Europe de l’Est

Un blocage qui provoque

d'Lëtzebuerger Land vom 20.11.2020

Après l’interminable feuilleton du Brexit, une autre histoire sans fin est en train d’émerger en Europe de l’Est où la Hongrie et la Pologne disent de plus en plus « chiche » à l’Union européenne (UE). Lundi 16 novembre, lors du dernier Conseil européen, la présidence allemande annonçait le veto de Budapest et de Varsovie à l’adoption du plan de relance européen. Les autorités hongroises et polonaises n’ont pas apprécié que l’accès aux fonds européens soit conditionné au respect de l’état de droit. La Hongrie et la Pologne ont été accusées à plusieurs reprises par l’UE de porter atteinte à l’indépendance de la justice et à la liberté de la presse. « L’Union européenne n’est pas une machine à sous, affirme le chef du groupe Renew Europe au Parlement européen, le roumain Dacian Ciolos. Il est inacceptable que certains pays utilisent l’argent des contribuables européens pour miner les droits fondamentaux d’autres citoyens européens. »

La bataille pour un plan de relance à l’échelle européenne sur fond de crise provoquée par le Covid-19 n’est pas gagnée d’avance. Après plusieurs mois de débats, les chefs d’État et de gouvernement européens s’étaient enfin mis d’accord en juillet, lors d’un sommet-marathon, sur un plan de relance post-Covid de 750 milliards d’euros adossé à un budget pluriannuel (2021-2027) de 1 074 milliards d’euros. Ce compromis concernant les finances européennes devait recevoir le feu vert du Conseil européen, mais l’opposition de la Hongrie et de la Pologne complique la donne financière européenne. « Un veto ou la mort : c’est le mot d’ordre-symbole de la souveraineté polonaise face aux ambitions non démocratiques et idéologiques des eurocrates », a déclaré le vice-ministre polonais Janusz Kowalski le 5 novembre. « Le mécanisme prévu contribuera à protéger le budget des violations de l’état de droit qui conduisent à un mauvais usage des fonds », lui a rétorqué l’ambassadeur allemand auprès de l’UE Michael Clauss. Une réaction soutenue par la majorité des eurodéputés qui exigent que le mécanisme de protection de l’état de droit soit une ligne rouge.

Pourtant les prises de position de la Hongrie et de la Pologne à l’encontre de Bruxelles sont loin de faire l’unanimité en Europe de l’Est où le plan de relance européen est considéré comme une bouée de sauvetage dans la crise provoquée par le Covid-19. En Roumanie le plan de relance européen est une manne tombée du ciel bruxellois qui permettra la refonte rapide des infrastructures routières du pays et la digitalisation d’une administration qui a besoin de se moderniser. « Nous allons utiliser trente milliards d’euros pour accélérer la relance économique que nous prévoyons après le passage de la pandémie du Covid-19, a déclaré le chef de l’État roumain, le libéral d’origine allemande Klaus Iohannis. Ces fonds européens sont une opportunité historique pour développer la Roumanie, pour construire des autoroutes et des voies ferrées, pour moderniser l’infrastructure énergétique et la protection de l’environnement, et pour digitaliser l’économie et l’administration. »

À l’instar de la Roumanie, les autres pays d’Europe de l’Est attendent avec impatience les milliards d’euros qui devraient leur parvenir dans le cadre du plan de relance. La Bulgarie affiche déjà une croissance économique de quatre pour cent sur la période de juillet à septembre, et elle compte encore booster son économie avec le pactole européen. Sur la même période la Roumanie affichait une croissance de 5,6 pour cent portée sur la reprise du bâtiment et la consommation des ménages. La République tchèque, très sévèrement touchée par la pandémie du Covid-19, la Slovaquie, la Slovénie et la Croatie comptent aussi sur le soutien de Bruxelles pour relancer leur économie.

La Hongrie et la Pologne sortent du lot et s’opposent à un consensus européen sur la relance économique dont l’UE a besoin pour traverser la crise déclenchée par la pandémie du Covid 19. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, au pouvoir depuis plus de dix ans, est régulièrement critiqué pour ses atteintes à la démocratie dans cet ancien État communiste. « Nous n’avons pas créé l’Union européenne pour avoir une deuxième Union soviétique », a-t-il déclaré après une rencontre avec la chancelière allemande Angela
Merkel, rencontre qui a eu lieu le 12 novembre. Même son de cloche à Varsovie qui s’accorde avec Budapest pour critiquer les exigences de Bruxelles. « Je ne suis pas d’accord pour faire dépendre les dépenses budgétaires de ce que s’imaginent la Commission européenne, d’autres pays membres et d’autres institutions sur le fonctionnement de l’État polonais et de ses institutions indépendantes, notamment de sa justice », a déclaré le chef du gouvernement polonais Mateusz Morawiecki.

Pendant que la Hongrie et la Pologne mènent une bataille pour obtenir plus d’autonomie au sein de l’UE, les autres pays de l’ancien bloc communiste se réjouissent du nouveau plan de relance européen. « La crise épidémiologique que nous traversons montre que l’Union européenne s’est adaptée pour devenir compétitive, a affirmé le président roumain Klaus Iohannis. Le plan de relance européen de 750 milliards d’euros s’ajoute au budget de 1 074 milliards d’euros prévu pour 2021-2027. La Roumanie bénéficiera au total de 80 milliards d’euros. » La manne européenne représente un tiers du PIB roumain, et Bucarest compte sur cet apport financier européen pour rattraper son retard économique par rapport à l’Europe de l’Ouest. Pourtant le plan de relance européen est loin de faire l’unanimité en Europe de l’Est où chaque pays interprète les décisions de Bruxelles en fonction de ses intérêts.

Mirel Bran
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