Ticker du 28 octobre 2022

d'Lëtzebuerger Land vom 28.10.2022

L’ombre du doute

La famille Reiffers a mis la main sur les Sources Rosport. Les brasseurs de Clausen, reconvertis dans l’immobilier, ont racheté le leader national de l’eau minérale en bouteille cet été, a remarqué cette semaine Paperjam.lu. Albert Reiffers (75 ans) et sa fille Anne (34 ans) siègent seuls au conseil d’administration avec la direction (conservée) Max Weber et Roger Gloden. Exit les Libens (Edmond et Serge), co-actionnaires précédemment et co-investiseurs dans l’immobilier, les meuniers de Kleinbettinger, Edmond et Jean Muller ou encore l’homme d’affaires Carlo Schlesser. Les Reiffers reprennent en main la société historiquement génératrice de douillets bénéfices. Le périmètre et le montant de la transaction demeurent incertains. Contacté, Max Weber n’a pas obtenu de mandat de la part de ses actionnaires, très discrets, pour communiquer. Le marché de l’eau minérale en bouteille est contesté par un autre acteur local, Lodyss et la brasserie nationale, depuis mars 2019. pso

L’éthique au chômage

Aucune saisine du comité d’éthique, aucune demande, ni aucune recommandation de sa part ne sont intervenues depuis le 1er mai et la mise en œuvre du nouveau code de déontologie applicable aux membres du gouvernement et aux conseillers de gouvernement, selon une réponse à une question parlementaire publiée cette semaine. Les députés Déi Lénk, Myriam Cechetti et Nathalie Oberweis, avaient demandé en septembre au Premier ministre d’informer sur le nombre mensuel de saisines par les conseillers souhaitant se renseigner auprès du Comité sur son interprétation de l’arrêté grand-ducal du 14 mars fixant les règles déontologiques, sur les saisines des membres du gouvernement, sur le nombre de fois où le comité d’éthique a demandé des explications aux ministres ou aux hautss fonctionnaires sur des soupçons de mauvaise application du code ou sur le recours à la capacité du Comité d’émettre des recommandations d’adaptation au code. Rien à signaler donc. Pas d’avantage du côté des députées du parti de gauche qui n’avait pas de cas d’espèce en tête. Selon un arrêté gouvernemental du 1er juin, les membres du comité d’éthique perçoivent une indemnité mensuelle de 250 euros et un jeton de cent euros par réunion.

Les nouvelles dispositions déontologiques avaient été requises par le Groupe d’États contre la Corruption. Fin mars, l’association Stop Corrupt (anciennement Transparency) s’était félicitée que le Comité d’éthique puisse se saisir d’office « s’il soupçonne un membre du gouvernement ou un ancien membre du gouvernement d’avoir manqué aux dispositions » de l’arrêté : « Ceci est une avancée majeure mais elle est contrebalancée par la non publication systématique des décisions rendues. Ceci va à l’encontre de la recommandation du Greco, » avait toutefois regretté l’association. Si un ministre de l’Économie tout fraîchement parti du gouvernement devait rejoindre le conseil d’administration d’ArcelorMittal pour y toucher un centaine de milliers d’euros mensuels et que le Comité d’éthique émettait un avis défavorable à un tel pantouflage parce que la sidérurgie relevait de sa compétence ministérielle, la seule sanction possible serait la publication dudit avis. pso

