Fun in progress

d'Lëtzebuerger Land vom 10.04.2026

Qu'ils semblent loin les souvenirs de notre enfance : une dent cassée sur une cage à poules, une chute tête la première à deux mètres de hauteur, une descente de toboggan directement dans une flaque de boue... de nos jours, les aires de jeux pour enfants ne sont plus ces lieux un brin sinistres et pas très rassurants pour les parents. Elles sont aussi devenues une vraie source de fierté et d'attractivité pour les communes, premières clientes de la société LuxImaj, basée à Habscht, dans le canton de Capellen. Benjamin Zehren, qui a fondé l'entreprise en 2010, fait défiler sur son écran les réalisations menées ces dernières années. « Au Luxembourg comme ailleurs, il y a un souhait d'originalité, une envie de projets plus qualitatifs, sécurisés et ludiques que par le passé » explique-t-il.

LuxImaj ne construit pas les éléments de ses aires de jeux, commandés à des fabricants européens, mais elle en assure la conception, l'installation et la maintenance. Passerelles en tous sens, tours pouvant atteindre dix mètres de hauteur, jeux d'eau, cubes de plexiglas ornés de motifs multicolores... le choix est vaste dans les catalogues des fournisseurs. La société luxembourgeoise peut également concevoir des structures personnalisées, puis les faire fabriquer spécialement. La tendance : refléter l'identité locale. Sur l'aire de Burmerange, on retrouve la fameuse Maus Kätti, d'après la fable de l'enfant du pays Auguste Liesch ; à Beggen, des gnomes sortant de terre, inspirés de la légende du pain des lutins du Wichtelcher ; la palme de la création la plus insolite revient sans doute aux tonneaux de vin géants de l'aire de Wormeldange... Même les entreprises s'y mettent : pour le Parc Merveilleux de Bettembourg, LuxImaj a conçu un avion frappé du logo Luxair, un hôpital et des jeux adaptés aux personnes à mobilité réduite pour la Caisse Médico-Complémentaire Mutualiste, ou un labyrinthe agricole pour la banque coopérative Raiffeisen. « L'aspect créatif est très motivant pour nous, on ne s'ennuie jamais ! glisse Benjamin Zehren. C'est le côté fun ; après il y a les chantiers, c'est plus technique ».

En matière de sécurité, il ne faut rien laisser au hasard : aucun cordon d'anorak, aucune tête d'enfant ne doit pouvoir se glisser dans les interstices de ces univers colorés. Pour amortir les chutes, on peut utiliser du bon vieux sable ou des copeaux de bois, très populaires car en accord avec l'identité « écolo » privilégiée par de nombreuses communes (le bois de robinier et ses formes biscornues composent souvent les aires de jeux d'aujourd'hui). Dans le stock de LuxImaj, où des structures et des éléments en kit attendent d'être expédiés sur les chantiers, on trouve également des sacs de billes en caoutchouc EPDM, qui mélangées avec un liant donneront de beaux revêtements, pouvant former des illustrations faites main par les installateurs. Une surface suffisamment perméable pour éviter la formation de flaques d'eau. « On anticipe au maximum les risques, tout en sachant que cela reste des espaces publics, sous la surveillance des adultes, précise Benjamin Zehren. On fait aussi attention à l'orientation des bancs, pour que les parents puissent toujours garder un œil sur leurs enfants ».

L'activité de LuxImaj s'adapte aux saisons et aux évolutions du marché : on travaille l'automne et l'hiver pour que les aires de jeux en ville soient prêtes au printemps ; l'été, les installateurs s'affairent dans les cours d'école en prévision de la rentrée. L'après-Covid et ses envies de grand air a donné un coup de boost aux commandes, tout comme la multiplication des projets immobiliers, aujourd'hui en berne. « La loi obligeant les crèches privées à avoir des structures aux normes identiques à celles de l'espace public nous a aussi apporté, en son temps, un nouveau marché » indique le chef d'entreprise. Le budget moyen des projets menés par l'entreprise : entre 30 et 50 000 euros, mais le coût peut monter jusqu'à 700 000 euros, comme ce fut le cas pour l'espace géant du Ban de Gasperich. En tout, LuxImaj réalise entre trente et cinquante aires de jeux par an, et est toujours à l'affût des nouvelles tendances. « On propose depuis quelques années des aires de street-workout : le sport en plein air marche très bien » nous explique-t-on. À chacun son truc : tandis que les enfants s'imaginent en seigneurs de leur château fort, les adultes jouent aux rois de la gonflette.

Benjamin Bottemer
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