Jean-Lou Siweck détaille pour la première fois ses ambitions pour la radio publique qu’il dirige depuis septembre. En tant que président du Conseil de presse, il analyse l’impact de la réforme de l’aide au secteur votée l’été dernier

« Un service public challenger »

Jean-Lou Siweck, directeur de la Radio 100,7
Foto: Gilles Kayser
d'Lëtzebuerger Land vom 07.01.2022

D’Land : Monsieur Siweck, voilà cent jours que vous dirigez la radio publique 100,7. Vous accordez vos premières interviews. Ce délai tient à cette prudence qui vous caractérise, mais aussi sans doute à une volonté de bien prendre le pouls d’une rédaction qui a pendant de longs mois été en conflit avec son ancienne direction. Quel est l’état d’esprit aujourd’hui ?

Jean-Lou Siweck : Deux choses. Je suis arrivé dans cette maison avec un certain bagage de journalisme et de gestion d’entreprises des médias, mais avec une expérience de radio assez limitée. Chez Editpress où je venais avec la casquette d’éditeur de quotidien, j’avais une idée assez précise de ce qu’il fallait faire pour le Tageblatt. Ici ce n’est pas le cas. Je n’avais donc pas grand-chose à dire dès le premier jour. La deuxième raison est que je souhaitais partager la primeur de ce vers quoi on pourrait évoluer en interne, avant de le faire dans la presse.

Très bien. Alors quelle est votre vision pour la Radio 100,7 ?

Nous vivons un moment clé. D’un côté, 100,7 aura bientôt et enfin un cadre légal digne d’une radio de service public. D’un autre côté, c’est une période très intéressante pour l’audio. Les nouvelles technologies donnent à une radio telle que la nôtre des nouveaux moyens pour répondre à une mission de service public qui dans d’autres pays est couverte par trois ou quatre stations différentes. Puis, pour une radio qui n’est pas essentiellement fondée sur la musique mais aussi sur la parole, des formats d’écoute non-linéaires, comme les podcasts, permettent de justifier des investissements dans certaines émissions. Ils auraient été moins pertinents dans une radio purement linéaire où si l’on n’est pas devant son poste au moment précis de l’émission, c’est raté. En fin de compte, cela menait à investir plus sur les créneaux de forte audience et moins sur les autres. Maintenant on a la possibilité de justifier des moyens sur des émissions écoutées en dehors de leur créneau de diffusion linéaire hertzien. Viennent ensuite d’autres interrogations. Est-ce qu’un service public d’information peut se limiter à la parole et pas à l’image ou à l’écrit sur un site internet ? Quels sont, en fonction des contraintes budgétaires, les moyens à mettre sur l’un et/ou l’autre ? Ce sont les discussions que nous avons tous dans le cadre de la synergie des différents médias avec la particularité que dans le service public, il n’y a pas de lien immédiat entre le succès que l’on peut avoir et les revenus dont on dispose.

On distingue d’ailleurs une convergence des moyens de prestation de service public entre RTL (dorénavant via la télé, la radio et l’internet) et 100,7. Une cession des activités luxembourgeoises du groupe détenu par Bertelsmann prend corps. Un rapprochement des deux médias est-il évoqué dans l’un ou l’autre cercle, officiel ou officieux ? 

Une nouvelle loi pour 100,7 est en cours d’adoption. On a repris cette semaine les discussions parlementaires. Un horizon 2030 est fixé pour RTL (via la convention de prestation de service public, ndlr). Toutes ces questions peuvent traîner en l’air. Mais il n’y a rien de concret à notre niveau qui est discuté à ce sujet. Notre job est de remplir notre mission de la meilleure manière possible. Les autres questions dépendront d’autres choses. Nous n’avons pas la mission de faire de la télé. L’audio nous offre suffisamment de potentiel. C’est sur ça que nous allons nous concentrer.

La production de contenus, chez l’un populaire, plus élitiste chez l’autre, offrirait une certaine complémentarité...

Nous sommes membres de l’Union européenne de radiodiffusion. Comme nos collègues européens, nous pensons qu’il fait partie inhérente de la mission des médias de service public de ne pas rester cantonné dans une niche. La future loi nous renforce dans cette mission-là. L’idée de laisser le grand public à un acteur commercial et que le service public se limite à la niche de la musique classique, par exemple, serait contradictoire. Notre ambition est d’atteindre un public large avec une information généraliste et une certaine ambition journalistique. Au-delà de l’information pure et des nouvelles du jour, nous formons les citoyens à l’appréhension d’une société complexe, diverse et en permanente évolution. Je rejette l’idée selon laquelle 100,7 devrait couvrir ce avec quoi les autres ne savent pas gagner d’argent. 

Y-a-t-il un seuil d’audience visé par le conseil d’administration ou le législateur ?

