Luxsat

Y a qu'à demander

d'Lëtzebuerger Land vom 23.10.2003

La « new economy » ne fait plus recette. BGL Investment Partners (BIP) annonçait dans son rapport semestriel avoir investi 2,5 millions d'euros dans la société Luxsat. Cette dernière a ensuite placé une annonce de recrutement d'agents commerciaux dans la presse. Et pourtant, l'intérêt pour Luxsat, une société franco-luxembourgeoise née en 1999 dans l'ombre de SES Global, est resté nul. Après les échecs d'Europe Online, SelecTV, Global Radio ou encore Sitcom, l'euphorie pour de nouveaux projets multimédias a été abusée au moins une fois de trop.

Luxsat fait depuis samedi dernier la démonstration de son système de « vidéo à la demande » (VOD) à la Foire d'automne au Kirchberg. Il s'agit du premier service du genre en Europe continentale et le Grand-Duché sera le premier marché à y accéder. Un « show case » selon Xavier Linder, en charge du marché local. La commercialisation des terminaux est prévue pour le mois de décembre.

Dans les milieux intéressés, le nom Luxsat provoquait il y a deux semaines encore une seule réaction : Ils existent toujours, ceux-là ? Bien que la réponse soit affirmative, le scepticisme ne surprend pas. Luxsat est une des nombreuses sociétés nées pendant la bulle de la « nouvelle économie ». Comme d'autres, elle voulait développer une technologie innovatrice. Et comme d'autres, elle a dû se rendre compte que personne n'est vraiment demandeur pour cette merveilleuse solution technique. 

La différence de Luxsat consiste dans le fait que la société a su survivre et s'adapter à travers un changement de stratégie et d'actionnaires. Soutenu dans un premier temps par un éditeur français, Luxsat compte aujourd'hui - outre les fondateurs et BIP - un fonds de capital risque suisse comme principal bailleur de fonds. 

« Il y avait deux obstacles au succès du projet, résume Thierry Maman, le CEO de Luxsat. Il fallait d'une part du contenu et d'autre part un modèle d'affaires qui ait fait ses preuves. » Plutôt que de se contenter d'une technologie, les équipes de Luxsat - renforcées de plusieurs transfuges de Canal Plus - ont finalement élaboré un produit complet prêt à la commercialisation. Quinze millions d'euros ont été investis jusqu'ici. Luxsat, ce sont aujourd'hui 26 personnes, dont six au Luxembourg.

Le nouveau projet n'évitera pas les comparaisons avec le malheureux SelecTV. Le produit vendu est cependant fondamentalement différent. Luxsat, c'est un service de « vidéo à la demande » sans programme régulier et selon le principe du « pay per view ». Les clients disposent à tout moment de quelque 150 heures de films, documentaires, dessins animés et séries en saisons complètes qu'ils peuvent regarder quand ils veulent en poussant quelques boutons. 

L'attrait du produit réside cependant dans les films en qualité numérique : Luxsat proposera des productions récentes des grands studios hollywoodiens. La chronologie des médias d'un film commence au cinéma avant de passer, après six mois (en général) à la vente de DVD et aux vidéothèques, après un an à la télévision à péage et finalement à la télévision gratuite. Dans cet ordre, l'originalité de la vidéo à la demande est qu'elle permet d'accéder aux films plus ou moins en même temps qu'ils sortent en vidéothèque et donc plus tôt que la Pay TV classique. Le terminal comprend en outre un lecteur DVD et fait office de console de jeux ainsi que de juke-box de musique. 

Le concept de la VOD n'a rien de nouveau. Dès le début des années 90, on la retrouve dans toutes les prospectives sur le marché de la télévision. Pourtant, dix ans plus tard, très peu d'exemples concrets fonctionnent. Le service exige des capacités de transmission énormes pour que chaque client puisse à chaque moment choisir librement ce qu'il veut regarder à la télévision. En gros, il faut par abonné une capacité de télécommunication équivalente à la diffusion d'une chaîne de télévision. À Londres, HomeChoice utilise ainsi les con

Jean-Lou Siweck
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