Concours d'architectes

Vue imprenable

d'Lëtzebuerger Land vom 23.10.2003

Elles étaient dix agences d'architecture associées à des paysagistes  à concourir pour la nouvelle Cité policière qui réunira à l'avenir, sur un terrain situé entre le boulevard Patton et la rue Auguste Lumière, dans un projet d'envergure, les services regroupés de la Police et de la Gendarmerie nationales. Le site du Verlorenkost (cinq hectares de terrain en tout, pour 100000 mètres carrés construits, dont 65000 en surface et 35000 en sous-sol) était donc un véritable défi à la réponse architecturale, urbanistique et paysagère attendue, car offrant une vue panoramique sur la ville, le Kirchberg et formant le nouvel avant-plan du quartier de la gare et de Bonnevoie. L'inverse surtout est vrai aussi : on verra les nouveaux bâtiments de partout. Le Verlorenkost, de par sa situation topographie dans le site de Luxembourg (lieu de l'ancien fort Neipperg, puis du Laboratoire de l'État) dessine un surplomb naturel avec, à l'avant-plan, les sites du Plateau du Rham et du Saint-Esprit. Cette double vision était un des enjeux du concours, qui par ailleurs devait correspondre à l'idée que l'on se fait aujourd'hui de nos «gardiens de la paix», plus proches de la population. L'«image» à trouver pour la future Cité policière n'était donc pas un vain mot, entre ni trop, ni trop peu. Soit en termes d'architecture, la répartition et la cohérence des différents services formant néanmoins une entité, leur hauteur, la longueur des fronts de rue, la qualité des espaces intérieurs de travail et bien sûr, le traitement du paysage du site même. On a pu reconnaître d'emblée, à l'exposition publique des projets à la Chapelle du Rham, les écritures de quelques ténors internationaux et de chez nous, telles celles du Français Claude Vasconi, auteur de la nouvelle Chambre de Commerce en voie d'achèvement au Kirchberg et du Luxembourgeois Christian Bauer dont le «mur» pour le MNHA, depuis son achèvement l'année dernière, a fait la preuve de ses qualités d'intégration autant dans les mentalités que dans le tissu de la vieille ville. Leurs propositions étaient toutefois sans doute trop systématiquement «Vasconi» - tout inconditionnel admirateur de Vauban qu'il soit - et «Bauer» pour le propos : son savoir-faire en matière de bâti en front de rue, au Kirchberg, pour l'École européenne par exemple, était cette fois en contradiction avec l'idée d'ouverture attendue, car formant muraille dans le contexte hyper-exposé du Verlorenkost. D'autres propositions représentent, elles, fort bien deux tendances que l'on aimerait voir à l'avenir se développer au Grand-Duché. Ainsi du projet du Luxembourgeois Paul Bretz, dont le dessin s'affirme de plus en plus en termes de «pure architecture» et qu'il a su travailler, pour ce projet, de manière moins monolithique qu'à Esch-Belval - la fonction même des nouvelles Archives nationales appelant sur l'ancien site industriel face aux hauts-fourneaux, une réponse «entière» (d'Land 36/03). L'erreur de Bretz, qui a décliné sans plus de brutalisme le registre de l'architecture moderniste qu'il revendique, aura tout de même été d'installer une tour, qui plus est au point le plus haut du site. Si elle faisait écho à la nouvelle sky-line de la porte du Kirchberg, on voit mal des tours pousser, dans le futur, dans le tissu du quartier de la gare ou des immeubles hauts concurrencer la silhouette des clochers du centre ville. Il n'est pas prévu non plus, pour l'instant en tout cas, que la ville s'étende plus à l'est… Le jury n'a pas non plus retenu le «fil conducteur» du projet des Parisiens Myrto Vitart et Jean-Marc Ibos : le bâti, installé en petits blocs sur un soubassement tout de pierre, traitait bien la Cité policière à la manière d'un jardin mais sans doute de façon trop introvertie. Un concept antinomique ici, avec l'image de communication vers l'extérieur recherchée. On le mentionnera pourtant pour l'habile interprétation de l'héritage de la forteresse de Luxembourg et la transdisciplinarité arts plastiques-matières-architecture, magistralement démontrée par cette équipe déjà, dans le cas du Musée des Beaux-Arts de Lille. C'est donc logiquement un projet en partie enterré qui l'a emporté, choisi à l'unanimité par le jury présidé par l'urbaniste François Grether. Les lauréats, les Luxembourgeois Witry [&] Witry, associés à la paysagiste Maja Devetak, ont répondu en dosant habilement la part du bâti et du paysage, les gabarits autant en hauteur qu'en largeur, les aller-venues visuelles entre extérieur et intérieur. L'équipe a surtout été plus heureuse dans son maniement du site qu'à Hinzert (d'Land 40/03) : suivre la pente descendante du terrain en direction de la ville, d'où «sortent», à l'avant et ponctuellement, sur l'avenue Patton, des bâtiments de taille réduite quand c'est l'arrière haut du terrain, en plate-forme naturelle, qui «tient» le grand corps principal, voilà l'idée qu'il fallait avoir.

 

Marianne Brausch
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