C’est une entreprise très risquée que de faire des prévisions, surtout quand elles concernent l’avenir. Mais comme il est bon de prendre des risques, je m’aventure à vous dire ce qui arrivera, ou pas, cette année !

Ce qu’il adviendra en 2026 (ou pas)

Gilles Roth, lors de la présentation de la réforme fiscale
Photo: Sven Becker
d'Lëtzebuerger Land du 16.01.2026

Roth et Deprez les Cohérents

Le ministre des Finances, Gilles Roth (CSV), tentera de creuser le sillon doctrinal sur lequel repose le projet de loi portant mise en œuvre de la classe d’impôt unique. Il annoncera (début mars) vouloir réformer les lois du 22 frimaire an VII et du 27 décembre 1817 afin de mettre en cohérence l’imposition des donations et des successions qui tient compte des liens conjugaux avec celle, à l’avenir sans considération pour l’état civil, des revenus. Dans la continuité de cette initiative, la ministre de la Sécurité sociale, Martine Deprez (CSV), fera part (fin avril) de son intention d’abroger les articles 195 à 198 du Code de la sécurité sociale qui prévoient le versement d’une fraction de la pension d’un conjoint ou partenaire décédé au conjoint ou partenaire survivant. Devant le tollé général suscité, ces deux projets seront abandonnés. Si le ministre des Finances, immunisé grâce au « méi Netto vum Brutto », en sortira indemne, la ministre de la Sécurité sociale connaitra un moment mi-figue, mi-chaud !

Gloden le Conquérant

L’année 2026 verra Léon Gloden, ministre CSV des Affaires intérieures avec un goût prononcé pour les résultats chiffrés et – donc – une attitude de comptable, apparaître (lui aussi) comme pouvant prétendre à « être calife à la place du calife » le moment venu. Au sein d’une UE où une part croissante de la population se mettra à regarder la politique (anti)migratoire de Donald Trump avec les yeux de Chimène, le discours de fermeté du ministre Gloden sur la nécessité de ne pas confondre la politique migratoire avec une politique d’aides au développement en fera un nouveau « chouchou » du Politmolitor … notamment auprès des résidents étrangers. Porté par les sondages, il s’autorisera quelques propos libres destinés, dira-t-il, à alimenter le débat. L’un de ses ballons d’essai (ne serait-il pas cohérent avec la logique du regroupement familial que les parents issus de pays-tiers puissent être pénalement condamnés à la place de leurs enfants mineurs délinquants ?) aura un retentissement au-delà des frontières grand-ducales comparable au « merde alors » asselbornien ; l’idée sera reprise par des socialistes danois prêts à violer le principe de responsabilité pénale personnelle pour les étrangers non-communautaires.

Fayot le Rétrocessioniste

Soucieux du devenir de la Grande Région, le député Franz Fayot (LSAP) tentera de faire avancer le schmilblick. Il publiera une tribune engagée dans laquelle le « devoir de juste partage fiscal » se trouvera justifié en convoquant le Protocole franco-luxembourgeois de 1956 par lequel la France avait renoncé aux annuités qui lui étaient dues par les CFL et fourni gratuitement au Grand-Duché vingt locomotives électriques. Des « spécialistes respectés mais pas forcément respectables » se mettront à danser la Macarena autour de ce Protocole dont ils ignoraient pourtant jusque-là l’existence. Le hasard faisant mal les choses, des parlementaires français déposeront au même moment une résolution invitant le gouvernement de la République à faire en sorte que les pensions payées par le Luxembourg à des résidents français soient imposées en France, dans le strict respect de l’article 18 du modèle type de convention fiscale de l’OCDE. En guise de contre-attaque, le député Fayot déposera une motion invitant le gouvernement du Grand-Duché à prendre langue avec les autorités des pays voisins. Il s’agira de créer un fonds d’aides au développement grand-régional alimenté par la neutralisation de la fiscalité liée au télétravail des frontaliers – une idée défendue de longue date par le maire de Thionville Pierre Cuny. Tous les députés luxembourgeois voteront pour, à l’exception notable de ceux de l’ADR qui diront que la « motion Fayot » revient à marquer un but contre son camp.

Wolff le (plus) Malin

S’inspirant de la campagne à la com’ de l’OGBL qui concluait, sur la base du « gender pay gap », que les femmes travaillent gratuitement à partir du 17 novembre, des créatifs du camp patronal lanceront une campagne – se voulant décalée – faisant valoir que, compte tenu de l’écart de rémunération entre le secteur privé et le secteur public, les salariés du privé travaillent gratuitement à partir du 18 mai. Au moins aussi madré que celui qui a inventé la machine à courber les bananes, Romain Wolff de la puissante CGFP fera parvenir à la presse un communiqué très premier degré en deux points : 1) la campagne des créatifs du patronat est la preuve que les entreprises doivent mieux payer leurs salariés ; 2) il est à souhaiter que la transparence des salaires, progressivement imposée par une directive européenne, mettra enfin un terme aux pratiques de discrimination salariale régulièrement dénoncées dans le secteur privé et qui ne concernent pas – soit dit en passant – que des femmes blanches.

