Concert en crescendo

d'Lëtzebuerger Land vom 30.04.2021

Samedi 24 avril à Dudelange, le bruit d’un impact surprend. Un accrochage a lieu entre une automobiliste et une cycliste sur le parking du centre culturel Opderschmelz. Plus de peur que de mal. Les paroles échangées semblent rassurantes. On ne sait pas encore comment interpréter ce présage. D’ici quelques minutes, Josh Island se produira sur la scène du grand auditoire pour présenter en avant-première son EP Love Don’t Come Easy à paraître le 7 mai. À la caisse, un panier rempli de bouchons d’oreille attire l’œil. Un long stand de merchandising avec disques et t-shirts a pris ses aises. John Rech, le directeur des lieux, offre un accueil personnalisé à chacun. Josh Island, ou Josh Oudendijk de son état civil, fait son apparition. Après un titre en solo folk et inoffensif, il est rejoint par tout un groupe pour un morceau funk Beautiful World, encore chevrotant mais de bon augure.

Le chanteur et guitariste est accompagné par Pedro Bray aux guitares, Sebastian « Schlapbe » Flach à la section basse, Joe Schmitz aux claviers, Pedro Gonzalez aux percussions, Joel Metz au saxophone, Rémy Labbé à la trompette et Yasmine Leches au trombone. Josh Island prend la parole en anglais, il entame le discours d’ouverture dorénavant traditionnel du « c’est bon de remonter sur scène après tout ce temps ». Mais son phrasé un tantinet british et sa maladresse contrôlée provoquent une sympathie immédiate à son endroit. La troupe enchaîné avec Right Now, titre habile où les cuivres font le job, puis entame If You Know, construit sur une base électronique, assez peu convaincant. L’hôte de la soirée prend soin de son audience. Il hésite encore quelle langue utiliser pour s’adresser au public. Il tranche sur la question en rappelant que la musique, elle, est universelle. Une tentative d’applaudissement se fait entendre.

Arrive Lighthouse, intimiste et passe-partout, composé il y a quelques années suite à un appel à composition lancé par Céline Dion, à l’occasion d’une interview. Son titre n’avait alors pas été retenu, mais l’anecdote fait son petit effet. Plusieurs musiciens quittent la scène, le spectacle tourne à l’acoustique avec Letter For Eva. Le jeu de Pedro Bray prend une autre dimension. Josh Island maitrise sa voix, dont le timbre est plutôt commun mais plaisant. Il entonne Human Flow, une composition sur fond de migrations et dédicacé au film documentaire du même nom réalisé par Ai Weiwei. Le morceau est à l’image d’une grosse assiette de bienveillance supplément cheesy mais qui finalement, s’avère être digeste. Le public est invité à chanter. Josh Island espère que les masques serviront de désinhibiteurs. Le public fredonne poliment. Arrive une reprise de Tuyo de Rodrigo Amarante, le générique de la série Netflix Narcos. Le moment est suspendu et le refrain sifflé suivi d’un court solo à la trompette de Rémy Labbé nous laisse sur notre faim. Le trompettiste avait pourtant un boulevard devant lui.

Le retour du band au complet enclenche l’enchaînement de Charles and James, énergique, un chouilla kitch mais solaire, Love Don’t Come Easy, franchement entraînant et Night Shift et ses relents de musique country. Un faux contact provoque des grésillements qui sortent l’audience de l’ambiance. Le titre Stormy Love en pâtit. Exagerator est malgré tout l’occasion pour Pedro Gonzalez d’effectuer un solo superbement mis en lumière et chaudement applaudi. Le public assiste à un concert en crescendo, de plus en plus maîtrisé, le temps passant. Une jolie proposition vient contrebalancer le bémol du faux contact. Les musiciens débranchent leurs instruments pour une courte session « réellement acoustique » où les sons de la contrebasse rassurent. Un moment qui semble évident mais si rare. La troupe rempile pour d’autres titres et plusieurs rappels.

Kévin Kroczek
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