Marc Hansen fait son entrée au Parlement. L’ancien ministre a un potentiel stabilisateur au sein d’une fraction divisée et volatile

Le retour du lieutenant

Marc Hansen, ce mardi matin, peu avant son assermentation au Krautmaart
Photo: Sven Becker
d'Lëtzebuerger Land du 23.01.2026

Pendant longtemps, Marc Hansen passait quasi-inaperçu dans la presse, qui avait largement sous-estimé son rôle dans les coulisses. Le ministre discret faisait partie du cénacle restreint du DP. Si Xavier Bettel, Claude Meisch et Corinne Cahen formaient le trio dirigeant, Hansen en était le lieutenant. Entre les quatre, il y avait une cohésion générationnelle, tous étant nés au début des années 70. « Quand il y avait des difficultés politiques ou techniques dans la coalition, c’est à lui que Xavier Bettel faisait appel pour s’en occuper », résume Claude Meisch. L’ancienne présidente du DP, Corinne Cahen, évoque, elle, quelqu’un à qui on pouvait « se fier à mille pour cent », un bûcheur de dossiers, « ee Schaffpäerd ». « Dès qu’on se retrouvait face à un dossier technique que personne ne voulait traiter, tous les regards se tournaient vers lui ». Claude Meisch pointe, lui, une « injustice » : « Il a fait énormément de travail qui est resté invisible ».

« C’était parfait ainsi », estime Marc Hansen. Plutôt que de se mettre « en vitrine », il aurait toujours préféré travailler dans les coulisses. Son rôle aurait été de « préparer » les dossiers, d’en identifier les « risques politiques » ; « pour avoir une vue un peu stratégique ». Durant les années Gambia, Marc Hansen défendait la position DP et les intérêts des électeurs libéraux à de nombreuses « interfractionnelles » (réunissant les trois coalitionnaires), que ce soit pour la réforme du bail à loyer, le plan climat ou la loi agraire. Son style de négociation est décrit comme direct et sec. Xavier Bettel veillait à la bonne ambiance au sein du gouvernement. Marc Hansen endossait, lui, le rôle du enforcer libéral, quitte à s’attirer des animosités de la part des coalitionnaires, notamment écologistes. « Dat gehéiert dann dozou », note-t-il sobrement. Il aurait toujours tenté de « trouver des compromis », assure-t-il, même s’il devait parfois « affirmer des positions ». Xavier Bettel lui a rendu hommage, en janvier 2023, lors du pot du Nouvel An du DP : « Hien seet net, wat en ëmmer mécht ; mee wann d’Resultat bis do ass, da rifft e mir un ».

Dix mois plus tard, Marc Hansen échoue, de nouveau, à se faire élire. Cette fois-ci, c’en est bien la fin de sa carrière ministérielle. Il disparaît des radars. Pendant deux ans, on ne le voit plus au DP. (« Je ne voulais pas jouer à la belle-mère », explique-t-il.) Fernand Etgen avait signalé tôt qu’il allait se retirer vers le mi-mandat de la Chambre. Marc Hansen laisse, lui, planer le doute sur ses intentions. (Il n’aurait pas voulu « se prononcer sur des hypothèses ».) Au lendemain du scrutin, il n’avait pas négocié un point de chute avec Xavier Bettel. Il ne s’est pas non plus lancé dans de nouvelles activités professionnelles ou commerciales. Ce que lui aurait permis le Code de déontologie, qui interdit seulement aux ministres sortants de faire du lobbying auprès du gouvernement et de leurs anciens fonctionnaires.

Marc Hansen a opté pour une longue période de cooling-off, soit deux années sabbatiques. Il aurait pris « beaucoup de recul », et se serait occupé de ses « affaires personnelles et familiales ». Il dit avoir laissé derrière lui « la vitesse de l’exécutif », et développé un autre regard, qu’il qualifie de « plus calme », et même de « serein », sur l’actualité politique. Pendant deux ans, il a touché le « traitement d’attente » pour anciens ministres : soit près de 19 000 euros mensuels pendant les trois premiers mois, suivis de 8 500 euros pendant les 19 mois restants. (S’il avait accepté un emploi dans le privé, il aurait pu cumuler ce traitement avec ses nouveaux revenus, à condition que ces derniers ne dépassent pas les 17 000 euros.)

