Tirerai-je sur une ambulance, voire sur un corbillard ? Pourquoi pas, si l’ambulancier continue à se prendre pour un pilote de Formule 1 dont le bolide aurait été régulièrement saboté par les syndicats et les fonctionnaires. L’autre jour, dans la matinale de RTL-Radio, l’ex-ministre du Travail et des Sports tentait maladroitement (et c’est un euphémisme) de justifier le gâchis qu’il a laissé dans deux ministères qu’il n’a ni digérés, ni dirigés. Il a, depuis, plusieurs fois récidivé, tant sur les ondes du 100,7 que dans les colonnes de la presse écrite. Il était un secret de polichinelle que l’ancien « Turnproff » (tâche qui l’occupait 23 heures par semaine, dixit l’intéressé) était intéressé par le seul ministère des Sports pour lequel il s’attribuait, à tort ou à raison, quelques compétences. Malheureusement, dans son éphémère carrière ministérielle, il ne s’illustrait guère par ses qualités ni de coéquipier, ni de coach ou d’entraîneur, à tel point que l’arbitre Frieden était bien obligé de le sortir du jeu en lui sortant le carton rouge.
Un comble pour ce pauvre Mischo qui voyait rouge tant devant l’OGBL rouge que devant le LCGB noir. Ce dernier était pourtant l’allié du propre parti de Mischo… et (pas si) accessoirement, la patrie politique et syndicale du paternel. Ceci expliquant peut-être cela, la clé de la chute du fiston serait-elle alors à chercher du côté de l’Œdipe freudien ? Relisons à ce propos un article paru le 26 novembre 2018 dans le Wort, modestement intitulé « La gloire de mon père » : « Conseiller communal CSV à Esch-sur-Alzette durant de nombreuses années, Josy Mischo, quitte brusquement le parti en 1999. Le CSV avait alors obtenu sept sièges aux élections communales et il aurait dû être nommé échevin mais cela ne s’est pas réalisé. Il a alors quitté la politique. » Élégamment, l’article ne révèle pas la rumeur que colportait alors, avec une coupable gourmandise, le Tout-Esch : Ady Jung, le commerçant CSV du bien nommé Centre Mercure, caressait à l’époque quelques espoirs de devenir maire de la Métropole du Fer et aurait acheté le retrait du père de Mischo, nettement mieux élu, pour une rente de quelques 5 000 francs. Cet épisode peu reluisant n’empêcha pas François Schaack du LSAP de rester maire, les Eschois ayant préféré le prof de maths au marchand de calculettes. A l’époque, cette triste pagnolade inspirait plusieurs chroniques à votre serviteur où il exprima toute sa honte d’être et de rester, contre vents et marées, « e Minettsdapp », un enfant d’Esch, fût-ce d’Esch-la-mauvaise.
Depuis Freud, nous savons que le fils voue une relation ambivalente au père : Il l’aime, il l’admire, mais il voit aussi en lui un rival qu’il faut éliminer, du moins symboliquement. Lacan appelait cela de l’hainamoration. Et si ce complexe d’Œdipe était à l’origine de l’agressivité dont faisait preuve l’ex-ministre du Travail à l’égard des syndicats ? Dans l’article suscité, Georges, le fils, rend hommage à Josy, le père, et laisse entendre entre les lignes que sa carrière politique est aussi une revanche pour le parcours injustement avortée du paternel. Voilà pour l’envers de la médaille de l’amour filial, dont le revers est constitué par la haine œdipienne, à l’origine de ce qui s’apparente à un véritable autosabotage de son parcours ministériel. Dans une de ses nombreuses récriminations, Georges Mischo reproche au gouvernement d’avoir rendu trop fort l’union syndicale, comme si des syndicats forts ne garantissaient pas un rapport sain entre salariés et patrons, entre gouvernés et gouvernants. En essayant maladroitement de rogner de nombreux acquis sociaux (flexibilité du travail, modalités des contrats collectifs, etc.), l’ex-ministre entendait « moderniser » le droit du travail dans l’esprit de l’accord de coalition. Face à des syndicats forts, le nouveau ministre du Travail continuera-t-il ce travail de sape tout en (dé)clamant « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » ? Ce qui ne veut pas dire forcément que Marc aura pour Nora les yeux de Chimène.