Autant que je sache, il n’y a pas de chiffre. 100,7 a une histoire difficile. La radio n’était pas nécessairement souhaitée par tous à sa création en 1993. Des années après, un parti appelait à son abolition. Ce n’est pas une radio de service public traditionnelle dans le sens où il s’agirait d’un ancien monopoliste qui a connu la libéralisation des années 90 et la menace de nouveaux concurrents. C’est au contraire un service public challenger, limité dans une première phase à ne diffuser que l’après-midi, pas forcément le moment avec la plus grande écoute pour une radio. Quand elle a commencé à jouir de réels moyens, 100,7 devait constater que les grands formats de radios populaires étaient occupés. Nous savons qu’il est difficile de concurrencer celui qui occupe de longue date une place sous un format spécifique de radio. Il faut trouver sa place et trouver une place qui n’est pas qu’une niche, tel est notre défi. Se congratuler pour son niveau de qualité ne suffit pas si personne ne vous écoute.

Faire oublier la Geheimradio, c’est l’une des missions fixées dans le projet de loi réformant 100,7. « Divertir sans faire abstraction de l’exigence d’excellence ». Comment matérialiser cette ambition de démocratisation d’une radio souvent soupçonnée de n’être écoutée que par des élites ?

Ce n’est pas une contradiction. Prétendre qu’un contenu est qualitatif parce qu’il est très lourd et difficilement abordable est justement la solution de facilité. Par mon expérience professionnelle, je vois un rapprochement avec la problématique du journalisme payant. Face aux machines à clics, consistant à faire de la news rapide pour générer des vues (synonymes de revenu publicitaire, ndlr), certains ont ambitionné d’avoir des abonnés aussi en numérique. Chez ceux qui se sont fixé assez tôt comme stratégie de vendre des abonnements, de viser une qualité pour laquelle les lecteurs seraient prêts à payer, on s’est aperçu que les articles les plus appréciés étaient très proches de ce que dans une école de journalisme ou entre professionnels, on considérait aussi être de haute qualité. Or, à Luxembourg en tant que médias, nous ne sommes souvent pas assez sûrs de nous, pour aborder les sujets qui intéressent vraiment nos lecteurs. Nous avons une fausse compréhension de ce qui est sérieux.

Nous pensons que l’expertise proviendra de la presse étrangère, lue par les consommateurs de médias locaux ?

Par exemple, mais on part du principe que si ce n’est pas une institution, un ministre ou un organe officiel qui est à l’origine d’une information, ce n’est pas un sujet sérieux. Or, ce qui importe c’est d’avoir aidé le public le plus large à comprendre le monde en prenant comme base les sujets qui les interrogent. Au Wort, je m’exaspérais régulièrement qu’on discute d’un sujet passionnément pendant une heure à la cantine et qu’une fois la table quittée, personne n’avait l’idée d’en faire un article. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas assez sérieux si cela n’émane pas d’un communiqué de presse d’une institution. Une fois que le sujet est arrêté, là il y a une stratégie qualitative journalistique qui entre en jeu pour aller au fond des choses, vérifier ou décrire. C’est surtout dans le choix des sujets couverts qu’on se rapproche du public. 

Suivez-vous des modèles radio en particulier pour traduire cette ambition éditoriale ?

Au Luxembourg, nous ne sommes pas obligés de réinventer le monde. Nous pouvons nous inspirer de ce qui se fait ailleurs. Mais il faut alors l’adapter à nos réalités. Nous n’avons pas les mêmes moyens que la BBC ou Radio France. Et au-delà des contenus exigeant beaucoup de moyens, il y a aussi la dimension artisanale de la radio, par exemple des best practices reprises ailleurs pour garder l’auditeur tout au long de la journée – la manière de faire des promos entre différentes émissions, des transitions accrocheuses, des signalisations du nom de la station pour que les auditeurs vagabonds l’identifient clairement. Enfin je pense fondamentalement que nous ferons peut-être un peu moins en termes de volume, mais nous viserons un niveau de qualité plus élevé. Nous sommes une bonne cinquantaine en tant qu’équipe (pour 35 cartes de presse) et un budget qui frise les sept millions d’euros. 

L’avis du Conseil d’État sur le projet de loi pour 100,7 a été rendu en octobre et le dossier n’avance pas. Le fait que l’avis de l’établissement de radiodiffusion socioculturelle a été rendu en mai, soit avant votre arrivée, est-il un problème ?