Lobbying: ArcelorMittal à l’offensive

Le registre des entrevues des ministres et des conseillers de gouvernement, mis en place en mai et publié pour la première fois le 25 juillet, révèle dans sa deuxième édition en ce mois d’octobre une véritable offensive d’ArcelorMittal sur le gouvernement pour que celui-ci freine des quatre fers dans le cadre des discussions européennes sur la fin de distribution gratuite de quotas (ou droit à polluer). La ministre de l’Environnement, Joëlle Welfring (Déi Gréng) avait inscrit dès le mois de juillet le rendez vous qu’elle a eu le 27 juin avec la direction du sidérurgiste au Luxembourg, Roland Bastian et Pierre-Nicolas Werner. La colonne « position défendue » mentionne clairement : « Révision système EmissionTrading System (ETS) : ArcelorMittal s’ oppose à la suppression dès 2026 de quota alloués gratuitement. » C’est la seule référence à des réunions avec les dirigeants du numéro deux mondial de l’acier basé à Luxembourg dans le registre ministériel de juillet. Apparaissent dans celui d’octobre d’autres meetings : Michel Wurth (président) et quatre autres représentants d’ArcelorMittal Luxembourg (dont David Eisele, country tax director) ont rencontré la ministre des Finances, Yuriko Backes (DP), le 25 juillet (pour sa décharge jour de publication du registre cet été). Xavier Bettel (DP) a reçu Geert Van Poelvoorde (CEO ArcelorMittal Europe) au ministère le 12 mai puis a vu Lakshmi et Aditya Mittal (le président et son fils-directeur général du groupe) à Davos le 24 mai. Son chef de cabinet, Jeff Feller, s’est lui entretenu le 19 mai avec Michel Wurth et Pierre-Nicolas Werner. Toutes ces réunions avaient le système d’échange de quotas à l’ordre du jour. Le 29 juin, le conseil de l’UE a adopté des orientations générales relatives aux réductions d’émissions dans le cadre de Fit55. Le Conseil a confirmé la proposition de mettre fin aux quotas gratuits pour les secteurs concernés par le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de manière progressive sur une période de dix ans, entre 2026 et 2035. « Cependant, le Conseil a accepté une réduction plus lente au début et un taux de réduction accéléré à la fin de cette période de dix ans », lit-on dans la communication de Bruxelles. Le 7 juillet, la Chambre des députés a adopté un régime d’aides pour compenser jusqu’à 75 pour cent du surcoût qui découle des quotas si l’entreprise s’engage à prendre des mesures actives pour la protection de l’environnement. Le 27 septembre, le ministère de l’Économie s’est engagé à soutenir ArcelorMittal dans ses investissements de décarbonation, un paquet estimé à cent millions d’euros. « L’intensité » de l’aide étatique sera déterminée au cas par cas, informe le ministère du boulevard Royal. pso

The Russian Count

Les autorités luxembourgeoises ont gelé 5,5 milliards d’euros d’actifs russe au Grand-Duché, selon le dernier décompte fourni par le ministère des Finances cette semaine dans le cadre d’une réponse à une question parlementaire de Fernand Kartheiser (ADR). Le bilan précédent, communiqué en juin, faisait état de 4,2 milliards. En mars, il était question de 2,5 milliards. pso

Lorraine-Paris

Le Statec annonce cette semaine que l’emploi salarié a connu une progression de 3,6 pour cent sur une année, une tendance qui serait principalement tirée par les salariés frontaliers. Le 13 septembre, lors de sa tournée annuelle au ministère de l’Économie, ICT Luxembourg s’est inquiétée de la concurrence exercée par Paris sur ce bassin de recrutement. Dans le « Registre des entrevues des ministres avec les représentants d’intérêts », le lobby marque ainsi sous la rubrique « position défendue » : « De plus en plus de frontaliers travaillant dans ces domaines [de l’informatique] quittent leur travail au Luxembourg pour pouvoir travailler en télétravail pour des sociétés de leur pays d’origine. Il a notamment été question de la France et plus spécifiquement que les frontaliers travaillent de plus en plus en télétravail pour des jeunes sociétés à Paris. » Le télétravail est en train de reconfigurer la géographie des marchés du travail, et de marginaliser le Grand-Duché. Même si le fameux « seuil de tolérance fiscale » entre le Luxembourg et la France sera relevé de 29 à 34 jours au 1er janvier prochain, le président d’ICT Luxembourg, Vincent Lekens, craint « une sorte de distorsion » : « Un collaborateur à Thionville peut télétravailler full time pour un employeur à Paris ; et les salaires parisiens ne sont pas négligeables… » Idem pour les frontaliers belges et allemands débauchés par les firmes à Bruxelles et Francfort avec la promesse de pouvoir rester en mode home-office. La question ne toucherait pas que le secteur de l’informatique, mais également celui des finances, précise Lekens. Dans ses conditions, il serait de plus en plus difficile de retenir « les talents ». Et de conclure : « Le Luxembourg n’est plus l’eldorado qu’il était il y a deux ans ». bt

