Ticker du 7 janvier 2022

d'Lëtzebuerger Land vom 07.01.2022

Yuriko-Mania

Ce mercredi, Yuriko Backes (photo : Gilles Kayser) a été officiellement assermentée par son ancien patron, le Grand-Duc Henri, qui a rempli son rôle en distanciel, via visioconférence. Comme lorsque son nom avait été annoncé en décembre dernier, une éphémère « Yuriko-Mania » s’est emparée des réseaux sociaux. La nouvelle ministre des Finances a été accueilli par une avalanche de selfies, tweets et posts. Sur Twitter, Christine Lagarde herself a tenu à la féliciter. Paperjam a sorti la brosse à reluire en publiant un portrait dont le ton flagorneur frise le comique et le « crinch » (c’est-à-dire la satire) : « Elle est de ces femmes qui ont dans le regard une force sereine, basée sur la confiance en elle, forcément, mais aussi sur un certain apaisement lié au devoir accompli à chaque étape, au fait d’être en phase avec elle-même et les valeurs qu’elle souhaite incarner. » En attendant de dévoiler ses priorités politiques, l’intéressée affiche sa motivation : « Packen wir’s an. Au travail. Let’s do it ! ». bt

An Even Paler Shade
of Green

En annonçant, le 31 décembre vers 23 heures, inclure le nucléaire et le gaz dans la taxonomie verte, la Commission européenne a créé un sacré dilemme pour l’industrie des fonds et le gouvernement luxembourgeois. Pour la nouvelle ministre des Finances, Yuriko Backes (DP), la taxonomie pourrait se transformer en premier bourbier politique. Faudra-t-il quitter le « level playing field » européen pour faire gagner en crédibilité la « finance durable » (de laquelle se revendique le gouvernement dans tous ses discours du dimanche) ? Le Luxembourg peut-il se permettre d’introduire une taxonomie plus stricte que la norme européenne ? Ce serait briser un tabou. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung en tout cas n’y croit pas : « Es ist fraglich ob die [Luxemburger] Behörden ihren Fondsstandort durch härtere Auflagen nun schwächen wollen », écrit le journal de référence dans son édition de mercredi. Alors que l’association allemande des fonds, BVI, exprime ses critiques par rapport à la nouvelle taxonomie, l’Alfi « ne prend pas position ». La finance « verte » avait déjà du mal à convaincre les épargnants, la récente dilution taxonomique pourrait finir par totalement la décrédibiliser auprès du grand public. Face au Land, le ministre de l’Énergie, Claude Turmes (Déi Gréng), voit dans la fiscalité un levier potentiel. Alors que le Luxembourg accorde depuis peu des réductions sur la taxe d’abonnement aux fonds qui comptent une certaine part de durable, on pourrait ainsi exclure le nucléaire de cet avantage fiscal. Turmes confirme d’ailleurs que le Luxembourg est décidé à se rallier à la plainte autrichienne devant la Cour de Justice européenne. Il ne resterait plus qu’à déterminer le moment propice pour la déposer. En réalité, le Luxembourg n’a plus vraiment le choix : Car pour renverser l’« acte délégué » de la Commission, il faudra désormais rassembler vingt des 27 États membres, or seulement six s’affichent à l’heure actuelle dans le camp germano-austro-luxembourgeois. Interrogé sur une éventuelle dégradation des relations diplomatiques avec la France – pourtant essentielles durant la pandémie –, Claude Turmes répond que la décision aurait été prise de manière unanime au sein du conseil des ministres. « Le Premier ministre est pleinement motivé pour porter plainte. L’amitié de Xavier Bettel et d’Emmanuel Macron s’arrête au dossier de Cattenom ». bt

Même pas mal

La Commission de surveillance du secteur financier (CSSF) a lourdement sanctionné la Banque de Luxembourg avec une amende de 1,3 million d’euros. La prestigieuse banque privée du boulevard Royal entre ainsi dans le Top 5 des amendes prononcées par le régulateur de la place. Ce (peu glorieux) classement est dominé par Edmond de Rothschild (neuf millions en 2017). Viennent ensuite la Bil (4,6 millions en 2020), Havilland (4 millions, 2018) et ICBC (3,8 millions en 2017). La succursale espagnole de la filiale luxembourgeoise de la banque chinoise avait permis tout un « programme de blanchiment d’argent » entre le Vieux continent et l’Empire du Milieu, comme l’avait révélé l’agence Reuters.

Rien de délictuel pour ce qui la concerne, souligne la Banque de Luxembourg dans un communiqué envoyé (sur demande) au Land. La CSSF reproche à la Banque de Luxembourg des manquements dans son dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Lors d’un contrôle sur place en 2018, le régulateur a constaté « certaines faiblesses importantes telles que la non-déclaration de soupçons de blanchiment et des déclarations de soupçons tardives, des retards dans la revue des dossiers clients et un non-respect du principe de transparence pour certaines opérations. » Mais la Banque de Luxembourg a remédié à ses errements, souligne la CSSF dans son communiqué publié le 23 décembre en fin d’après-midi.