Je ne pense pas. Au niveau de la loi, nous sommes dans les grands principes. Et il n’y a pas de surprise. Ce qui a été discuté par le conseil d’administration, qui est toujours le même, reste valable. Quel que soit le texte voté in fine, on améliorera la situation actuelle où l’emprise, certes théorique mais néanmoins réelle, de l’exécutif sur ce média est trop grande. Le nouveau texte apportera les garanties d’indépendance du travail de la maison. Ensuite, il faudra voir comment la nouvelle gouvernance fonctionnera sur le long terme. Le principe retenu est que les représentants étatiques seront minoritaires au conseil d’administration et que la majorité seront des représentants indépendants se cooptant. Un directeur sera chargé de la gestion courante. Le conseil aura un rôle de surveillance, sans immixtion dans la production quotidienne de la radio. Un mécanisme permettra de s’assurer de l’indépendance de la rédaction, sachant que celle-ci se joue en premier lieu par rapport à des forces externes, politiques ou économiques.

Depuis mai 2020, vous présidez le conseil de presse. Jugez vous que la presse luxembourgeoise connaît aujourd’hui une crise ? 

Si on est honnête, nous traversons depuis 25 ans un changement assez fondamental. Il intervient au milieu des années 1990 avec le début de la baisse du lectorat payant. C’est à ce moment là que le lecteur n’a plus placé la même valeur que la génération précédente dans les journaux. Au Luxembourg, la presse ne couvrait plus les sujets d’intérêts de ses lecteurs. Puis tout cela s’est accéléré avec l’arrivée des sites internet et la remise en question du modèle d’affaires de la presse payante voire de la presse gratuite. Cela a remis en question le financement des grandes rédactions des quotidiens… mais elles sont aujourd’hui en train d’achever leur mue.

En tant que directeur d’Editpress, vous avez dû cesser la publication de l’hebdomadaire Le Jeudi. C’est un stigmate de la crise de la presse ?

La fermeture du Jeudi résultait de la situation fortement déficitaire du titre, sans perspective d’équilibre… tout cela dans un groupe lui-même déficitaire. On ne pouvait pas justifier ces pertes-là parce qu’on n’avait pas cet argent. Bien sûr fermer un journal, c’est la dernière ambition d’un chef de maison d’édition. Mais dans ce contexte, il n’y avait pas de moyen de financement. Ce n’était en plus pas la seule présence que ce groupe avait dans la presse francophone. Quand j’ai quitté Editpress, l’entreprise allait financièrement mieux et la fermeture du Jeudi ne l’expliquait pas toute seul, mais elle y participait.

Vous avez soutenu la réforme de l’aide à la presse. Votée en 2021, elle ne sponsorise plus le pluralisme sur base du nombre de pages publiées, mais sur le nombre de journalistes employés. Quels changements cette loi a-t-elle induits sur la presse nationale ? 

En fait, les idées discutées à la base de cette réforme ont été dépassées par la réalité pendant le temps requis pour la mettre en œuvre. Elle a été annoncée dans l’accord de coalition fin 2013 mais n’a été votée qu’à l’été 2021. Les éditeurs traditionnels éprouvaient au début une certaine crainte quant à un possible amenuisement de leurs revenus. Au cours de ces sept années, l’importance prise par la lecture sur écran par rapport au papier a fait qu’à la fin, l’ensemble des éditeurs, à part de très rares exceptions, étaient demandeurs d’une réforme. Les contradictions de l’ancien régime se ressentaient de plus en plus forts. 

Quelles étaient-elles ?

Une contrainte de volume en quelque sorte. L’aide était calculée sur le nombre de pages rédactionnelles. Or, pour favoriser le paiement et les abonnements, il fallait de plus en plus privilégier la qualité à la quantité.

Des éditeurs comme Maison Moderne (Paperjam) ou Edita (L’Essentiel) qui vivent pour beaucoup de la publicité sortent gagnants de cette réforme…

Bien sûr, ceux qui ne bénéficiaient pas de l’aide avant et qui en perçoivent aujourd’hui sortent gagnants. Maintenant ces modèles axés sur la publicité sont des modèles sous pression. Ils voient tous un passage de la pub du print vers le web avec une baisse énorme du coût pour mille (prix d’un espace publicitaire, ndlr). Le Luxembourg reste en même temps un marché particulier, avec les frontaliers et une immigration de première génération très élevée, avec toutes les questions notamment linguistiques qui en découlent. Force est de constater, que les titres comme L’essentiel et Paperjam ont mieux réussi à s’adresser à ces publics que les médias traditionnels. Mais il reste que sans abonnés payants, il est très difficile de produire une presse de qualité. 

Puis il y a la crise de la vocation… Il devient aussi très difficile de recruter une ou un journaliste qualifié...

