Ticker du 16 avril 2021

d'Lëtzebuerger Land du 16.04.2021

Christian Wester,

le fraîchement élu président de la Centrale paysanne, garde le cap. Interrogé ce lundi sur Radio 100,7, le jeune trentenaire s’est montré très old-school. L’objectif de vingt pour cent de bio d’ici 2025 ? « Pas réaliste », ce chiffre serait « ideologesch aus der Loft gegraff » et finirait par encourager « une agriculture improductive ». Le changement climatique ? « Les paysans doivent être conscients que, régulièrement, le climat change un peu, maintenant peut-être un peu plus », explique Wester, citant les OGM comme « possibilité de s’adapter ». À Hesperange, Christian Wester exploite une ferme laitière avec son frère Guy, auquel la participation à « Bauer sucht Frau » sur RTL (la chaîne allemande) avait conféré une notoriété éphémère et qui siège pour le CSV au conseil communal. (photo : sb) bt

Robert Hentgen,

président de La Luxembourgeoise entre 1986 et 2012, est décédé le 5 avril (lundi de Pâques), comme vient de l’annoncer son fils, Pit Hentgen, sur Facebook. Il avait 99 ans. Dans les annales de l’histoire économique luxembourgeoise, Robert Hentgen restera comme l’homme qui a accompagné la transition de La Luxembourgeoise de ses origines (rurales et catholiques) à son entrée de plain-pied dans la finance mondiale. Il aura également réussi à maintenir la présence de la famille Hentgen dans la gestion journalière de la société. Une continuité familiale sur un siècle.

On peut retracer son histoire grâce à la monumentale monographie en deux tomes (1 200 pages) écrite par l’historien Paul Zahlen et publiée il y a quelques mois (d’Land du 19 juin 2020). Robert Hentgen a étudié à Louvain et à Paris. Il est devenu avocat comme son père Aloyse, qu’il remplacera au conseil d’administration de la compagnie d’assurances en janvier 1954, un mois après le décès de celui-ci. Mais ce ne sera qu’en 1986, que Robert Hentgen finira par prendre la présidence de la Luxembourgeoise, après le départ de Tony Biever, le Übervater du CSV qui s’était maintenu à la tête de la compagnie d’assurances depuis 1965 (et qui était marié à une Hentgen).

Robert Hentgen était un personnage discret et modeste, l’homme des bilans, s’occupant de la partie patrimoniale de l’entreprise. Alors qu’Aloyse Hentgen avait joué un rôle de premier plan dans le CSV (accédant, pour une courte durée, aux honneurs ministériels en 1948) et avait vu dans La Luxembourgeoise un moyen de construire un capitalisme national, son fils restera politiquement en retrait, avec seulement quelques engagements comme dans l’Association luxembourgeoise des étudiants catholiques (Aluc).

Durant les trente glorieuses, Robert Hentgen gérera une société rentable mais pas hyper-profitable. La courbe des bénéfices ne s’envolera qu’avec la financiarisation de l’économie luxembourgeoise à partir de la seconde moitié des années 1980. Robert Hentgen était bien connecté au sein du microcosme entrepreneurial luxembourgeois : Il siégeait ainsi à la Brasserie de Clausen, qui, au fil des fusions avec Mousel, Funck et Diekirch, deviendra la Brasserie de Luxembourg, avant de finir intégrée dans l’empire AB InBev en 2002. (La famille Hentgen-Pauly entrera dans le capital de la multinationale belgo-brésilienne, et intégrera ainsi le gotha de la bourgeoisie flamande et wallonne.)

En 2012, François Pauly, fils de Jules Pauly (un dirigeant de l’Arbed) et de Monique Hentgen (fille d’Aloyse) remplacera Robert Hentgen à la tête de La Luxembourgeoise. Pit Hentgen est entré en 2006 au CA de la maison-mère. La nouvelle génération, passée par le milieu bancaire, poussera à la financiarisation et à l’internationalisation des investissements, combinées à des opérations immobilières au Grand-Duché. (photo : Robert Hentgen, sa femme et son fils en 2002) bt

Laurent Schüssler,

un ancien des Éditions Saint-Paul, a commencé au 1er avril à son nouveau poste de directeur de la Centrale paysanne. L’ancienne directrice Josiane Willems reste encore en fonction un moment pour assurer la transition, la date de son départ à la retraite n’étant pas fixée, explique Schüssler au Land. Pour l’instant du moins, la Centrale paysanne se retrouve donc avec deux directeurs, l’ancienne qui supervise les dossiers européens, le nouveau qui devra se consacrer à la com’ au niveau national. Laurent Schüssler, qui n’est pas issu d’une famille paysanne, avait auparavant dirigé les pages sportives du Luxemburger Wort, avant d’y avancer au poste de chef d’édition. En tant que nouveau directeur de la Centrale paysanne, il sera surtout chargé de la communication, et notamment du Letzebuerger Bauer, l’hebdomadaire officiel de la Centrale paysanne qui paraît depuis décembre 1944 et affiche un tirage officiel à 4 600 exemplaires. Les éditos de Josiane Willems, tirant à boulets noirs sur les Verts, étaient toujours lus attentivement aux ministères de l’Agriculture et de l’Environnement. Un « relaunch » de ce titre à l’esthétique très vintage est prévu d’ici « six à huit semaines ». Le nouveau président de la Centrale paysanne, Christian Wester, veut, quant à lui, renforcer la présence de son syndicat sur Facebook. « Es steht immer weniger Zeit zur Verfügung, um überlange Texte in einer klassischen Zeitung zu lessen. Diese Erkenntnisse gilt es auch auf unsere ‘Hauszeitung’, de Letzebuerger Bauer, anzuwenden », explique-t-il dans la dernière édition du... Letzebuerger Bauer. bt

