Monarchie

Le sacre de l'automne (bis)

d'Lëtzebuerger Land du 12.10.2000

Il y a un personnage qui, jadis, ne manquait jamais dans les scènes de liesse populaire, mais qui, en ces temps du politiquement correct, n'a plus guère voix au chapitre. Il s'agit bien sûr du fou du roi, de celui qui est quelques fois amené à faire le garde-fou du roi, place bien souvent réservée dans nos sociétés « post-modernes » au psychanalyste. Qu'à cela ne tienne, Yvan consent donc bien volontiers à revêtir, l'espace d'un samedi de sacre, la casquette à clochettes qu'il fera résonner aussi fortement que les cloches de l'église en l'honneur du nouveau couple de souverains. Le lecteur lui pardonnera bien volontiers de remplacer l'encens de l'archevêque par les effluves d'un puissant Havane, en l'occurrence non pas un « Hoyo du Député », ni un « Hoyo du Prince », mais bien un « Hoyo du Roi », en hommage hédoniste à l'ancienne patrie de la nouvelle Grande-Duchesse dont le Lider Maximo a scandaleusement boudé la séance d'intronisatiòn du week-end dernier.

Espérons que le nouveau style n'aura rien à voir avec la nouvelle cuisine et encore moins avec la nouvelle philosophie, qui ont cette particularité de ne relever ni de la gastronomie, ni de la philosophie. Peut-être que le nouveau Grand-Duc se souviendra d'un précédent de Giscard d'Estaing et qu'il réorchestrera la « Hémecht » aux rythmes de la salsa, peut-être encore qu'il remplacera définitivement le petit verre de « Gréchen » par un flacon de Haut-Brion, plus sûrement, en tout cas, il aura renoncé à la protection du droit divin en se voulant souverain uniquement par la volonté du peuple. Est-ce cette absence de la sollicitude divine qui aura fait fourcher sa langue quand Il avait prêté sermon samedi dernier, oubliant en quelque sorte l'intégration de la Constitution dans sa nouvelle pratique ? Où était-ce tout simplement le diable, c'est-à-dire l'inconscient, qui a fait trébucher Henri Ier lors de la séance d'intronisation à la Chambre des députés ? La presse officielle a salué l'émotion, légitime et digne, du nouveau souverain pour pardonner le lapsus qui massacrait le sermon, mais Freud, tout autant que Stéphane Béarn, a sûrement son mot à dire sur ce véritable lapsus linguae. Nous sommes les premiers à admettre qu'un essai comme Psychopathologie de la vie quotidienne semble bien trop trivial pour rendre compte d'actes aussi peu quotidiens qu'une intronisation, mais il n'empêche qu'en omettant le passage du respect de la Constitution, le nouveau Grand-Duc pourrait bien avoir levé un coin du voile recouvrant la pratique du nouveau style. D'autant plus que quelques secondes plus tard, Henri Ier récidiva en promettant de veiller, non pas à l'intégrité du territoire, mais à son intégration. Le processus primaire qui régente l'inconscient ignorant la contradiction, il faudra bien se résoudre à admettre deux pulsions contradictoires qui règnent sur le souverain qui règne sur le pays.

Sa Majesté pensait-elle à sa grand-tante Marie-Adélaïde qui voulait intégrer le Grand-Duché au Zollverein allemand, ou était-Elle tout simplement obsédée par l'intégration des nombreux étrangers qui vivent dans notre pays, envoyant ainsi, par ce lapsus bien pesé, un signal fort à son ministre de la Justice qui n'a de cesse de renvoyer le plus possible de ces mal-aimés chez eux ? Espérons que les 81 pour cent des Luxembourgeois en faveur de la monarchie sauront interpréter l'auguste lapsus, non pas dans « le bon sens près de chez nous », mais bien plutôt dans une direction plus noble et généreuse.

Yvan
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