En cette douce soirée d'hiver, il fait plus froid qu'à l’extérieur au sein de la patinoire de Kockelscheuer, au sud de Luxembourg. Une sirène retentit : le public venu s'amuser sur la glace s'apprête à céder la place aux joueurs du Tornado, l'équipe de hockey de la ville. Avant le début de leur entraînement, ils sont une tren¨pour accueillir le vaste effectif et son encombrant matériel. « L’infrastructure n'est pas adaptée à notre niveau, de plus il nous faut partager la patinoire avec le curling, la pétanque sur glace, le speed skating... » explique Ludovic Darras, le team manager.
L'équipe a beaucoup évolué ces dernières années. A l’issue de la saison 2023/2024, elle accède pour la première fois de son histoire en D2 du championnat français, l'équivalent du 3ème niveau. La saison suivante, elle finit dans le top 6 de la zone Nord-Est, synonyme d’accès aux playoffs (un tournoi pour le titre réunissant les meilleures équipes des trois zones), une performance renouvelée cette année. L'arrivée en 2022 de l'entraîneur Christer Eriksson n'est pas étrangère à cette progression. Ancien champion de France de Ligue Magnus avec Mulhouse en tant que coach, ex-entraîneur adjoint de l'équipe de France, le suédois est un homme d'expérience. « On est dans une phase de progression énorme, explique-t-il. Le projet est de se consolider, de faire grandir le club, avec la patinoire, les politiques et la fédération : c’est comme une table, il faut quatre pieds pour tenir debout ! ». Le stratège scandinave se réjouit du développement des équipes de jeunes, les Huskies, avec plus de 250 inscrits de la U7 à la U20 : un réservoir de talents pour l'équipe première. « Il faut commencer tôt pour s’adapter à ce sport très particulier, où le corps n'est en contact direct ni avec le sol ni avec le palet » précise Christer Eriksson.
Antoine, Luca et Adrian ont commencé tôt. Surtout ce dernier, qui en tant que fils de l'entraîneur a chaussé les patins dès ses quatre ans, et a auparavant joué en D2 avec Colmar puis Châlons-sur Saône. « Pour un gardien, c'est plus dur de se faire une place, souligne le joueur de 25 ans. C'est un sport où l'on ne s'ennuie jamais, il y a toujours du spectacle et du mouvement ». Souvent qualifié de sport collectif le plus rapide du monde, dont les règles privilégient un jeu en passes courtes, le hockey sur glace est surtout populaire dans les contrées froides et/ou montagneuses ; pas vraiment la situation du Grand-Duché. Pourtant le Tornado recrute : Luca, 22 ans, est né à Gap et a joué auparavant pour Angers, au plus haut niveau, pour se former. « La concurrence était trop forte là-bas, ici j'ai plus de temps de jeu, et professionnellement parlant le salaire est plus intéressant au Luxembourg » explique ce jeune agriculteur. Si les hockeyeurs du Tornado ne sont pas payés (à part des primes de victoire), la perspective d'un emploi plus rémunérateur est un argument de poids pour attirer de nouveaux talents. Le staff aide les nouveaux venus à trouver un travail et un logement.
Les trois joueurs s'enthousiasment aussi pour le projet du club (« on a le sentiment de participer au début d'une histoire ») et l'engouement du public. « On peut avoir plus de 1 000 spectateurs depuis la montée, en un an c'est exceptionnel » selon Antoine, arrivé en 2020, et qui à 38 ans fait figure de vétéran. « Venez voir un match, vous aurez envie d'essayer, encourage-t-il. Il y a des remplacements à chaque minute, donc tout le monde participe ». Pour ceux qui s’inquiètent de la réputation violente du hockey sur glace, le trio se veut rassurant : les bagarres ne font pas partie de la culture européenne. Quant aux contacts, nommés « mises en échec », ils sont « très réglementés ». « C’est comme un plaquage au rugby » nous précise-t-on, tout en soulignant l'important équipement de protection du hockeyeur.
Samedi 7 mars, le Tornado a définitivement quitté les playoffs après deux défaites en huitièmes de finale face à Roanne, concédées avec les honneurs. Pas de regrets pour la formation luxembourgeoise, tant la différence de niveau (et de moyens financiers) est forte entre les deux clubs. « On a de toute façon eu une bonne saison, malgré des blessures qui nous ont handicapés » analyse Christer Eriksson. Le Tornado veut se structurer et attirer les regards, notamment des sponsors, mais sans précipitation. Un état d'esprit que l’entraîneur, décidément friand de métaphores, illustre ainsi : « avant de faire un nouveau pas sur la glace, il faut s’assurer qu’elle soit assez solide ».