.dokTV

.dokTV au bord du gouffre

d'Lëtzebuerger Land du 10.08.2006

Le 17 juillet dernier, Maurice Molitor fut aussi surpris que les téléspectateurs, abonnés aux réseaux câblés d'Eltrona, de Siemens ou de la commune d'Esch. Ce jour-là, les trois câblo-distributeurs, monopolistes dans leurs régions respectives, ont regroupé sur un même canal (S28, 359,25 MHz), les trois petits programmes de télévision existants, à savoir .dokTV, Uelzechtkanal et Nordliicht. Bouquet auquel ils ont ajouté le tout nouveau Luxe TV, un programme d'une heure consacré au monde du luxe, lancé le 23 juin pour une phase test de quatre mois, par Jean Stock et son fils, Jean-Baptiste. Maurice Molitor, animateur de la plate-forme de diffusion .dokTV (den oppene Kanal) fut pris au dépourvu, «nous n'avons rien signé pour ce changement». Jusque-là, le canal S28 fut occupé 24 heures sur 24 et exclusivement par .dokTV depuis son lancement, il y un peu plus de deux ans. Certes, .dokTV avait pris l'initiative d'une lettre envoyée en octobre 2005 à Eltrona, avec la demande d'une modification de leur contrat: devant des frais devenus ingérables face à des entrées publicitaires minimales et un nombre quasi confidentiel de clients voulant diffuser des programmes sur .dokTV (à 2,5 euros la minute), il fallait agir. À un euro par abonné et par an, le réseau devenait trop cher, .dokTV voulait donc réduire le nombre d'heures utilisées par jour à quatre, entre 19 et 23 heures. Ce furent finalement les trois câblodistributeurs qui prirent l'initiative de regrouper tous les «petits», «dans le souci d'occuper les canaux des réseaux de télédistribution au mieux», comme Eltrona l'explique brièvement sur son site Internet. Les tranches horaires furent attribuées à peu près selon les horaires classiques: .dokTV a pu sauver son créneau du lundi soir à 22 heures, plus quelques rendez-vous les mardis, jeudis, vendredis et samedis soir, ainsi que les dimanches matin à 9h30. Uelzechtkanal a trois soirées de diffusion, les lundis, mardis et jeudis, Nordliicht plusieurs rediffusions en boucle le mercredi soir et le dimanche en journée, entre 13h30 et 22h30. «Pour .dokTV et son concept, il s'agit là purement et simplement d'un arrêt de mort,» estime Maurice Molitor, qui n'est même pas certain que l'émission .dok-Show, produite par sa deuxième société, BiFa, y survive et reprenne en septembre. Un sondage effectué par Ilres en février/mars et en mai 2006 auprès d'un échantillon de 1086 personnes avait pourtant assuré un auditoire de 50000 téléspectateurs à ce talk-show d'une heure animé par Maurice Molitor lui-même et enregistré dans les conditions du direct. Mais ce ne furent que les rediffusions plusieurs fois en semaine qui augmentèrent la notoriété du programme, plus de spectateurs tombant dessus par hasard, en zappant par exemple. Lancé au tout début de l'année 2004 dans un studio improvisé dans une grange à Strassen, les difficultés de démarrage de.dokTV se sont aggravées lorsque les instigateurs Molitor et Baudet se sont séparés, l'année dernière. Les quelques producteurs d'émissions qui s'étaient portés clients de temps d'antenne furent vite débauchés par d'autres chaînes, notamment T.TV. – confirmant l'adage «content is the key». Restèrent les programmes de Jean Nicolas (Investigateur TV), de Robert Goebbels ou de Yolande Roller-Lang (Kaleidoscope, produit par BiFa), ainsi que quelques films animaliers ou de promotion locale (Meng Gemeng). Les annonceurs se comptaient sur les doigts d'une main. La mort annoncée de .dokTV est un désenchantement, après celle de Kueb TV, précurseur d'une nouvelle télévision de proximité. Comme si, dans un environnement de plus en plus concurrentiel, qui se prépare en plus à passer à la haute définition, des utopies de télévision locale, proche des téléspectateurs, étaient devenues impossibles. «Je ne comprends pas les câblo-distributeurs, regrette Maurice Molitor, la dernière originalité qui leur reste face au satellite et à Internet, ce qui les rend attractifs pour un public local, ce sont justement ces programmes de proximité.» Selon lui, ils abusent de leur position monopolistique pour prendre en otage aussi bien les consommateurs que les locataires de canaux. La société de production BiFa devrait néanmoins continuer ses activités. Des pourparlers entre l'ancien anchorman et rédacteur en chef de RTL Tele Lëtzebuerg et son ancien patron, Alain Berwick, pour l'animation de quelques émissions sur RTL dès la rentrée – un talk-show et/ou des commentaires, avec Paul Philipp, des matchs de football de la ligue des champions – n'ont pas abouti. Maurice Molitor reste donc responsable de la communication du parlement, ainsi que de la chaîne Chamber TV.

 

josée hansen
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