale de l'éducation ; construire un projet professionnel initial et continu de l'enseignant), qui équivalent à 350 heures de cours en cinq trimestres de formation, les stagiaires estiment que seuls deux « peuvent apporter une plus-value à la pratique quotidienne de l'enseignement »

Et de continuer : « De nombreuses heures sont consacrées à l'apprentissage de théories dont on a toutes les difficultés du monde à deviner une quelconque utilité. Des professeurs viennent d'universités étrangères pour dispenser ces cours... Or souvent la matière est insuffisante pour remplir les trois ou quatre heures prévues et on assiste donc à une fâcheuse dilution de cette matière pour qu'elle puisse remplir le cadre horaire prévu. » À ces cours théoriques s'ajoutent « une pléthore de rapports et de travaux à domicile » qui font crouler le stagiaire sous le travail. 

Sans oublier de souligner quelques bons points du nouveau stage - comme la bonne coopération entre les stagiaires et les tuteurs par exemple - ils demandent en conclusion que la communication entre tous les acteurs soit améliorée et que la partie théorique soit réduite au stricte minimum : « Chaque stagiaire a pour obligation de dénoncer ces dysfonctionnements, de jeter un regard lucide sur l'inefficacité de ce nouveau stage où de formidables moyens sont galvaudés. (...) Ne gaspillons pas ces compétences en décourageant même les plus motivés des stagiaires, formateurs et tuteurs par une formation théorique infantilisante. » 

En juin, ils espéraient que l'université d'été prévue à ce sujet serait l'endroit idéal pour en discuter avec tous les intervenants. Cette université d'été a bien eu lieu, du 17 au 20 juillet derniers à Bernkastel-Kues, et elle fut jugée fructueuse par les participants. Seulement, probablement en guise de réponse à leur réclamations publiques, les principaux intéressés qui connaissent toutes les forces et faiblesses du stage, les stagiaires, n'ont tout simplement pas été invités.

Le syndicat SEW/OGB-L regrette, lui aussi, que les stagiaires ne soient pas pris au sérieux au cours de la formation théorique mais traités comme des lycéens (listes de présences etc.), alors qu'ils ont soit au moins trois ans d'expérience professionnelle, soit réussi deux cycles universitaires dans leur branche d'enseignement. Pour Guy Foetz du SEW, le stage manque toujours d'organisation et de clarté : les modalités et épreuves d'évaluation ne sont pas définitivement arrêtées, les stagiaires souvent perdus dans cette absence de précisions et des signaux souvent antagonistes qui émanent de différentes sources. Le manque de liens entre les cours théoriques au Cunlux et la pratique scolaire est parmi les déficiences citées le plus fréquemment.

Même son de cloche auprès de l'Apess, qui fustige également un manque d'organisation et de communication entre les différents intervenants et l'emprise de quelques coordinateurs de module sur l'orientation psychopédagogique du stage.

Or, des intervenants - hors institutions - il y en a beaucoup : il y a d'abord les tuteurs, professeurs-titulaires du secondaire, qui sont responsables de la promotion des élèves dans les classes ; chaque stagiaire a un tuteur individuel. 

Puis, les formateurs, qui interviennent dans les modules à l'institut de formation et ont pour mission « d'assurer l'insertion progressive du stagiaire dans la pratique pédagogique ». Puis suivent les coordinateurs - « de module », au Cunlux, ou « de discipline » dans les lycées - qui doivent faire le lien entre enseignement théorique et pratique. Forcément, dans cette structure complexe, voire confuse, la communication devrait être parfaite pour que l'organisation fonctionne.

Actuellement, les syndicats d'enseignants, fortement impliqués dans l'amélioration du stage, sont dans l'expectative. 

Dans les prochaines semaines, et avant la rentrée de janvier prochain, plusieurs réunions de consultation sont encore prévues, par exemple avec le collège des directeurs, fortement concernés puisque non seulement ils accueillent des stagiaires, mais en plus doivent dispenser des enseignants titulaires en tant que tuteurs.

Les examens de recrutement de nouveaux stagiaires ont lieu au courant du mois de novembre ; selon l'arrêté ministériel du 10 août 2000, 160 personnes seront recrutées, allant du maître d'enseignement technique  au professeur de doctrine chrétienne. 

josée hansen
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