Die Milchkuh

Als der wirtschaftliche Zweig der Stahlindustrie ab den 1980-er Jahren an Gewicht verlor, begann der Boom des Finanzplatzes. Zwischen 1970 und 1990 verfünffachte sich die Anzahl an Banken nahezu. In einem Beitrag für die Zeitschrift Hémecht analysiert die Politik- und Geschichtsstudentin Viola Merten, wie sich die politischen Parteien gegenüber dem Finanzplatz positionierten und dessen Verankerung begünstigten. Für die CSV konstatiert sie ein Schwanken zwischen einer Nähe der Finanzwelt einerseits und dem Willen sich als zuverlässigen Partner in Europa zu präsentieren andererseits. Hierbei entstanden allerdings Spannungen im Themenfeld der Steuerhinterziehung und des Bankgeheimnisses. Die DP war in ihren Parteiprogrammen in den 70-er und 80-er-Jahren weniger zaghaft und sah in der Liberalisierung der Märkte eine Chance für das Großherzogtum: Steuereinnahmen durch Banken und deren Angestellten seien attraktiv. Dennoch war der DP auch schon damals klar, dass die Finanzakteure zu einem allmählichen Souveränitätsverlust beitragen und Fiskal-Wettbewerbe in der EU stattfinden könnten, die letztlich allen Staaten schaden könnten. Ab 1984 zeigte sich selbst die KPL finanzplatzfreundlich: „Da der Bankenplatz existiert und er eine große Rolle für die Beschäftigung und die Staatsfinanzen spielt, darf er nicht durch von außen diktierte Maßnahmen in Frage gestellt werden.“ Eine entschieden negative Sicht auf den Finanzplatz Luxemburg formulierten die beiden grünen Parteien, die vor allem die „Schuldenfalle“ betonten, in die Länder des globalen Südens tappen könnten. Auch wurde darauf hingewiesen, dass die hiesigen Finanzdienstleistungen die Kooperation mit Diktatoren begünstigten. Die GAP fragte 1989: „Ist es zu vertreten, daß wir uns dieses Finanzparadies leisten, das als Preis die menschenverachtende Moral des Geldes hat?“ War diese Haltung zunächst eine Außenseiterposition, änderte sich dies vor einer Dekade nach dem ersten Luxleaks-Skandal. sm

Think tank syndical

« Dans les prochains mois », la Chambre des salariés (CSL) lancera son think tank, révèle son directeur adjoint, Sylvain Hoffmann, au Land. Les syndicats auront accumulé une décennie de retard sur le patronat qui avait lancé sa fabrique à idées Idea dès 2013. Hoffmann ne veut pas en dire trop à l’heure actuelle, mais affirme que la future fondation syndicale devrait disposer de garanties d’indépendance (« sinon ça ne ferait pas de sens ») et fonctionner de manière séparée de la CSL. Quant au personnel, la chambre syndicale n’est pas encore sûre si elle passera par des recrutements en interne ou en externe. La CSL ne pourra probablement pas se montrer aussi généreuse que la très nantie Chambre de commerce. (Celle-ci investit presqu’un million d’euros par an dans Idea, qui compte quatre collaborateurs et compte en embaucher un ou deux de plus.) La décision de créer un think tank semble traduire une certaine jalousie de la part de la CSL, dont les avis, rapports et analyses rencontrent peu d’échos, à l’inverse d’Idea et de ses économistes plutôt media savvy, un brin provocateurs et gentiment iconoclastes. Ce ne sera pas évident de répliquer ce modèle qui brouille les pistes idéologiques. On verra surtout si les chefs syndicaux accorderont autant de liberté aux chercheurs que semblent le faire les notables patronaux, auxquels la puissance économique confère une certaine souveraineté. Retranchés derrière leurs « lignes rouges », les syndicats pourraient vite devenir nerveux dès que « leur » think tank sortira de l’orthodoxie. bt

Bernard Thomas, Pierre Sorlut
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