Justicia minibus

Les patrons revendiquent une justice pro-business. La Chambre de commerce a rendu cette semaine son avis sur le projet de loi portant réforme de l’arbitrage inclus au nouveau code de procédure civile. L’organisation patronale accueille « avec enthousiasme » ce projet de loi « qui permettra de doter le Luxembourg d’une législation moderne et attractive en matière d’arbitrage ». Celui-ci consiste en un mode de résolution des litiges parallèle aux juridictions étatiques. En principe, les parties s’entendent sur un ou plusieurs arbitres indépendants et impartiaux qui, au terme d’une procédure contradictoire, rendent une sentence qui lient les parties. La Chambre de commerce voit de nombreux avantages en la procédure, notamment la rapidité par rapport à l’instance judiciaire et son caractère confidentiel, lequel permet « de préserver le secret des affaires et la réputation des parties ». Dans son ode à l’arbitrage, l’organisation patronale relève en outre son caractère conventionnel, c’est-à-dire la possibilité pour les parties « d’aménager » les points du litige et de déterminer le droit applicable à leurs obligations ou à la procédure. Car le président de la Chambre de commerce Luc Frieden (ancien ministre CSV) entend bien faire du Luxembourg une place d’arbitrage internationalement reconnue. L’organisation patronale vient d’ailleurs de rebaptiser son Centre d’arbitrage trentenaire Luxembourg Arbitration Center et de toiletter son règlement pour l’aligner sur les pratiques internationales. Il lui paraît ainsi « impératif » que l’arbitrage « bénéficie d’un cadre législatif moderne et efficace, adapté aux nouvelles exigences du commerce international ». Le caractère cosmopolite des barreaux luxembourgeois (réservoir d’arbitres), le plurilinguisme du Luxembourg et « sa place financière forte » sont autant d’atouts plaidant pour un tel développement. Le lobby profite de la consultation de la Chambre sur la procédure arbitrale pour répéter sa proposition de mise en place des juridictions (notamment en matière commerciale, devant le Tribunal d’arrondissement et la Cour Supérieure de justice) statuant également en anglais. « En matière de contentieux, les parties à des litiges internationaux sont bien souvent obligées de mener une procédure judiciaire dans une langue qu’elles ne maîtrisent pas. Ceci est encore plus vrai au Luxembourg où, en raison notamment de la place financière, de nombreux contrats internationaux rédigés en anglais contiennent une clause attributive de juridiction conférant compétence aux juridictions nationales pour statuer en cas de litige entre parties et ce, alors même qu’aucune des parties ne maîtrise l’une des langues officielles du pays », écrit la rue Érasme. pso

Cindy s’inquiète de
la pauvreté

« La pauvreté et l’exclusion sociale prennent de l’ampleur au Luxembourg », s’inquiète Cindy Veiga signataire de l’article sur les incitations financières à travailler au Grand-Duché publié ce jeudi dans le Bulletin trimestriel de la Banque centrale (qui a un tout petit peu peur de son ombre puisque l’institution précise sous chaque contribution que les vues exprimées sont « exclusivement celles des auteurs et ne sont pas considérées comme reflétant les vues de la BCL ou de l’Eurosystème »). L’économiste Cindy Veiga relève ainsi que le taux de risque de pauvreté est passé de 13,5 pour cent en 2007 à 16,7 pour cent en 2018, soit un taux proche de la moyenne de la zone euro (17 pour cent). Pas glorieux pour l’un des pays les plus riches du monde. Cet appauvrissement tiendrait (pour partie au moins) aux problèmes rencontrés par le gouvernement à remplir ses objectifs (73 pour cent) en matière de taux d’emploi, qui était de 68,4 pour cent en 2019 (soit avant la crise, laquelle n’a certainement rien arrangé dans ce domaine) et notamment à faire revenir les chômeurs au travail. Des parties de la population active tomberaient dans différentes trappes, comme celle du chômage. En effet, Cindy Veiga relève (entre autres) que le gain net financier à court terme associé à l’acceptation d’une offre d’emploi par un chômeur atteint seulement dix pour cent des revenus bruts au Luxembourg, contre trente pour cent en moyenne dans l’UE. « Ce gain pourrait s’avérer insuffisant pour couvrir d’éventuels coûts liés au retour à l’emploi et ainsi piéger les personnes considérées dans des trappes à chômage », analyse l’auteure de l’article. D’autres mauvais ajustements en matières fiscale et de prestations sociales, poussent la population active dans ces trappes, à l’inactivité ou aux bas salaires. Cindy Veiga préconise d’opérer une approche globale dans toute réforme des systèmes d’imposition et de prestations pour assurer les objectifs d’efficience économique d’une part et de protection sociale d’autre part. « Favoriser une activité à tout prix (temps partiel, emplois aidés, etc.) pourrait voir émerger des travailleurs pauvres de plus en plus nombreux », écrit l’économiste. pso

Bernard Thomas, Pierre Sorlut
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