Dommages causés par les sangliers

Sangliers pattus

d'Lëtzebuerger Land vom 20.03.2008

Ce n’est sans doute pas un pur hasard qu’une étude1 sur les dommages causés par les sangliers soit présentée maintenant, en pleine élaboration d’un projet de loi sur la réforme de la chasse. Celle-ci avait été annoncée pour le premier semestre 2008 par le ministre de l’Environnement Lucien Lux (LSAP) et devra trancher deux dossiers épineux : le nourrissage du gibier et l’inclusion de fait des propriétaires de terrains dans les syndicats de chasse.

Les résultats de l’étude sont édifiants : la population de sangliers a augmenté de 800 pour cent depuis 1971 et les dégâts causés à la flore se sont amplifiés de 1 600 pour cent. Cet accroissement est plus important sur le territoire du Grand-Duché que pour d’autres pays européens. Les conclusions de l’étude sont formulées avec précaution. Une attention particulière a été portée au nourrissage de sangliers, justifié par les chasseurs comme étant la solution pour éviter les dégâts portés aux plantations agraires dans les environs des forêts. Les dommages causés aux pâturages est le plus important avec cinquante pour cent des dégâts – les bêtes labourent les terrains jusqu’à soixante centimètres de profondeur –, les cultures de maïs sont touchées de trente pour cent. Les sangliers boudent par contre certains types de céréales comme l’orge, ce qui permet aux scientifiques de conseiller aux agriculteurs d’en planter davantage aux lisières des bois plutôt que d’y semer du maïs juteux, offrant en plus une protection visuelle idéale par ses hautes tiges. D’autant plus que le président de la Fédération deschasseurs Jos Bourg tient les agriculteurs pour responsables de lasituation. Il maintient que l’augmentation du nombre de sanglierss’étend à toute l’Europe à cause de l’amplification des cultures de maïs (d’Wort, 14 mars 2008).

22 communes sont le plus concernées par les dommages et ont touchéla moitié des indemnités payées pour une surface de 18 pour cent duterritoire luxembourgeois – avec au top Colmar-Berg, Fischbach, Beaufort, Reisdorf et Vichten. Il s’agit surtout de régions boisées où de nombreuses bêtes sont abattues par les chasseurs. Le montant des dégâts et la densité des hardes sont donc intensément liés, notent les scientifiques. Ils recommandent de stopper net toutes les formes de nourrissage supplémentaire.

En ce qui concerne le droit de s’opposer à faire partie d’un syndicatde chasse, le gouvernement devra se plier aux conclusions de l’arrêt du 10 juillet 2007 de la Cour européenne des droits de l’homme. L’inclusion forcée des propriétaires avait été jugée non conforme à la Convention des droits de l’homme. Le ministre entend « élaborer un projet de loi conforme aux principes retenus par la Chambre en plaçant notamment la réforme de la chasse dans le cadre de l’intérêt général », avait-il communiqué en réaction à l’arrêt. Il avait alors assuré vouloir « le prendre en considération lors de l’élaboration dudit projet de loi tout engarantissant que la chasse puisse assurer, à l’avenir, son rôle derégulateur efficace de certaines espèces de gibier. » Les curieux seront impatients de savoir de quoi aura l’air ce grand écart.

D’ores et déjà, les juristes de la Fédération des chasseurs ont annoncé la couleur lors de la réunion du comité directeur du 5 novembre dernier. Ceux-ci ont été chargés d’analyser les possibilités de limiter au minimum la possibilité pour les propriétaires de refuser l’inclusion de leurs terrains dans les lots de chasse, de rendre le premier article de la nouvelle loi à tel point dissuasif qu’aucun propriétaire ne serait plus tenté de faire des démarches dans ce sens sans risquer d’avoir à s’attendre à des conséquencesfinancières. Ce qui en dit long sur la notion d’intérêt général.

1 Schley L, Dufrêne M, Krier A, Frantz A.C. : Patterns of crop damage by wild boar (Sus scrofa) in Luxembourg over a 10-year period. European Journal of Wildlife Research, 2008

anne heniqui
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