Depuis ce mardi, Marc Hansen siège entre Mandy Minella et Gérard Schockmel. L’actuelle fraction est étonnamment disparate et volatile. On y retrouve des hommes qui, sur les questions sociétales, penchent à droite : Gérard Schockmel (né en 1961) bien sûr, mais également Guy Arendt (1954), André Bauler (1964) et le « vieux jeune » Luc Emering (1996). Ils se retrouvent face à Corinne Cahen (1973) et Barbara Agostino (1982), qui défendent une ligne (relativement) progressiste. Et puis il y a le Stater DP, véritable parti dans le parti. En amont des dernières législatives, Lydie Polfer (1952) et sa lieutenante Simone Beissel (1953) avaient ouvertement mené campagne pour une coalition avec le CSV. Entre les différents courants et diverses chapelles, on retrouve les sans-profile ainsi que Gilles Baum. L’ancien instituteur tente de maintenir la discipline, avec des résultats mitigés. Dans les faits, c’est la présidente du parti, Carole Hartmann, qui tient la baraque parlementaire et assure les arrières des ministres.

Le retour de Hansen à la Chambre (après un passage entre décembre 2013 et mars 2014) permettra-t-il de consolider la fraction ? « Ech kommen net heihinner als Team Gambia oder als Team iergendeppes », répond le néodéputé. Il serait venu « donner un coup de main ». (Hansen reprendra présidence de la commission Défense.) Mais il ne cache pas son agacement face aux invectives, assumées et réitérées, du député Schockmel contre le féminisme « in seiner hiesigen Ausprägung ». « On ne peut pas simplement dire : C’est son avis personnel. Le parti et la fraction doivent défendre des valeurs de base. Ils doivent poser des limites. Et si quelqu’un les dépasse il faut mener e seriöt Gespréich. »

Tout le monde a les faiblesses de ses forces. « C’est un homme de dossiers, structuré et organisé… E Fläissegen », dit Fernand Etgen à propos de son successeur au Parlement. Le compliment est suivi d’une petite pique : « On ne peut pas le comparer à moi, qui vais à la rencontre des gens ». Lors de son premier scrutin national de 2009, Hansen aurait encore fait « ce que font les Éisleker et ce que doivent faire les Éisleker [s’ils veulent être élus] », à savoir l’« Ochsentour ». Mais il s’en serait abstenu aux élections suivantes, regrette Etgen. Et de louer ceux « déi bäigehal hunn » (comme Eric Thill). Pour « le Tigre », un weekend de campagne typique, c’est visiter six à sept événements différents. Du stakhanovisme électoral.

Marc Hansen assume avoir pris ses distances. « J’en suis complètement conscient et je ne le regrette pas une seconde. » Les uns seraient plus doués pour le terrain, tandis que d’autres, comme lui, préféreraient plonger dans les projets de lois. Ancien échevin à Useldange où il siégeait sans carte de parti, Marc Hansen veut pourtant relativiser son image de technocrate. Lui aussi irait « ënnert d’Leit » : « Mee beim siwente Béier, do kann ech kengem méi wéi waarm Loft verspriechen ». Cette attitude, Marc Hansen l’a payée cash aux élections. Il s’est présenté deux fois comme ministre sortant, il a échoué deux fois à se faire élire. (Entre les scrutins de 2018 et de 2023, il aura même perdu des voix nominatives.) Hansen a un autre handicap : Il n’a pas grandi dans l’Éislek, mais à Steinsel. (Son père était employé bancaire, sa mère institutrice.)

Marc Hansen regrette que les jeunes aient à passer « quinze ans » à courir les fêtes locales avant d’entrer au Parlement et d’intégrer pleinement les discussions politiques. Il a emprunté, lui, un autre chemin. Présentateur sportif sur RTL depuis 1995, il dispose d’un capital de notoriété, que le DP lui propose de monnayer aux élections de 2009. La greffe politique a souvent pris, que ce soit pour Félix Eischen (CSV), Cécile Hemmen (LSAP), Françoise Hetto (CSV), Francine Closener (LSAP). Elle n’a pas réussi chez Marc Hansen. Le retour à la maison CLT-Ufa lui étant interdit, le candidat malheureux devient attaché parlementaire dans la fraction libérale, alors dominée par Dan Theisen et Lex Folscheid. Il y prend vite ses marques.