Bien dans sa peau et préparé au pire

N’en pouvant plus de l’indigence des prises de position au sujet du plafonnement des loyers, le rancunier « locataire du Limpertsberg » déposera une pétition qui réunira 6 000 signatures en l’espace d’un mois. Il ira donc cracher du feu très bleu à la Chambre des députés. Clou de son passage rue du Marché-aux-Herbes, il révélera les nom, prénom et date de naissance de plusieurs multipropriétaires de logements achetés en francs luxembourgeois et qui – à son humble avis – perçoivent des loyers au-delà du cadre légal. Ce moment suspendu précipitera l’arrêt de la retransmission en direct de son audition. Dans les jours qui suivront, il sera accusé de populisme dans plusieurs Leserbriefe et invité, une nouvelle fois, à aller habiter à Thionville s’il n’est pas content. Lui se bornera à faire remarquer que les multipropriétaires qu’il a cités durant son intervention ne l’ont – toujours – pas attaqué en justice pour diffamation !

Lenert et Tanson contre
le mâle logement

Les députées Sam Tanson (Déi Gréng) et Paulette Lenert (LSAP) dénonceront dans une publication commune la surreprésentation de la parole masculine en général (cf. encadré) et dans le domaine de la politique du logement en particulier. Pour soutenir le propos, elles rappelleront notamment l’épisode des Assises du logement en 2023 à l’Abbaye de Neimënster : Onze intervenants, tous des hommes. Il se trouvera des « mâles Alpha » pour exprimer doctement sur les médias sociaux qu’il est normal que ce soient principalement des experts masculins qui débattent du logement puisque ce sont majoritairement des hommes qui travaillent dans le secteur de la construction. Jamais la dernière quand il faut mettre des points sur les « t » et des barres sur les « i », la Députée Corinne Cahen (DP) lâchera un classique « Je me demande si les lumineux qui soutiennent que les femmes ne devraient pas avoir voix au chapitre du logement et des armées ne sont pas les mêmes qui, sur l’IVG, voulaient apprendre la vie à celles qui la donnent ».

Le (très) grand retour de la question démographique

La boule de cristallerie étant ce qu’elle est, il se produira un mouvement de fond qui viendra confirmer que parfois ce n’est pas le vent qui tourne… mais les girouettes. Concrètement, le Luxembourg se mettra soudainement à se demander d’où pourraient bien venir ceux supposés faire du Grand-Duché un pays avec près d’un million d’habitants et 400 000 travailleurs frontaliers d’ici 2050 ? Il y aura dans ce contexte un festival d’idées innovantes sur comment relancer la natalité et mettre des bébés en ventres. La palme d’or reviendra à l’informé qui citera l’initiative d’Ilia II de Géorgie comme best practice. Aussi, un pataphysicien en manque de vigilance mettra en relation le nombre d’avortements (2 000/an, avancera-t-il) et le nombre de naissances vivantes (6.500/an). Il sera repris de volée pour méconnaitre qu’il n’existe pas de nomenclature spécifique pour l’IVG au sein de la Caisse nationale de santé et – donc – que le nombre d’avortements pratiqués dans le pays n’est pas connu.

Pour le reste, tout est possible – Notamment rien ! Amour, gloire et beauté pour la nouvelle année. Aimez-vous vivant.

Où sont les femmes ?

Sur les douze personnes nommément citées dans cet article, seules quatre sont des femmes ; parmi elles, trois sont évoquées dans des contextes où leur féminité peut être convoquée comme élément interprétatif de leurs prises de position (Tanson et Lenert sur la question du « mâle logement », Cahen sur les propos des « mâles Alpha »).

Cette sous-représentation des femmes reflète une tendance lourde observée dans les médias luxembourgeois. Ainsi, entre le 2 décembre 2025 et le 8 janvier 2026, les émissions phares de 100komma7 (Invité.e vum dag) et de RTL (Invité vun der Redaktioun) n’ont accueilli que neuf femmes sur cinquante intervenants.

N.B. L’identification (en tant qu’homme et femme) des personnes citées dans cet article repose sur les prénoms et l’apparence publique. 2026 oblige, certains ont pu malencontreusement être mégenrés !

Samuel Ruben
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