Ticker du 22 avril 2022

d'Lëtzebuerger Land du 22.04.2022

Une armée de juristes

L’Université du Luxembourg annonce cette semaine la création d’une chaire en cybersécurité au sein de la faculté de Droit, d’Économie et de Finance pour mener des activités de recherche dans ce domaine en matière politique et juridique, à l’intersection des questions de protection des données et de cyberdéfense. Le financement de la chaire est assuré par Uni.lu et le département de la Défense du ministère des Affaires étrangères, respectivement pour 1,2 et 1,5 million d’euros sur cinq ans. L’argent déboursé « fait partie de l’effort de défense du Luxembourg », confirme un porte-parole du ministère au Land et intègre donc l’objectif (illusoire pour le gouvernement) de financement de l’Otan, établi à deux pour cent du PIB. Deux pour cent du budget de la Défense, 464 millions d’euros en 2022 (soit 0,6 pour cent du PIB), se dirigent vers la recherche. « Avec la contribution d’acteurs publics et privés, la Chaire proposera des recommandations de politique de cybersécurité concernant les éléments physiques et techniques des activités dans le cyberespace et les risques stratégiques et de sécurité qui y sont liés », lit-on dans le communiqué de presse diffusé en marge de la signature de la convention mercredi. Le professeur titulaire de la chaire est en cours de sélection. Les premiers cours de cybersécurité seront intégrés à un module du Master in Space en septembre 2022. Ils devraient, à terme, constituer un master à part entière. pso

Un bon point pour l’exécutif

Depuis septembre 2021, le coût pondéré de l’énergie pour un ménage « moyen » a augmenté de quarante pour cent, selon les calculs du think tank Idea publiés mercredi. Selon le laboratoire d’idées de la Chambre de commerce, le coût supplémentaire sur 2022 s’élèverait théoriquement autour de mille euros pour les ménages les « moins favorisés », autour de 1 300 pour les plus aisés. L’impact de la hausse des prix sur les budgets des ménages dépend (sans surprise) de leur revenu : Les dépenses en énergie pèsent 2,8 pour cent du budget des personnes du cinquième quintile (les vingt pour cent les plus avantagées en termes de revenu disponible, autour de 120 000 euros). Elles s’élèvent à 7,7 pour cent des revenus des personnes du premier quintile (autour de 35 000 euros).

Puisque l’inflation énergétique provoque l’inflation tout court (indice des prix à la consommation nationale) sur laquelle les salaires sont indexés, Idea évalue la répercussion nette en incluant les mesures prises lors des tripartites de février et mars, facilitées par un calcul par quintile réalisé par le Statec. L’alllocation de vie chère relevée de 250 euros et la prime du même montant profitent aux seuls ménages du premier quintile. Viennent les réductions d’accises pour faire baisser le coût du carburant pour le consommateur (une « mesure par ailleurs susceptible de contrarier le respect des objectifs d’émissions de CO2 », relève Idea). S’ajoutent les crédits d’impôts, qui bénéficient aux trois premiers quintiles à hauteur de 840 euros (puis 760 et cent euros respectivement pour les deux « classes » restantes). L’indexation retardée génère, elle, un coût d’opportunité de 1 313 euros pour les plus hauts revenus, des 383 euros pour les plus bas. 

Après les mesures, Idea estime que les personnes du premier quintile gagnent 660 euros de pouvoir d’achat, 113 pour celles du deuxième puis 23 pour celles du troisième. Les quatrième et cinquième tranches perdent respectivement 174 et 892 euros sur l’année. « Ce renversement résulte de la combinaison d’une mesure ‘régressive’ mais globalement équitable (à savoir le glissement de l’indexation), de mesures ‘expansives’ mais peu redistributives (les 7,5 cents, voire le crédit d’impôt qui paraît en définitive peu différencié, sauf pour des revenus très élevés) et des dispositions à la fois expansives et équitables (le relèvement de l’allocation de vie chère et l’octroi de la prime énergie) », conclut le think tank (photo : sb) dans une sorte d’adoubement des mesures gouvernementales. pso

Pas vraiment exclus

L’activité de Microlux a crû de 58 pour cent en nombre de crédits accordés en 2021, a communiqué l’institut de microfinance luxembourgeois mercredi. « Après cinq ans d’activité et grâce à un effort collectif, Microlux a confirmé son impact social et son ancrage dans l’écosystème de l’entrepreneuriat local », se félicite sa nouvelle présidente Anne Contreras-Muller (Madame microfinance chez Arendt & Medernach) dans le rapport annuel publié cette semaine. Depuis sa création, Microlux a accordé 181 crédits à des personnes exclues du crédit bancaire traditionnel, 52 l’année dernière avec une équipe de trois personnes. Les bénéficiaires sont à 89 pour cent étrangers. Le revenu total moyen de leur ménage plafonne à 2 950 euros (contre 6 285 euros en moyenne au Grand-Duché), alors que le seuil de pauvreté s’établit à 3 020 euros pour un couple sans enfant (à 4 227 avec). Grâce à Microlux, Sabine (les noms ne sont pas connus) a monté son centre minceur et Ivo (photo : Tania Alamilla) son garage-conciergerie pour voitures de luxe. pso

