CA de RTL Group

Se faire aimer

d'Lëtzebuerger Land vom 27.07.2000

Ils n'ont pas perdu de temps au Kirchberg. Mardi 25 juillet, trois mois seulement après l'annonce de la fusion, Audiofina à absorbé CLT-Ufa et Pearson TV pour prendre le nom « RTL Group ». Le lendemain, les actions du nouvel ensemble ont été introduites en Bourse de Lon-dres, Luxembourg et Bruxelles. Au cours de mercredi soir, RTL Group valait 1 035 milliards de francs.

La fusion s'est finalement passée sans faire trop de bruit. Les détails de la nouvelle stratégie et de la renégociation du contrat de concession entre RTL et le gouvernement lu-xembourgeois avaient filtré peu à peu de manière qu'il n'y eut plus de grandes surprises. Le Grand-Duché n'a pas moins laissé des plumes dans l'affaire.

L'essentiel a certes été sauvé : le siège de ce qui fut la CLT reste au Kirchberg. Le Luxembourg accueil-lera de même l'assemblée générale et, selon le Premier ministre Jean-Claude Juncker, « la plupart » des réunions du conseil d'administration de RTL Group. Quant à la composition de ce dernier, le gouvernement a toutefois dû lâcher beaucoup de lest. Le contrat de concession négocié en 1995 retenait encore un Luxembourgeois à la présidence et trois nationuax au conseil d'administration. 

Or, dans le board de RTL Group, Gaston Schwertzer, représentant du holding coté Audiolux (groupe Luxempart/Foyer), est le dernier rescapé luxembourgeois sur quatorze mem-bres. Pour Gaston Thorn, président de CLT-Ufa, c'est, à 71 ans, le temps des adieux. Pour la première fois dans l'histoire de la CLT, la compagnie n'est donc pas présidée par un Luxembourgeois. Administrateur indépendant, l'espagnol Juan Abéllo Galló est le président du groupe pharmaceutique Alcaliber. Son holding Torreal détient par ailleurs des participations dans les télécommunications et la télévision en Espagne. Le conseil d'administration comprend aussi, avec Marjorie Scardino (Pearson plc.), Thomas Middelhoff (Bertelsmann), Gérald Frère (GBL et fils de...) et André Desmarais (Power Corp., aussi fils de...), les poids lourds des principaux actionnaires du groupe.

Comme il fallait le craindre, le gouvernement a aussi dû faire le deuil d'autres activités clefs de RTL Group : le département de négoce des droits audiovisuels - quelque 25 personnes hautement qualifiées - sera ainsi rattaché aux équipes de Pearson TV à Londres. Le siège devrait quant à lui rester au Luxembourg jusqu'à 2010 au moins. Une contrainte juridique imposée par le contrat de concession. Le lien entre la compagnie au « L » et le Luxembourg n'est pas moins plus artificiel que jamais. Que ce soit dans le conseil d'administration ou dans la direction, il n'y a en effet presque plus personne qui aurait encore une relation véritable avec le Grand-Duché. 

Avec Didier Bellens (administrateur délégué), Richard Eyre (responsable productions et stratégie) et Ewald Walgenbach (directeur général), RTL Group est dirigé par trois « quadras », qui devraient rester en poste pour un certain temps encore. Au Grand-Duché d'en faire bon usage afin de les convaincre qu'il a plus à offrir qu'une législation fiscale avantageuse.

 

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