Fondation de l'architecture

Passé et futur

d'Lëtzebuerger Land vom 27.03.2003

L'architecture est-elle un art? D'aucuns diront que oui, d'autres que non. Si on peut, entre architectes, débattre à l'infini de la question, celle de faire connaître cette discipline en est une autre, tâche à laquelle la Fondation de l'architecture s'est attelée voici dix ans. Et ce n'est pas chose facile, étant donné que cela touche tout le monde, depuis le simple particulier qui construit sa maison, au niveau de décision le plus haut, soit le pouvoir que détiennent les communes ou l'État d'enlaidir ou d'améliorer le cadre de vie général.

D'aucuns diront aussi que l'architecture est une question de goût. Mais il n'est pas aussi simple d'en changer comme d'une chemise et c'est là, d'ailleurs, dans cette comparaison vestimentaire, que les architectes en tout cas se retrouveront pour affirmer que porter une cravate ou un col ouvert, voire un tee-shirt sous un veston, ce n'est pas la même chose. Peut-être alors d'ailleurs se feront-ils taxer d'élitistes. Admettons. Comme il est admis que ce que nous choisirons d'appeler l'architecture de qualité ne représente au mieux que quelque dix pour cent du marché de la construction et que donc les «vrais» amateurs sont rares quand les autres, tous les autres, auront besoin d'une formation accélérée. Au train où va l'enlaidissement du paysage, qu'il soit territorial ou urbain, on se demande d'ailleurs s'il n'est pas déjà un peu tard...

Mais les vaillants chevaliers de «la» cause, ont vu peu à peu, disent-ils, venir à leurs conférences à l'Auditorium de la Banque de Luxembourg et visiter leurs expositions - dont au Musée d'Histoire de la Ville de Luxembourg deux expositions remarquées sur l'architecture des années 1930 et 1950 et une participation importante sur le volet de l'architecture contemporaine il y a deux ans à l'exposition Architektur in Luxembourg à Vienne - non seulement des confrères mais un public plus large et enfin, ils sont en bonne voie pour qu'elle soit reconnue d'utilité publique: une convention signée avec le ministère de la Culture, leur apporterait en effet soutien moral voire une plus grande crédibilité et quelques moyens financiers pour une action élargie.

Ceci voudrait dire aussi, et surtout, peut-être, que bientôt, on les écoutera et que peut-être, ce qui peut encore être sauvé, chez nous, de l'architecture moderne et néanmoins historique déjà du XXe siècle, pourrait être classé et entretenu au même titre que nous bichonnons l'image, par exemple, des murs de la forteresse de Luxembourg... On l'aura compris, la Fondation de l'architecture a à se battre sur beaucoup de fronts à la fois, ce que reflète d'ailleurs le «pannel» de ses invités, qui sont venus et continueront à venir parler d'histoire récente - sur le constructeur Jean Prouvé par exemple, ce qui n'a pas empêché qu'une de ses réalisations, comme dans sa Lorraine natale voisine, disparaisse peu de temps après, de ce qui se fait de plus «pointu» actuellement avec les «visions» d'un Edouard François ou de l'héritage des Modernes et de sa persistance - le théoricien Vittorio Magnago Lampugnani, quand il y a autant d'écoles (et de suiveurs) qu'il y a de grands noms au firmament de la profession.

Au sujet de ces derniers, on sent d'ailleurs comme une envie sinon un tantinet de ressentiment, car les grands projets actuellement en construction au Luxembourg ont été confiés ou remportés sur concours par des grands noms étrangers... Mais n'en va-t-il pas de même ailleurs, commande privée et publique confondue? Que l'on pense en effet au Guggenheim de Bilbao construit par l'américain Gehry ou à l'italien Renzo Piano qui construisit le temple parisien de Beaubourg, enfin aux suisses Herzog [&] Demeuron, auteurs du succès récent, aussi colossal que l'ancienne bâtisse industrielle qui l'abrite: la Tate Modern à Londres...

On suggérera donc et pourquoi pas, que nonobstant le peu d'élus qui seront appelés à concourir au final à Metz pour le projet de décentralisation du Centre Pompidou, nos architectes participent et, forts d'un événement qui aura un retentissement médiatique international et assurément dans la Grande Région, montrent, pourquoi pas ensuite à l'occasion d'une exposition à leurs compatriotes, les résultats de réflexions théoriques, transformables en essais construits sur notre territoire.

Mais fi de ces querelles de chapelle - on sait le mal qu'elles ont fait ailleurs déjà, les spécialistes de la presse écrite inclus, alors qu'elles étaient en fait bien peu de chose par rapport à une vraie urgence: arriver à rehausser le niveau «moyen» du paysage de nos villes et stopper le scandaleux mitage de nos villages est sans doute la tâche primordiale sur un territoire aussi petit que le nôtre. Par une architecture de qualité, bien sûr. Ce n'est pas une mission impossible.

 

Fondation de l'architecture et de l'ingénierie, 8, rue Jean Engling, L-1466 Luxembourg, tél. 42 75 55, fax 42 75 56, Internet: www.fondarch.lu, e-mail : info@fondarch.lu pour de plus amples renseignements sur les publications, les actions et les prochains invités.

 

 

 

 

Marianne Brausch
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