Intense en énergie

L’Assemblée générale de la Fedil s’est réunie ce jeudi. Ses membres ont approuvé le rapport d’activité du lobby industriel pour 2021, une année « très intensive dans tous les domaines d’expertise », écrit la fédération dans un communiqué. Parmi les principales préoccupations du lobby figure « la menace de l’inflation »: « La Fedil n’a cessé d’œuvrer pour alerter les décideurs politiques des impacts nocifs qu’un taux d’inflation très élevé a sur l’activité de l’industrie et des entreprises », écrit-elle. Le lobby se félicite de l’accord obtenu en mars lors de la Tripartite et la prise en charge étatique de l’indexation des salaires, « un signal fort de solidarité et de prévisibilité en faveur de la cohésion sociale et du développement économique ». La Fedil regrette en outre que toute la discussion se soit concentrée sur le pouvoir d’achat, «  donc sur la capacité de reproduire les comportements d’achat du passé », explique René Winkin au Land. Pour le directeur de la Fedil, donner plus pour acheter les mêmes produits dans les mêmes quantités commence à perdre son sens, notamment quand ces produits manquent.

René Winkin (photo : sb), très écouté lors des discussions entre le gouvernement et les partenaires sociaux, a suggéré des politiques d’incitation et de soutien en faveur d’économies d’énergie à court terme, des aides pour soustraire à moyen terme les consommateurs de la dépendance au gaz (russe) ou encore des tarifs électriques basés sur le renouvelable pour rendre l’électrification abordable et son coût prévisible. « L’intérêt s’est rapidement perdu », confesse-t-il. Dans le rapport d’activité, Michèle Detaille, présidente de la Fedil, organisation dont une partie des membres opèrent en Russie (comme Paul Wurth pour n’en citer qu’un) ou sont même russes (comme Ocsial), condamne « fermement l’invasion de l’Ukraine par la Russie » et soutient « l’action politique et les sanctions économiques décidées pour tenter de mettre un terme à cette crise inacceptable ». Par ailleurs, l’Assemblée générale a procédé à la nomination au Conseil d’administration d’Olivier Coekelbergs (Managing Partner d’EY Luxembourg) et d’Alex Schumann (Director Manufacturing Tire Plant de Goodyear), en remplacement de Georges Kioes (anciennement Deloitte) et Silvia Sitzen (Goodyear). pso

Pas de consigne de vote

À la veille du second tour de la présidentielle, l’OGBL n’a pas donné de consigne de vote à ses dizaines de milliers d’adhérents lorrains. Encore en avril 2017, André Roeltgen, appelait les affiliés français à faire « barrage aux nationalistes ». « Et il ne suffit pas de s’abstenir, il faut aller voter contre Le Pen », précisait le leader syndical face au Jeudi dans sa grande interview en amont du 1er mai. Cinq ans plus tard, sa successeure, Nora Back, garde un silence pudique. (Rappelons qu’il avait suffi que le CSV module l’index pour que Jean-Claude Reding appelle les salariés à « ne pas voter CSV » aux législatives de 2013.) Dimanche dernier, les dirigeants de la CGT et de la CFDT, les deux principaux syndicats français, ont cosigné une tribune dans le Journal du dimanche appelant à ne pas confier à Marine Le Pen « les clés de la démocratie ». Le Rassemblement National serait « un danger pour les droits fondamentaux des citoyens et des travailleurs ». bt

Name & Shame

Décidément, les agences immobilières ne se sont pas encore mises à l’heure de la lutte anti-blanchiment. Le 13 avril, l’Administration de l’enregistrement (AED) a donc procédé à une mise au pilori, publiant sur son site les noms de 42 professionnels de l’immobilier qui n’avaient pas répondu à son questionnaire anti-blanchiment, et ceci malgré deux injonctions. Les professionnels cités sont pour la plupart des petites agences locales, non connues du grand public. Or, on y trouve également des sociétés de promotion (Hary Putz Promotions) ou de construction (Hilger Bau) Aux autorités de contrôle, la loi ne donne pas seulement le pouvoir d’infliger des sanctions administratives, mais également d’afficher « une déclaration publique qui précise l’identité de la personne physique ou morale et la nature de la violation ». Cette application du principe « name & shame » est à situer dans la mobilisation générale en amont de la visite, prévue à automne, du Groupe d’action financière (Gafi) qui a promis également de s’intéresser aux acteurs non-financiers. Or, le secteur immobilier, avec son millier d’agences (selon le Statec), apparaît comme un des maillons faibles de la lutte anti-blanchiment. Publiée en septembre 2021, l’Évaluation nationale des risques avait ainsi tiré la sonnette d’alarme : « This sector is sizable and fragmented, driving significant money laundring risks ». En 2020 déjà, l’Administration de l’enregistrement et des domaines (AED) avait procédé à 22 contrôles (37 en 2019) pour vérifier si les acteurs du secteur immobilier s’étaient dotés d’un dispositif anti-blanchiment. Environ 70 pour cent des agences contrôlées auraient donné lieu à des sanctions administratives, estimait-on alors à l’AED. Après une première période de « sensibilisation » et de « prévention », voici donc venu le temps des sanctions. Elles peuvent varier entre quelques centaines et quelques dizaines de milliers d’euros. bt

Bernard Thomas, Pierre Sorlut
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