Them Lights sous la lumière

d'Lëtzebuerger Land vom 11.11.2022

« Le moment est venu ! » C’est en ces termes que la Kulturfabrik annonçait le concert de Them Lights samedi dernier, le projet musical de Sacha Hanlet. Rappelons qu’il est artiste-associé de la Kufa de 2021 à 2021, un statut qui lui permet, durant trois ans, de s’adonner corps et âme à sa passion et de développer son projet sous tous les aspects, écriture, composition, identité visuelle, concept scénique… Rencontre et chronologie d’une drôle de semaine…

Samedi 29 octobre (21h30) : on croise Sacha au détour d’un concert à Esch et il nous explique, de but en blanc, que, après les premières répétitions live, il a décidé de tout reprendre à zéro. On le quitte inquiet, certes, mais confiant.

Mardi 1er novembre (11h) : Installé sur la grande scène de la Kulturfabrik pour toute la semaine en vue de préparer le live du 5 novembre, il nous demande de décaler l’interview prévue, empêtré dans une tonne de soucis techniques. Là, c’est nous qui commençons à devenir inquiet.

Mardi 1er novembre (20h30) : on est enfin en communication avec Sacha. Les problèmes techniques de la matinée semblent être résolus et on peut enfin avoir des nouvelles de sa résidence. Visiblement apaisé, il explique être au premier tiers des trois années de résidence. La première étape était consacrée à l’écriture des morceaux, la seconde, qu’il entame donc, c’est le live avec, comme véritable premier test, le concert du 5 novembre. La troisième consistera en le volet « business » de la chose (démarchage de labels, programmation de concerts, festivals, etc,…). Il revient aussi sur cette envie folle mais nécessaire d’avoir, à un moment donné, tout remis en question. Pari risqué mais audacieux pour ce jeune homme multi-instrumentiste et qui a aujourd’hui décidé de ne plus se mettre de restriction ni aucune barrière, musicalement parlant. « J’adore bosser seul. Travailler seul amène une liberté incroyable et je peux alors tout me permettre. C’est assez paradoxal car, quand je travaille pour d’autres, je suis méga-pragmatique ! » Il avoue aussi qu’après avoir passé une grande partie de sa vie à taper sur des fûts avec le groupe Mutiny on the Bounty (tendance Math-Rock), il voue, depuis toujours, une passion non feinte pour le groove. « Le groove, principalement dans ce qui se faisait dans les années 1980, c’est exactement ça que, finalement, j’ai toujours recherché. J’adore Prince et Michael Jackson mais aussi Missy Elliott, Daft Punk ou le Wu-Tang Clan. Je raconte d’ailleurs souvent l’anecdote de cette fois où, alors sur la route avec Mutiny, j’avais passé des morceaux de Justin Timberlake dans la voiture… et le regard halluciné des autres musiciens ! » Nous, on se souvient surtout, qu’il y a quelques années, il avait, avec Mutiny, réalisé un clip complètement décalé qui singeait l’émission Soul Train (émission des années 1970 où des gens du public venait danser sur une musique soul). Il semblerait donc que, déjà à l’époque, quelque chose était en train de germer dans sa tête…

Samedi 5 novembre (21h00) : on a manqué le set d’ouverture de Foreigners. On se rattrapera avec celui de Alfalfa, groupe indie-pop bien dans l’air du temps et d’une grande décontraction sur scène. C’est carré, bien joué et ça fonctionne plutôt pas mal. Finalement aux alentours de 22h15, la salle, bien remplie, se fait entièrement noire et, après une intro bien sentie, laisse apparaître le duo Them Lights. Deux podiums bien distincts et, dès le début, un son énorme et un jeu de lumière impressionnant grâce notamment à un rideau de led qui se parera tour à tour de bleu et de rouge. Franchement, ça le fait !

Musicalement, on rentre très vite dans le monde de Them Lights. Un monde organique, aéré, résolument moderne et souvent mélancolique. On oublie également très vite les références citées plus haut pour n’en retenir une seule : The Weeknd. C’est indéniable, en live, c’est au Canadien qu’on pense, que ce soit volontaire ou non. Pendant 45 minutes, Sacha, principalement aux claviers va délivrer un set intense et calibré, rehaussé par la frappe surpuissante de Sacha Piccoli, batteur et second membre live du projet. Et si, avec Mutiny on the Bounty, (le groupe dont il est toujours le batteur), Sacha se contente d’être derrière les musiciens, avec Them Lights, plus question de se cacher. Il faut désormais assumer un nouveau statut, celui de frontman. Il se prête au jeu avec une certaine aisance. Là aussi, la résidence a porté ses fruits.

La soirée se terminera avec un set DJ et Taipan qui clôturera de bien belle manière un concert intense et réussi. On attend la suite avec grande impatience…

Romuald Collard
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