Selon la revue de presse du gouvernement, seul le Wort (dans une brève) a fait état de l’amende officiellement prononcée le 15 novembre. L’établissement propriété du groupe français CIC-Crédit Mutuel jouit d’une respectabilité quasi infaillible, même si son nom apparaît ça et là dans des affaires de criminalité financière (ça: comptes appartenant au banquier de SGBT qui a détourné l’argent de ses clients; là : comptes de l’espion espagnol Francisco Paesa qui est soupçonné d’avoir au début des années 2000 spolié son partenaire d’affaires russe Alexander Lebedev). « Acteur engagé du centre financier luxembourgeois depuis plus de 100 ans, la Banque de Luxembourg respecte des valeurs et des règles de conduite empreintes d‘une éthique irréprochable afin de maintenir sa réputation, ainsi que celle du pays et de ses acteurs économiques », écrit-elle ainsi dans son communiqué. pso

L’immobilier peu soupçonneux

Le rapport 2020 de la cellule de renseignement financier (CRF) a été publié pendant la trêve des confiseurs, ce avant la fin de l’année civile 2021… un rapport 2020 en 2022 aurait fait tâche. À sa décharge, l’entité du parquet aux avant-postes de la lutte contre la criminalité financière, pas franchement riche en effectifs par rapport au volume d’argent qui transite via le Grand-Duché, croule sous le travail préparatoire à l’inspection du Groupe d’action financière (Gafi) attendue depuis 2020 mais repoussée à plusieurs reprises à cause de la pandémie. (Le secrétariat du Gafi nous informe que ses « évaluations » sont prévues en novembre 2022.) Pour rappel, un passage du Luxembourg sur la liste grise ou noire de l’organisme intergouvernemental nuirait gravement à la respectabilité de la place et par conséquent à son attractivité. En tant que maillon déterminant de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, la CRF revoit ainsi ses processus d’analyse des informations reçues par les opérateurs financiers, tenus de signaler le moindre doute sur la probité d’une transaction. Et après avoir fait rentrer les banques dans le rang (d’aucuns leurs reprochent même un certain zèle de la dénonciation), la CRF s’est intéressée en 2020 plus particulièrement aux informations soumises par les secteurs de l’investissement, de la fiducie et par les prestataires d’actifs virtuels.

En 2020, la CRF a reçu 40 782 déclarations de soupçons, soit 22 pour cent de moins qu’en 2019 et 27 par rapport à 2018. Le directeur de la CRF, Max Braun, et ses équipes y voient le signe d’une bonne coopération avec les opérateurs, notamment les Amazon, eBay ou PayPal, qui génèrent la grande majorité des déclarations de soupçons d’opérations frauduleuses. La masse de signalements serait donc plus qualitative et le « nombre des déclarations des autres secteurs a continué à progresser », se félicite la CRF.

Concernant plus particulièrement la gestion de fonds, collective ou privée, la CRF relève une augmentation significative des signalements : 302 en 2020 contre 214 l’année précédente. Elle tiendrait, selon les auteurs du rapport, aux campagnes de sensibilisation menées par la CSSF et la CRF elle-même auprès des professionnels. Dans le magma de prestataires de l’investissement, les avocats ont envoyé 124 déclarations de soupçons en 2020 (contre 56 l’année précédente) et les notaires quarante (contre 51 en 2019). Malgré la baisse de dénonciations chez ces derniers, la CRF se félicite qu’ils aient entendu « les efforts de sensibilisation déployés ». Les notaires avaient signalé six opérations suspectes en 2018. Le nombre de déclarations reçues du secteur immobilier, concerné depuis peu, reste très bas. Le nombre de déclarants a doublé sur un an (43 en 2019 contre 87 en 2020), mais seuls six agents immobiliers ont partagé leurs doutes (au nombre de six) quant à la probité de leurs affaires (contre sept déclarants l’année précédente pour dix déclarations). Les promoteurs n’ont rien envoyé. Si le nombre de soupçons exprimés par les quinze marchands de bien (en art) recensés a légèrement progressé (onze contre sept), la CRF juge le nombre de déclarations « très faible ». pso

« Le retour de l’entrepreneur »…

… a ainsi titré Paperjam en ce début de semaine pour annoncer le retour de son fondateur Mike Koedinger aux manettes de sa société d’édition Maison Moderne. Exit donc la CEO Geraldine Knudson (arrivée en septembre 2020) sous le prétexte de divergences avec le conseil d’administration pour le futur de l’entreprise au sortir (le cas échéant) d’une crise du Covid-19 qui a fait chuter le chiffre d’affaires de vingt pour cent (de quinze à douze millions d’euros) et qui a mené « à un résultat consolidé du groupe proche de zéro », comme l’explique Mike Koedinger au Land. L’entrepreneur de la presse et de la communication redevient PDG à 51 ans. Après avoir racheté au cours des derniers mois l’intégralité des parts à ses (pour la plupart anciens) collaborateurs, Mike Koedinger préside seul à la destinée d’une entreprise qui articule comm’ et réseautage autour de ses deux « marques médias fortes » (selon ses termes), Paperjam et Delano. Ces deux publications bénéficient depuis peu de l’aide à la presse, un régime pour lequel Mike Koedinger s’est battu depuis une décennie. « Si nous accueillons favorablement cette loi qui est en faveur du pluralisme et du journalisme professionnel, nous avons aussi (…) investi considérablement dans nos deux marques », explique le patron de Maison Moderne. La rédaction a déménagé dans de nouveaux locaux avenue de la Liberté (« la plus grande rédaction du centre-ville » pour « faire renaître cette tradition des newsrooms au centre-ville ») et emploie 34 journalistes, contre 24 début 2019, explique Mike Koedinger. En mettant en avant ces investissements, l’intéressé rejette l’éventualité d’une vente de l’entreprise dans les mois à venir. « Une cession n’est pas à l’ordre du jour. Nous avons un projet Maison Moderne 2025 fascinant, et je vais m’investir complètement dans ce projet », complète Mike Koedinger. pso

Bernard Thomas, Pierre Sorlut
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