Wolter veut éviter de nouvelles élections

Un contre tous

d'Lëtzebuerger Land du 16.12.1999

Le ministre de l'Intérieur, Michel Wolter, se défend corps et âme pour éviter de nouvelles élections à Esch-sur-Alzette, là même où l'homme politique PCS a débuté sa carrière en tant que conseiller communal. « De nouvelles élections (…) ne sauraient être envisagées qu'en tout dernier lieu, pour résoudre une crise institutionnelle et non pas pour mettre un terme à la mésentente existant entre les élus » argumente-t-il dans le communiqué de presse émanant de son ministère. Une approche a priori logique, le retour aux urnes des électeurs ne pouvant devenir un moyen pour départager des antagonistes de la politique communale. Mais, à Esch, la mésentente ne se limite plus à des personnes, mais à des partis. Dès lors, la réaction du ministre de l'Intérieur prend un tout autre nez.

À trop jouer avec le feu, le PCS a cassé son jouet. Le comportement de sa tête de liste Ady Jung n'y est pas étranger. Mettant la pression avant les élections avec son fameux « bourgmestre ou rien », il avait le triomphe plutôt discret (si jamais cela est possible pour un homme politique de cette trempe) lorsqu'il sortait premier des urnes le 10 octobre dernier. Le PCS attendait patiemment les socialistes, en observant malicieusement le POSL sonder à droite et à gauche pour ne pas s'avouer vaincu. Le début de l'épisode Mischo allait cependant ruiner le scénario. En essayant de récupérer la régie de la bouffonnerie qui lui échappait, le PCS a provoqué un branle-bas sans pareil. Le premier à en avoir fait les frais est Mischo lui-même, brûlé par son ancien parti qui l'avait « convoqué en ville » pour en faire un apparent « apparenté ». Vraie trahison ou pure naïveté de Mischo, toujours est-il que le parti a eu raison de lui. Mischo a abandonné la partie. Au-delà de la revanche envers celui par lequel le malheur était arrivé, le PCS récupérait son siège perdu et s'estime ainsi à nouveau en position de force.

Mais à cause des incroyables soubresauts depuis le 10 octobre, le POSL joue son va-tout en revendiquant un nouveau scrutin. Les temps sont propices : les socialistes semblent avoir surmonté leurs déchirements internes et ont réussi à se débarrasser sans remous du bourgmestre François Schaack ; à part le PCS, tous les partis présents au conseil communal d'Esch se sont prononcés pour de nouvelles élections, désignant plus ou moins ouvertement le PCS et sa tête de liste Jung comme principal responsable de la situation. Or, de nouvelles élections ? malgré les velléités du ministre de l'Intérieur qui, apparemment, accepterait même un « splitting » du poste de bourgmestre à Esch pour éviter le pire ? semblent inévitables. Il s'agit dès lors pour le PCS de gagner du temps et de la jouer finement.

Le parti vit une crise interne à cause des rapacités de Jung. Nombreux sont les militants qui ne veulent plus de celui-qui-a-failli-monter-sur-le-trône comme tête de liste, non seulement à cause d'opinions divergentes, mais aussi parce qu'une tête de liste Jung pourrait hypothéquer davantage encore le score de la liste. Or, le successeur prédestiné, le président de la section locale eschoise du PCS Frunnes Maroldt, n'a jamais réussi à raisonner Jung. Il s'agira ainsi pour le PCS de gagner du temps pour clarifier la situation interne. Puis, dans la situation actuelle, le PCS apparaît effectivement comme le responsable de l'échec. À nouveau à égalité, six sièges contre six, le PCS a besoin d'un sursis pour retourner la situation et revenir au point de départ où les socialistes furent, effectivement à l'époque, les mauvais perdants.

Mais le ministre de l'Intérieur ne peut pas éternellement jouer la montre. Au plus tard lors de la première session du nouveau conseil communal en l'an 2000, l'échec de la formation d'un conseil échevinal sera évident. L'addition pour PCS et Jung, qui y avaient cru, risque d'être douloureuse.

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