Centre informatique de l'État

Démission par courriel

d'Lëtzebuerger Land du 11.09.2003

Rien de tel qu’un peu d’ironie: alors qu’on a du mal à trouver quelqu’un qui regretterait la démission prématurée du directeur du Centre informatique de l’État (CIE), Félix Schumacher se retrouve pendant ces derniers jours avant sa retraite glorifié en tant que whistle blower dénonçant l’échec cuisant que sont les programmes eLëtzebuerg et eGovernment. « C’est la première fois que nous avons quelqu’un de l’intérieur qui offre des éléments d’explications pourquoi ça n’avance pas, » explique Jeannot Krecké, président de fraction du LSAP. Il exige d’entendre le directeur démissionnaire à la commission parlementaire de la fonction publique.
Le 15 juillet dernier, Félix Schumacher a démissionné de son poste auprès de la ministre, Lydie Polfer (DP), et du secrétaire d’État, Jos Schaack (DP), en charge de la fonction publique. Dans sa lettre, rendue publique par RTL Radio Lëtzebuerg, il parle d’ « amertume », de « grande déception » et d’un « désaccord total avec la politique du gouvernement » en matière d’informatisation des administrations étatiques. Le personnel du CIE soutient son chef dans une lettre ouverte.
Le directeur du CIE s’en prend en particulier aux programmes eLëtzebuerg et eGovernment. Il parle de « querelles d’influence » entre responsables du Service des médias, du Service information et presse ainsi que du ministère de la Fonction publique ayant créé « un vrai imbroglio bureaucratique d’incompétence et d’amateurisme ». Le moins qu’on puisse dire est que les résultats de ces programmes - ou plutôt leur absence - lui donnent raison. Même si le volet technique refait un peu son retard, force est de constater que le contenu des nouveaux sites internet de l’État est inexistant.
Le responsable politique, Jos. Schaack, a réagi comme à l’accoutumée : tout le monde il est beau, surtout moi, et pour le reste allez voir les socialistes. Jeannot Krecké était d’autant plus étonné qu’a priori c’était plutôt le CSV qui signait responsable pour ces dossiers avant 1999.
Jos. Schaack ne doit pas trop comprendre ce qu’il lui arrive. Bien qu’il clame que « c’est le politique qui a repris les rênes en main », il n’a pourtant prolongé qu’une bonne vieille tradition de l’administration gouvernementale : si on a perdu confiance dans le responsable d’un service, qu’on doute de ses compétences, on l’isole, lui coupe les budgets, met en place une hiérarchie parallèle - mais pas question de le limoger de manière officielle.
Félix Schumacher, grand adepte des ordinateurs centraux, traîne la réputation d’avoir toujours du mal à digérer l’apparition du PC et des réseaux informatiques décentralisés. La solution imaginée par Jos. Schaack était de nommer un des adjoints de Schumacher, Ralph Letsch, à la tête de l’administration du personnel de l’État à partir d’où il continue aussi - c’est du moins le reproche de Schumacher - de gérer le CIE. Une illustration de cette thèse est le fait que le CIE a été tenu à l’écart de la CNSI (Commission nationale de la société de l’information), organe de décision suprême des programmes eLëtzebuerg et eGovernment.
Avec la démission à grand fracas du directeur du CIE, la situation qu’il a lui même créée explose au visage du secrétaire d’État. Maintenant, il ne faudra plus qu’un volontaire pour expliquer à l’ancien fonctionnaire ce que c’est que la responsabilité politique.

Jean-Lou Siweck
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