Aux urnes citoyens !

d'Lëtzebuerger Land vom 08.04.2022

Allons enfants de la patrie, le jour de vote est arrivé ! Aux urnes citoyens, formez vos décisions et marchons, marchons ! Le résultat sera semble-t-il sans réelle surprise, une fois n’est pas coutume au pays de la politique reine. Oui, les Français aiment débattre de tout, tout le temps, mais surtout de deux sujets brûlants, la gastronomie et la politique, même s’il y a eu récemment quelques petits écarts avec les débats épidémiologiques et géopolitiques. J’étais à quelques jours de passer à côté, mais les Français vivant au Luxembourg, comme tous les autres, votent ce dimanche pour une élection qui ressemble plus à une satire de Molière qu’à un débat démocratique. Voilà donc cinq ans qu’Emmanuel Macron a accédé au trône, pardon à l’Élysée. Cinq ans que les électeurs s’étaient retrouvés, à nouveau, devant un choix cornélien au second tour, celui de faire barrage à Marine Le Pen, quitte à donner sa voix à un candidat éloigné de ses convictions.

En cinq ans, les français auront connu, à travers trois gouvernements, un record absolu de départs de membres du gouvernement, choisis ou non : Dix ministres ont quitté leur fonction les 500 premiers jours. Difficile de retenir des noms, des visages, des programmes, dans un gouvernement qui ressemble plutôt à une saison de Koh Lanta. On ne sait plus vraiment qui est dans quelle équipe et qui va tricher le soir pour manger des steaks discrètement. Ce qui est sûr c’est que ces cinq années ont été une véritable épreuve du poteau pour les Français (pour ceux qui suivent la référence télévisuelle) avec 67 ministres et 25 secrétaires d’État composer les gouvernements successifs. On a un peu l’impression que notre paysage politique est aussi devenu digne d’une téléréalité sans fond.

Il s’est passé beaucoup de choses en cinq ans, on a même de la peine à s’en souvenir tellement c’est parti dans tous les sens. Vu depuis le Luxembourg, c’est encore plus difficile car nous ne subissons ni ne vivons au quotidien les choix politiques ou politiciens. Un petit résumé en moins de quelques moments que ma mémoire ni objective ni exhaustive pourrait retenir de ce quinquennat. Il y a eu les gilets jaunes, les réformes des retraites avortées, les grèves des transports, les migrants dont on éventre les tentes, les aidants des migrants se faisant condamnés, Notre-Dame qui s’est enflammée. On nous a dit de traverser la rue pour trouver un travail, puis le Covid ou la Covid s’est imposé(e). Les masques et plus de masques, les soignants terrifiés, épuisés. Et pour finir, le scandale McKinsey et Macron en chef de guerre, premier interlocuteur de Poutine et de sa folie. C’est à cette France blessée, affaiblie, perdue, que l’on demande dimanche de prendre part à un vote – mascarade, réunissant douze candidats, quatre femmes, huit hommes, qu’il est inutile de nommer, tant le spectacle dans les médias a été assez pénible depuis de nombreux mois. Le 4 mars les derniers candidats ont dû valider leurs candidatures en ayant recueilli suffisamment de parrainages, ce n’est que le 3 mars qu’Emmanuel Macron a fait part de sa candidature à un second mandat, le 8 mars les douze candidats étaient officialisés, le 28 mars la campagne a officiellement démarré. Macron n’est jamais parti en campagne. Dans ce chaos sans nom, les français sont plus inquiets pour leur retraite, leurs factures énergétiques et l’avenir de leurs enfants face aux bouleversements géopolitiques et écologiques que pour une campagne présidentielle dont l’issue semble écrite d’avance.

Depuis le Luxembourg, on porte un autre regard, on vit une autre situation : je suis plus proche des sujets politiques grand-ducaux et internationaux portés par mon pays de résidence que par celui qui m’a vu naître. Et il faut dire que dans ce triste spectacle que sont ces élections, les Français du Luxembourg ont bel et bien failli passer à côté. En effet, ça a chauffé sur les réseaux sociaux en début de semaine ! Jusqu’à ce mardi une grande partie des électeurs n’avait reçu aucune information de la part du consulat, ni professions de foi, ni convocation, ni rappel des dates et conditions de vote par procuration. Certains se sont fait surprendre par les vacances scolaires, les privant de leur devoir citoyen, faute de temps. Il reste alors la question de la recevabilité d’une élection qui ne permet pas à ses électeurs d’y participer pleinement. Il reste à questionner une démocratie qui met son peuple au pied du mur, forcé à un choix qui ne semble pas être véritablement délibéré.

Aux urnes citoyens ! Formez vos décisions, marchons, marchons…

Mylène Carrière
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