Secteur cinématographique

Leclère, Schneider, Bausch, et après ?

d'Lëtzebuerger Land du 02.12.1999

Le déclencheur a probablement été la réponse négative, il y a plusieurs mois déjà, du nouveau Fonds de soutien à la production audiovisuelle à la demande d'aide financière posée par Andy Bausch. Un monument du cinéma luxembourgeois, un des précurseurs avec le succès inouï de son Troublemaker, il y a de cela plus de dix ans. Son nouveau projet, c'était une adaptation du seul véritable héros de bande dessinée national, le Superjhemp de Roger Leiner et Lucien Czuga, avec, dans le rôle principal, Thierry van Werveke. L'argument invoqué par le Fonds : le scénario ne correspondait pas aux critères de qualité que les nouveaux organes, le Comité de lecture et le Conseil d'administration, se sont posés. Andy Bausch bien sûr se sentait trahi, alertait ses collègues. 

Et la vague du mécontentement ne fit que gonfler : les petites sociétés de production perdent beaucoup d'argent avec les nouvelles contraintes administratives, trouvent les investissements demandés excessifs et disproportionnés par rapport aux budgets des petits films. La rumeur voulait même qu'une lettre officielle du Fonds interdît les productions en langue luxembourgeoise. Archifaux, réplique Guy Daleiden, le directeur du nouveau Fonspa, le contraire serait le cas (voir notre entretien ci-contre).

Si les grondements de ce mécontentement continuent, c'est parce que les producteurs, les cinéastes, les critiques et autres professionnels du cinéma au Luxembourg manquent avant tout d'informations, ignorent la nouvelle ligne directrice du Fonspa, ne savent pas quel cinéma va être encouragé au détriment de quel autre. Cette décision est à prendre sur le plan politique, estime Guy Daleiden, et il est vrai que quelque 90 millions de francs ne permettent pas vraiment de très grands bonds ? somme dont il faut en plus déduire les frais de fonctionnement du Fonds et les salaires de six fonctionnaires. Les cinéastes luxembourgeois, ceux qui montent les « petits projets » à portée nationale uniquement, dont le seul marché sera donc probablement celui des cassettes vidéo sous le label du CNA Films made in Luxembourg, ceux-là donc s'inquiètent de devoir payer les frais de la « professionnalisation », des grandes coproductions qu'on encourage. 

Après la dernière réunion du Conseil d'administration du 24 novembre dernier, le Fonds s'attellera maintenant à la communication, nous promet son directeur. Et de publier les chiffres des sommes attribuées. Qui en fait ne disent pas grand chose, comme seules les aides directes sont chiffrables à ce jour, pour les Certificats d'investissement, on peut lister les agréments accordés, mais pas encore leur valeur. L'aide directe s'élevait à 56 millions de francs ? une somme ridicule au vu des frais dans le secteur ?, dont cinq millions d'aides au développement pour trois projets différents, 47 millions de francs d'aides à la production ? dont la plus grosse somme, douze millions, vont au Bal des Pantins de samsa, actuellement en tournage au Luxembourg ? et quatre millions pour les aides à la diffusion (dont 1,7 millions pour Jaime).

En y regardant de plus près, on constate aussi que les productions à vrais gros budget, les coproductions internationales ? comme le Shadow of the Vampire de Delux ? n'ont eu droit qu'aux Ciav. La présentation officielle de la nouvelle orientation et de la volonté politique sont donc attendus avec d'autant plus d'impatience.

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