Ticker du 24 juin 2022

d'Lëtzebuerger Land vom 24.06.2022

« Une certaine inertie »

L’OGBL et le LCGB se positionnent clairement sur le Fonds de compensation (FdC) et sa stratégie d’investissement. Cette dernière resterait empreinte d’une « certaine inertie » face à « l’extrême urgence climatique », regrette Nora Back (photo : sb), présidente de la Chambre des salariés (et par ailleurs de l’OGBL), qui signe une résolution adoptée à l’unanimité en Plénière, le 31 mars. Largement passée inaperçue, la résolution ne mâche pas ses mots : « En déviant de l’objectif limité de préférence à 1,5°C […], le FdC se positionne en sévère contradiction avec les efforts conjoints du gouvernement et des citoyens luxembourgeois en vue d’atténuer le changement climatique ». La Chambre des salariés appelle le gouvernement à opérer « un changement de paradigme » et à « revoir » le cadre légal et les missions du FdC (dont les réserves pèsent 23 milliards d’euros). Les critères de sélection devraient être redéfinis « de manière beaucoup plus restrictive ». La CSL propose ainsi d’investir davantage dans « le logement locatif à coût modéré » ainsi que dans « la transition écologique au Luxembourg ». Elle peut même « s’imaginer » un élargissement de cette stratégie à l’échelle de la Grande Région. Les syndicats suivent donc Greenpeace et l’ASTM qui ont fait calculer que les investissements du FdC restaient sur une trajectoire écocide de 2,7°C (jusqu’en 2050). La résolution est d’autant plus remarquable que l’OGBL et le LCGB siègent, aux côtés du gouvernement et du patronat, au conseil d’administration du FdC. Quatre hommes d’un certain âge (pour ne pas dire des « boomers ») y représentent les salariés : Carlos Pereira et Serge Schimoff (OGBL), Gabriel di Letizia (LCGB), ainsi que l’ancien directeur de la CSL, Norbert Tremuth, que l’on retrouve également au comité d’investissement. La CSL prend soin à ce que la résolution ne puisse pas être interprétée comme un désaveu de ces hommes, notant qu’elle a été rédigée « sous l’impulsion » des représentants syndicaux auprès du FdC. bt

Contrebande

Le tourisme à la pompe a du plomb dans l’aile. Le président du Groupement pétrolier et administrateur-délégué d’Aral Luxembourg, Romain Hoffmann, se plaignait vendredi dernier dans la matinale de RTL-Radio de la chute des marges sur l’essence et de la concurrence allemande (qui profitera jusqu’en août d’un « Tankrabbatt » de 35 centimes par litre). « Si nous vivions uniquement des pompes à essence, cela ferait longtemps que cela ne fonctionnerait plus », estimait Hoffmann. Heureusement que le « Shop-Geschäft » pèserait pour « la moitié » du chiffre d’affaires. Il s’agit surtout de la vente d’alcool et de tabac.

De l’autre côté de la frontière, on surveille de près ce trafic. Comme le rapporte Le Républicain Lorrain, des agents de la douane française ont intercepté ce vendredi 369 kilogrammes de tabac en provenance du Grand-Duché. « La marchandise était stockée sur trois palettes à l’intérieur d’un camion […] qui rentrait du Luxembourg. » L’opération de contrôle devait « soutenir les débitants de tabacs qui souffrent de la concurrence avec, notamment, le Luxembourg ». Le chef des services des douanes de Thionville estime face au Répu que « la plupart des contrebandiers » ne seraient pas des Mosellans : « Ceux-là se contentent de faire les allers-retours entre leur domicile et le Luxembourg régulièrement et respectent les quantités réglementaires [une cartouche de cigarettes] ». L’essentiel des contrevenants viendrait de loin : « Grand Ouest, centre, région lyonnaise, Savoie », et ne se déplacerait « pas pour rien. » bt

Consensus de Washington

Poussé par le président des États-Unis, Joe Biden, l’impôt minimum mondial pour les multinationales (dont le taux a été fixé à quinze pour cent) tarde à se concrétiser. Vendredi, à la réunion de l’Écofin au Luxembourg, sa transposition européenne s’est heurtée au veto de la Hongrie. (Une manœuvre politique du président Viktor Orbán qui vise à débloquer les 7,2 milliards d’euros de subventions européennes actuellement retenus par Bruxelles.) Le Luxembourg n’a pas figuré dans le bloc des obstructionnistes, constitué par l’Irlande, l’Estonie, Chypre, et la Hongrie.