Tout à fait. Ce n’est pas un phénomène purement luxembourgeois. Il est encore plus fort au Luxembourg parce qu’on voudrait recruter des Luxembourgeois pour leurs compétences linguistiques et aussi la connaissance du pays. Il est plus facile de couvrir un pays dans lequel on a grandi qu’un pays qu’on découvre, voire un pays dans lequel on n’habite même pas. Oui, de manière générale, ce secteur, dont tout le monde dit qu’il est en crise parce qu’il est en crise, séduit moins. C’est dommage. Mais nous attirons des gens très passionnés. C’est la bonne nouvelle. Nous perdons aussi beaucoup de collaborateurs qui quittent ce métier après quelques années. Ils sont connus. Ils reçoivent beaucoup d’offres. Le monde de la communication, dans toutes ses formes, a énormément explosé. Il y a probablement plus de journalistes qu’il y a vingt ans, mais il y a surtout un multiple de communicants qui essaient d’influencer ce qui se trouve dans les médias. Là on peut s’interroger : est-ce que les moyens mis en œuvre sont à la hauteur de l’intérêt sociétal ?

D’un point de vue plus conceptuel, face à la désaffection du lectorat payant et la concurrence de l’internet, particulièrement des réseaux sociaux, quel pluralisme soutient aujourd’hui le régime d’aide à la presse ?

Foncièrement, l’aide à la presse à Luxembourg, si on veut la justifier d’un point de vue théorique, elle est là pour compenser la taille limitée du marché. Notre marché, d’un point de vue économique, nous permettrait éventuellement d’avoir un journal payant plutôt germanophone, un journal gratuit francophone, peut-être un hebdo ou deux… On peut discuter longtemps des mécanismes choisis. On a fait le choix sur base de ce qui était en place historiquement. On vise la coexistence de médias de petite ou moyenne taille. Il sera difficile sous ce régime de devenir un grand média. Ce ne serait pas très surprenant, et c’est d’ailleurs la tendance des dernières années, de voir naître des titres avec des rédactions dotées de cinq à dix personnes. Elles sont plus proches d’un format de mensuel ou d’hebdomadaire que d’un format de quotidien.

Pourquoi ?

Avec le jeu de la part fondamentale de 200 000 euros annuels par titre, plus le titre est petit, plus l’aide à la presse couvre un plus grand pourcentage du budget global.

Concomitamment à l’intérêt financier lié à la présence de journalistes dans les rédactions, le nombre de cartes de presse augmente plus vite que les recrutements. Est-ce qu’un contrôle plus prononcé est opéré ?

(Au conseil de presse, ndlr) nous sommes en train de renforcer nos critères et notre contrôle du respect de ces critères d’obtention des cartes de presse. Nous espérons recruter une deuxième personne permanente au Conseil de presse pour aider ses membres bénévoles, qui font tout ça à côté de leur travail principal. Nous souhaitons renforcer ce contrôle tout en prenant la mesure de la complexité. La définition de journaliste n’est pas absolue dans le sens où dans une maison d’édition, ce n’est pas toujours blanc ou noir. Des gens qui effectuent un travail très journalistique de coordination n’ont pas souvent leur signature en bas des articles. D’autres collaborateurs ont moins de légitimité pour porter le titre. Comment savoir de l’extérieur ? Il faudra trouver les bonnes méthodes.

Vous avez soutenu la création d’une agence de presse nationale, un établissement public à l’image de l’agence de presse slovène. Pourquoi ? 

C’est une idée que j’ai lancée il y a cinq ou six ans. Mais le constat reste le même. Les médias luxembourgeois ont des moyens assez limités et nous avons énormément de communicants de l’autre côté. Le risque est très grand que nous dépensions, tous les médias confondus, beaucoup trop d’énergie à couvrir les uns comme les autres exactement la même chose. On n’est plus à même de poser la question de ce qui intéresse vraiment nos lecteurs ou auditeurs. Une agence de presse, qui assurerait que la base soit couverte, permettrait aux rédactions de se concentrer sur ce qui fait la particularité de leur média. Reste que les discussions, menées dès les années 1980, sur les modalités d’établissement d’une telle agence, à commencer par le choix de la langue ou du format (écrit, oral ou vidéo), ont toujours mené à l’impasse.

Homme de médias mais pas que

Né le 12 décembre 1970 à Luxembourg, Jean-Lou Siweck a débuté sa carrière en 1998 au Land, avant de participer à la création du Quotidien en 2001. En 2004, il a rejoint le cabinet du Premier ministre Jean-Claude Juncker en tant que conseiller économique. En 2013, il est devenu rédacteur en chef du principal quotidien national, le Wort, ce jusqu’en 2017. De 2018 à 2021, il a dirigé la deuxième maison d’édition du pays, Editpress (assumant en parallèle les fonctions de rédacteur en chef adjoint de son vaisseau amiral, Tageblatt)… et il a atterri le 16 septembre dernier à la direction générale de la radio socioculturelle 100,7. Jean-Lou Siweck est titulaire d’une licence en journalisme de l’ULB et d’un master du Collège d’Europe… «jls», selon sa signature de presse, s’est reconverti après une formation initiale en boucherie-charcuterie, vocation née auprès de son oncle, qui l’a contraint aux cours du soir pour rattraper le cursus académique.

Pierre Sorlut
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