Ce mardi, les fractions du CSV et du DP ont discuté, chacun de leur côté, de l’épineuse question du salaire social minimum (SSM) et de son niveau « adéquat ». Le compromis politique en train de se dégager ne devrait pas satisfaire le patronat, et encore moins les syndicats. Selon les informations du Land, l’adaptation biennale du SSM de 3,8 pour cent est acquise. (La remettre en question aurait équivalu à une déclaration de guerre contre l’Union des syndicats.) Même s’il s’agit d’un quasi-automatisme, programmé tous les deux ans, cette adaptation devrait cette fois-ci être compensée à hauteur d’un tiers par l’État (via un crédit d’impôt, par exemple). Combinée aux deux prochaines tranches indiciaires (de 2,5 pour cent chacune), elle est censée, à l’horizon 2027, rapprocher le SSM des soixante pour cent du salaire médian, le seuil prévu par la directive européenne. C’est du moins le calcul (optimiste) des fractions de la majorité. (Le conseil de gouvernement doit en discuter ce vendredi.)
Au-delà des mécanismes déjà en place (index et adaptation biennale), une revalorisation structurelle du SSM paraît hautement improbable. Contactée par le Land, Nora Back s’insurge : « Dat do ass de Geck gemaach mat de Leit ! » Selon les calculs syndicaux, il faudrait une hausse de 11,2 pour cent (soit environ 300 euros) pour atteindre la médiane de soixante pour cent. Le gouvernement ne pourrait se cacher derrière l’index et l’adaptation, estime Nora Back : « Déi wäre souwisou komm ». (Et de rappeler que l’index fera également monter la médiane des salaires.) La lune de miel entre le nouveau ministre du Travail et l’Union des syndicats risque d’être de courte durée. Le LSAP s’en réjouit d’avance. Sa cheffe de fraction, Taina Bofferding, a lancé un nouvel élément de langage (repris illico par le député Mars Di Bartolomeo) : « Le nouveau Spautz ressemble de plus en plus au vieux Mischo ».
Le ministre du Travail est pris entre les feux. La frange la plus radicale du patronat (la Fédération des artisans) a lancé les hostilités, avançant des revendications maximalistes : geler le SSM et abolir le SSM qualifié. Dans un article paru ce jeudi dans Paperjam, le député Laurent Mosar (CSV, courant business-friendly) reprend l’argumentaire : « Si le salaire minimum augmente encore, les patrons n’embaucheront plus ! » Alors que Luc Frieden a proclamé 2026 « année de la compétitivité », les entreprises s’attendent à quelques contreparties, notamment fiscales. La coalition a finalement opté pour une solution à la luxembourgeoise, l’État finissant par régler l’ardoise. À Gilles Roth de trouver les sous…
Mais on pourrait rapidement se retrouver dans un autre scénario. Si une deuxième tranche indiciaire tombe cette année, Luc Frieden devra convoquer une Tripartite avec un grand « t » (c’est écrit dans l’accord de coalition), un exercice dans lequel il n’excelle guère. L’UEL est également mal préparée à relancer la mécanique. Son président, Michel Reckinger, s’est montré bien maladroit durant la crise sociale du printemps 2025. Dans un mois et demi, l’UEL perdra son directeur, le très technocratique Marc Wagener, que Michel Wurth a fait monter à la Croix-Rouge. Jeudi dernier, l’organisation faîtière du patronat était d’ailleurs la grande absente au « KI-Dësch » du Premier ministre.