Stil

Bas les masques

d'Lëtzebuerger Land du 10.09.2021

Les beaux jours sont enfin arrivés, les effluves de saucisses et autres fritures aussi, accompagnés des cris en tous genres sur le Glacis ! On y est ! Le mois de septembre est là : on range les maillots de bain, les lunettes de soleil, les pelles et les seaux à la cave, on récupère sa progéniture chez les grands-parents et on file direction… le supermarché. L’heure de la rentrée a sonné pour les plus de 100 000 enfants (107 153 pour la rentrée 2020) qui s’apprêtent à reprendre le chemin de l’école dès la semaine prochaine.

Si pour la plupart des élèves, ce moment est synonyme de joie de retrouver les anciens copains, en connaître des nouveaux, découvrir ses enseignants et renouer avec sa soif d’apprendre, pour les parents c’est le début de l’habituel parcours du combattant qui est lancé. Première étape : les fournitures scolaires. Le ballet des parents assoiffés de stylos quatre couleurs, double décimètres et autres feuilles à carreaux de douze millimètres a débuté dans tous les supermarchés du pays. De cette véritable chasse aux trésors dans les allées, seuls les plus vaillants ressortent indemnes et sains d’esprit. Certains kamikazes emmèneront même ladite progéniture avec eux dans cette quête, ce qui ajoutera au calvaire initial la négociation, perdue d’avance, des préférences (aux goûts parfois discutables) des fournitures choisies à l’effigie de leur héros du moment ou de leur couleur favorite.

Mais pour cette rentrée de tous les espoirs ou toutes les craintes, l’épreuve des fournitures, et autres achats de rentrée, semble bien facile à surmonter. En effet, pour cette deuxième rentrée consécutive et exceptionnelle pour cause de pandémie, le gouvernement a concocté un scénario de base dans lequel il va falloir naviguer face aux différentes options proposées. C’est un travail digne des meilleurs auteurs de fiction, utilisant le célèbre exercice du : « what if » et basé sur le principe rappelé il y quelques jours par le ministre Claude Meisch, lors de sa conférence de presse : Maximal Chancë fir d’Bildung, minimal Chancë fir de Virus (des chances maximales pour l’éducation, des chances minimales pour le virus). Donc accrochez-vous, munissez-vous d’un tableau, de notes autocollantes et peut-être même de quelques feutres fluorescents, afin de réaliser cet exercice périlleux. Alors, le scénario de base est une rentrée libre de tout Covid, c’est-à-dire sans cas positif, tout le monde commence l’année sereinement et on fait enfin tomber les masques en classe et à la récré, mais on le remet pour se déplacer à l’intérieur des bâtiments et dans les transports. À cela viennent s’ajouter deux auto-tests par semaine réalisés à l’école pour les plus jeunes, sous forme hybride domicile / école pour les plus grands. Dans les scénarios suivants, qui se succèdent de un à quatre, il s’agit d’adapter les procédures en fonction du nombre de cas positifs, donnant une liberté relative aux désormais sacrés « 3G », pas le réseau, on n’est plus en 2003, mais bien les Geimpft, Gestest, Geheelt (vacciné, testé, guéri), qui auront la possibilité de continuer à se rendre à l’école mais en remettant le masque en toutes circonstances. Pour la suite des réjouissances, plus le nombre de cas augmente, plus on teste, plus on isole, sauf pour les « 2G », les vaccinés et les guéris. Et puis enfin, le scénario catastrophe, celui qu’il restera à écrire si la situation se présente…

Finalement, ce portemine 0,3 millimètres accompagné de son papier millimétré format A5, si possible à l’effigie de Bob l’éponge et agrémenté de paillettes, ce n’est pas si compliqué à trouver, hein ? Allez, il est encore temps de profiter un peu de cet été aux accents du temps d’avant, de l’insouciance (mais pas trop), de flâner dans les rues de la capitale ou sur les sentiers boisés, de s’envoyer en l’air au Glacis, d’y partager une saucisse, une bière ou une pomme d’amour. Respirez ! C’est la rentrée.

Mylène Carrière
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