Que ce soit par conviction ou par peur de se marginaliser, l’ancien ministre des Finances, Pierre Gramegna (DP ; photo : sb), avait très tôt déclaré s’aligner sur le consensus fiscal de Washington, le « cadre inclusif » de l’OCDE devant assurer le sacro-saint « level playing field ». L’impôt mondial minimal s’avère une usine à gaz hypercomplexe. Le Grand-Duché figurera-t-il parmi les gagnants ou les perdants de ce paysage fiscal recomposé ? Une chose est sûre : L’intérêt de monter une structure passant par différentes juridictions sera sérieusement entamé. En 2021, le ministre des Finances irlandais disait se préparer à une perte de recettes de quelque deux milliards d’euros. En attendant 2024, date à laquelle le dispositif de l’OCDE devrait entrer en vigueur, l’impôt mondial fait surtout les choux gras des conseillers fiscaux. bt

Joseph Bourg,

entrepreneur et promoteur immobilier, est décédé la semaine dernière. Originaire d’Ettelbruck, Bourg a fondé Stugalux en 1973. Il était alors âgé de 23 ans. En 2022, le groupe Stugalux arrivait en quatrième position parmi les promoteurs détenant le plus de terrains (selon le classement de l’Observatoire de l’habitat). La firme est connue pour ses projets de lotissements, notamment à Strassen, siège du groupe. Stugalux construisit surtout des maisons unifamiliales, architecturalement insipides mais réputées de bonne qualité bâtie. Il y a quelques années, Jos Bourg avait vendu la société de construction pour se concentrer sur la promotion. Le marché immobilier a fait de lui un homme très riche. En 2021, Bourg rachète le château de Birtrange sur les rives de l’Alzette, qu’il compte transformer en domicile familial. (Le montant de la transaction aurait dépassé le prix de mise en vente de 5,2 millions d’euros.) L’ancien président de la Fédération Saint-Hubert se dit surtout intéressé par les 85 hectares de bois entourant le château. Il y voyait un domaine de chasse idéal. En 2011, après avoir été transplanté du foie, Bourg avait fondé Protransplant, une asbl œuvrant à la promotion du don d’organes. bt

Skilling me softly

L’armée de réserve de travailleurs commence à s’épuiser. Le nombre de demandeurs d’emploi disponibles et inscrits à l’Adem était de 13 900 personnes en mai. Calculé par le Statec, le taux de chômage officiel chute à 4,6 pour cent. (Petit rappel historique : il était en-dessous de deux pour cent jusque dans les années 1990, et dépassait les six pour cent au lendemain de la crise financière de 2008.) Au même moment, l’Adem a constaté un « nouveau record absolu » du nombre de postes vacants déclarés : 13 200, soit une hausse annuelle de cinquante pour cent (sic). Mais alors que la place financière s’étend, le décalage entre compétences disponibles et profils recherchés se fait de plus en plus béant. Résultat : la moitié des demandeurs d’emploi (que l’Adem ne désigne plus d’« administrés » mais de « clients ») se trouvent au chômage depuis plus de
douze mois.

Afin de mieux cacher son impuissance, l’Adem puisse dans la vulgate anglomane : Pour franchir le « skills gap », l’agence mise sur l’« upskilling » et le « reskilling », dans le cadre d’initiatives baptisées « Future Skills » ou « Soft Skill eAcademy ». Aux publics « éloignés du marché de l’emploi », un « coaching » est proposé, des « programmes intensifs » nommés, avec un jeunisme aussi fervent que forcé, « #YouthYourFuture » ou « #Go4Change ». La stratégie, présentée cette semaine par la directrice de l’Adem, Isabelle Schlesser (photo : sb), semble très ambitieuse et faire preuve d’une sacrée dose d’idéalisme technocratique (ou de « solutionnisme » numérique).

Car le top 10 des « métiers les plus fréquemment recherchés » est écrasé par la place financière. On y retrouve, par ordre décroissant, l’audit, la comptabilité, le développement informatique, « l’analyse des crédits et risques bancaires », le secrétariat, le support technique, le « front office marchés financiers » et les conseils juridiques. Or, on voit mal l’Adem upskiller des chômeurs de longue date en « risk managers » ou en experts IT. Dans le classement de l’Adem ne figurent que deux métiers manuels : service en restauration et personnel de cuisine. Or, si le secteur Horeca peine à recruter, c’est que ses cadences et horaires restent très peu compatibles avec une vie familiale. bt

Bernard Thomas, Pierre Sorlut
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