Deux ans et demi plus tard, il est nommé directeur du Journal, tentant dès 2012 un grand « relaunch ». Le quotidien organiquement lié au DP prend une participation d’un million d’euros chez Editpress, son nouvel imprimeur. La maquette est reconfigurée, le nombre de pages passe à 32, le nombre d’éditions par semaine à six. Le Journal promet des dossiers thématiques, une pléthore de nouvelles rubriques et, surtout, de l’« analyse » et des « recherches d’investigation ». Un projet très ambitieux pour une rédaction de neuf journalistes. (En 2020, le quotidien vend son siège, abandonne le papier et devient un pure player digital.)

Dans le jeu de cartes ministériel, Marc Hansen était le Joker libéral. En mars 2014, il remplace le secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur, André Bauler, qui, au bout de trois mois et demi, avait démissionné pour raisons de santé. Avant d’accepter le job, Marc Hansen s’était assuré une autonomie vis-à-vis du ministère de l’Éducation. Il fait du retour économique sa priorité, lançant un Centre for logistics and supply chain management, tout comme un master en Space technologies and business. C’est également sous Hansen que le président de Hitec, Yves Elsen, est nommé à la tête du conseil de gouvernance de l’Uni.lu.

En mars 2015, Marc Hansen est envoyé au ministère du Logement pour y encadrer la ministre Maggy Nagel. Il reprend la boutique neuf mois plus tard, après que l’élue de l’Est a été poussée à la porte. Durant ses deux années et demie comme ministre du Logement, Marc Hansen mènera une politique très prudente et très peu volontariste, évitant d’importuner les multipropriétaires, les agences immobilières et les détenteurs de foncier. (En rétrospective, il admet avoir joué surtout le rôle de « pompier », notamment vis-à-vis du Fonds du Logement.) Comme premier conseiller, il fait venir Jean-Paul Marc, un agent immobilier, au ministère. (Marc le suivra ensuite au ministère de la Fonction publique.) Les critiques que cette nomination a provoquées, Hansen y voit « l’exemple d’une erreur que nous faisons dans nos têtes ». Dans sa logique, nommer un agent immobilier au ministère du Logement, ce serait comme recruter un journaliste au service de communication.

Hansen est actionnaire de deux sociétés civiles immobilières, la première (Tramly SCI) avec son épouse, la seconde (Jumily SCI) avec deux amis de jeunesse. « Do ass e bëssi eppes dran », explique-t-il. « Mais ce n’est pas comme si j’avais une douzaine d’appartements ». Il aurait fait cet investissement locatif il y a vingt ans, « en prenant beaucoup de risques » : « Je n’en dormais pas la nuit ». En octobre 2000, Marc Hansen compte également parmi les actionnaires-fondateurs de Synapse Internet Services, propriétaire du site Athome. (La marque est cédée en 2007 à un groupe contrôlé par Rupert Murdoch.)

En 2018, le DP réussit à sauver le ministre Hansen, en plaçant Fernand Etgen à la présidence du Parlement et en outrepassant André Bauler. Marc Hansen se voit attribuer le portefeuille de la Fonction publique que les libéraux avaient activement convoité. En 2022, alors que la guerre succède à la pandémie, il mène les négociations pour un nouvel accord salarial. Hansen gardera un poker-face, ne communiquant pas en dehors du huis-clos des négociations. C’est non sans fierté qu’il souligne aujourd’hui avoir introduit un nouveau modèle d’augmentation salariale. Pour la première fois, celle-ci n’était plus linéaire mais « gedeckelt », c’est-à-dire qu’elle favorisait les fonctionnaires aux traitements plus modérés. (Une augmentation de cinq pour cent, qui s’appliquait uniquement aux cent premiers points indiciaires et seulement durant une année.) Marc Hansen concède une belle victoire symbolique à la CGFP, en abolissant « le système d’appréciation », tant honni par la puissante confédération. (Celui-ci aurait été « très lourd » et « un peu de l’art pour l’art », estime Hansen aujourd’hui.) L’accord salarial entre en vigueur le 1er janvier 2023, à l’aube du Superwaljoer.

Bernard Thomas
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