Sorti d’une école de commerce et spécialiste web de profession, Max Sabbatucci n’était pas destiné à l’apiculture. Pourtant depuis 2014, cet Italien ayant grandi au Luxembourg, vit une grande partie de sa vie au rythme des abeilles

Une passion au rythme des abeilles

d'Lëtzebuerger Land vom 18.12.2020

Kirchberg, Walferdange, Eischen... Max Sabbatucci, a planté ses ruches dans différentes zones forestières du Grand-Duché et en Allemagne. Sur leurs localités précises, il préfère rester discret, comme on ne partage pas de bons coins à champignons. Aujourd’hui ses ruchers regroupent un total de 18 ruches, dont sept nouvelles installées cette année. Il y a encore sept ans, pourtant, l’homme ne se connaissait aucun atome crochu avec le travail agricole. « Pour moi, l’apiculture, c’est vraiment quelque chose qui est venu de nulle part », avoue-t-il sans détour. « En 2013 j’ai regardé le documentaire intitulé More than Honey (de Markus Imhoof, ndlr) sur les abeilles et l’apiculture. Le film m’a passionné et, par hasard, peu de temps plus tard, une amie m’a proposé de suivre une formation d’apiculteur organisée par la Fédération luxembourgeois des apiculteurs, la FUAL ». Deux hasards de la vie qui, à la suite de ces cours, le pousse à acheter ses premières ruches auprès d’apiculteurs déjà installés.

18 ruches, ça ne fait pas tout à fait une entreprise. Du coup pour Max Sabbatucci, l’apiculture n’est pas (pas encore ?) un véritable travail, mais un hobby. Alors que certains courent, jouent aux cartes ou font des sculptures en allumettes, lui passe désormais une bonne partie de son temps libre auprès de ses abeilles. Combien de temps ? On a beau lui poser la question, on n’obtient pas de réponse chiffrée. À la place, on a droit à de longues tirades sur « l’approche de l’apiculteur », la saison qui va « crescendo » depuis « la floraison du cerisier, autour du mois d’avril » jusqu’au barbecue du club d’apiculteurs « vers le début de juillet », du travail à réaliser à la fin de la saison : « récolter le miel, réparer les ruches, protéger les colonies des parasites comme la varroa, s’assurer qu’il y ait des réserves pour que les abeilles aient assez de nourriture pour passer l’hiver, nettoyer les cadres… ». Il sera aussi question de flux du nectar, de floraison, de météo, d’essaimage, de rythme « dicté par la biologie de l’abeille », de qualité, de pollution, etc… Un discours qui sent bon la passion et une activité on ne peut plus enrichissante pour l’individu.

Et pour le compte en banque ? « Pour l’instant, je ne gagne pas d’argent avec l’apiculture ». Il détaille cependant la mise de départ : « Pour moi c’est un hobby qui ne demande pas des frais exorbitants. Il faut calculer, grosso modo, 300 euros pour une ruche complète avec une colonie sur quatre à cinq cadres, et, dans l’idéal, il en faut au moins deux ». Il ajoute : « Avec une centaine d’euros de matériel : enfumoir, voile et autres outils, on se débrouille ».

Travailleuses, ses abeilles lui ont fourni, cette année, 176 kilos de miel qu’il a pressé à froid et filtré afin de garder intactes toutes les propriétés nutritionnelles. Des miels – chaque rucher et chaque saison a ses spécificités au niveau du goût, de la consistance, de la couleur… – qu’il propose en vente directe, sur son site internet (grandrucherdeluxembourg.com) sous la marque « hʌ∩i ». L’ensemble de sa production, pour laquelle l’apiculteur a toujours suivi le protocole bio – il a d’ailleurs conclu avec succès toutes les démarches pour obtenir la certification à partir de l’année prochaine –, trouve preneur par ce biais, « auprès d’amis et d’amis d’amis » souligne-t-il. Au Luxembourg, bien sûr, mais aussi en Allemagne, au Danemark, en Espagne, en Angleterre, en France ou en Italie…

Actuellement sont disponibles sur son site internet, du miel du Kirchberg, du miel de printemps et d’été de Walferdange et du miel et miellat d’Allemagne, en pots de 400 grammes. Quand on lui demande quel est le meilleur, on répond : « C’est une question de goût personnel. Comme pour le vin ! » C’est pourquoi sur le site internet on trouve une fiche décrivant la spécificité de chaque produit de la gamme, aussi bien au niveau des arômes que des saveurs, de la couleur que de la texture, de son attaque que de son arrière-bouche, mais aussi de ses valeurs nutritionnelles. Ainsi, on apprend que le miel du Kirchberg est ambré, qu’il possède des arômes fruités et de caramel et des saveurs de fruits secs, figue et prune. Sa viscosité est lisse, cristallisée et d’épaisseur moyenne ; son attaque est sucrée tandis que son arrière-bouche est long et frais. On apprend aussi que 100 grammes de miel apportent en moyenne 304 kcal, 82,4 g de glucides, 0,5 g de protéines, 52,9 g de potassium, 1,3 mg de fer et 2 mg de magnésium.

En plus du miel, depuis cette année, l’apiculteur développe des produits tirés de son travail apicole, comme la possibilité d’adopter une ruche pour les personnes ayant envie d’être au plus près du miel qu’ils consomment, mais n’ayant pas nécessairement le temps de devenir eux-mêmes apiculteurs. Plusieurs formules sont ainsi proposées, avec des visites actives de la ruche, un certain nombre de pots du miel, des réduction sur le prix d’achat de toute autre produit, voire des pots à la marque de l’entreprise adoptante. De nouvelles idées pour continuer à faire vivre une passion de plus en plus présente.

Selon Jean-Paul Beck, président de la Fédération des Unions d’Apiculteurs du Luxembourg (FUAL), on compte environ 450 apiculteurs au Luxembourg dont seulement trois apiculteurs professionnels et une dizaine d’apiculteurs semiprofessionnels. Cela représente quelque 7 000 ruches

Pablo Chimienti
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