D’aventure en aventure

d'Lëtzebuerger Land du 25.03.2022

Comme dans l’histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein ; mars 2020 a pu être considéré par certains comme le début de la fin ou comme l’opportunité de réinventer le quotidien. Myriam et David font partie de cette deuxième catégorie. Ce couple de trentenaires a en effet profité du confinement pour réfléchir au lendemain et donner vie à une envie de toujours, celle de voyager loin et longtemps. « On ne voulait pas faire de grandes vacances. Partir trois semaines quelque part, ce n’est pas une vraie immersion. Nous voulions vraiment quitter le pays et découvrir d’autres cultures ». Les amoureux, ensemble depuis trois ans, mettent alors tout en œuvre pour réaliser leur rêve. Première étape : dégager du temps. « Je suis pompier à la Ville de Luxembourg et Myriam est chargée de cours à l’Athénée. Nous avons tous les deux demandé un congé sans solde de deux ans, histoire de conserver nos emplois, mais d’être libre de voyager où bon nous semble », explique David depuis la Turquie, pays où ils se trouvent au moment de l’interview. Deuxième étape : définir leur projet. « Nous aurions pu prendre des avions et voyager en sacs à dos, mais nous n’avions pas envie de quitter un pays en montant à bord d’un avion pour nous retrouver ailleurs quelques heures plus tard, sans avoir rien vu du trajet ». Afin de contempler le paysage et d’observer les cultures au fil de la route, le couple choisit de circuler en voiture. « Nous avons acheté un Land Rover Defender que nous avons baptisé Jacques et qui possède un frigo, des panneaux solaires et une installation de gaz pour cuisiner. Il peut rouler sur tous les terrains, ce qui nous a permis de dormir en pleine nature dans des endroits magnifiques ». Troisième étape : financer le voyage et le planifier. « Pour ça, nous avons vendu notre logement à Schifflange. Nous avons établi un budget pour vivre avec cet argent durant deux ans, mais aujourd’hui, on envisage aussi d’accepter des petits jobs, histoire de nous occuper différemment ».

Le 15 août 2021, le couple quitte le Luxembourg, sous les au revoir des amis et de la famille. « Nous avons un peu traîné, le départ était prévu le 1er, mais on trouvait toujours encore quelque chose à faire sur la voiture. Je pense qu’inconsciemment, on était un peu stressés et qu’on repoussait le moment ». Depuis, les destinations s’enchaînent : Italie, Croatie, Monténégro, Albanie, Macédoine, Grèce, Turquie, Géorgie, Arménie, Iran… Le monde est devenu leur terrain de jeu. « Nous dormons principalement sur le toit de la voiture, dans un espace de 1m40 sur 2m10. On y met des sacs de couchage et des couvertures, c’est confortable par tous les temps, mais un peu bruyant quand il y a trop de vent. Sinon on dort dans l’habitacle de la voiture, comme cette nuit en Arménie où il faisait -12°C. » De semaine en semaine, le couple découvre des paysages époustouflants – à voir sur leur compte Instagram @ferweh_avenue – et vit des aventures humaines inégalables. « Les gens sont tellement gentils et accueillants. Ils s’intéressent à notre périple, veulent apprendre à nous connaître et sont toujours là pour nous aider. Sur les sept semaines passées en Iran, on a été invité dix fois chez l’habitant et on passait la soirée et la journée suivante à discuter sur le tapis grâce à Google translate ! Leur hospitalité est incroyable et beaucoup nous disaient aussi de rassurer les Européens sur la sécurité et la vie dans leur pays. Les habitants nous confiaient souffrir de ces préjugés et je crois que nous avons nous-mêmes appris à ne plus tant croire les médias ». Au-delà les autochtones, il y a aussi les backpackers croisés en chemin – et leurs enfants, dont les dessins ornent les vitres du Defender – avec qui le couple sympathise et fait parfois un bout de chemin. « On a aussi eu des amis du Luxembourg qui nous ont rejoints, et ça fait du bien de revoir des visages familiers et de discuter un peu de ce qui se passe chez nous, au Luxembourg ».

David et Myriam vont prochainement revenir au bercail juste le temps de régler quelques dossiers avant de redécoller pour une nouvelle destination. « Notre objectif était d’atteindre la Mongolie, mais la pandémie nous a forcément compliqué la vie et certains itinéraires ne sont plus possibles. On a décidé de rentrer au Luxembourg le mois prochain et de mettre notre voiture en conteneur pour repartir cette fois en Amérique du Sud. Ce sera l’occasion aussi d’emporter moins de choses : même si nous pensions avoir pris que le strict nécessaire, on s’est rendu compte qu’on n’avait pas besoin de tant d’affaires ». Une leçon de minimalisme à laquelle s’ajoutent d’autres apprentissages. « J’ai été étonné que les gens soient toujours si ouverts et prêts à nous aider. C’est quelque chose dont j’ai envie de m’inspirer et que j’aimerais appliquer. C’est beau cette forme de solidarité spontanée et de camaraderie envers son voisin ou un étranger dans la rue ». Et la camaraderie au sein d’un couple qui passe 24h/24 ensemble, dans une voiture ? La question fait sourire David et Myriam. « On s’entend bien 85 pour cent du temps. Le reste, ce sont des disputes liées à certaines situations stressantes. La circulation qui parfois est compliquée, ou les démarches administratives aux frontières. Ça nous a d’ailleurs beaucoup marqué, ces frontières militarisées, protégées, avec des gardes, des barbelés et qui nécessitent des heures de discussion pour pouvoir être franchies. On ne se rend pas compte comme il est simple pour nous de passer d’un pays à un autre. Ni du pouvoir de notre passeport luxembourgeois : tant de gens nous ont raconté qu’il était extrêmement compliqué pour eux de venir en Europe. Nous ne connaissons pas cette privation de liberté de déplacement, nous avons accès à tout ; notre passeport est la clé qui nous ouvre les portes du monde ».

Salomé Jeko
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