Chroniques de l’urgence

Pampa renouvelable

d'Lëtzebuerger Land du 05.11.2021

Le caractère pionnier de l’Uruguay a été évoqué ces derniers temps au Luxembourg lors de la discussion sur la légalisation du cannabis. À l’initiative de son président José Mujica, le pays a en effet été le premier au monde, en 2013, à légaliser l’utilisation de la marijuana à des fins récréatives. Il est cependant un autre domaine où ce « petit » pays (près de 70 fois plus grand que le Luxembourg, tout de même) en met plein la vue : celui des énergies propres.

En l’espace de dix ans, la république orientale de l’Uruguay a porté à plus de 97 pour cent le taux de celles-ci dans son mix énergétique tout en réduisant les prix pour les consommateurs. Certes, comme la plupart de ses voisins, le pays partait d’un socle impressionnant de production hydro-électrique. Mais son parc de barrages et l’infrastructure de transport d’électricité était vieux et la dépendance à l’hydro-électricité constitue désormais une vulnérabilité considérable lorsque les sécheresses induites par le réchauffement contraignent les autorités à choisir entre préservation des réserves d’eau et production d’électricité.

Au début des années 2000, le pays était, comme le reste du monde, accro au pétrole et au gaz, avec une facture représentant 27 pour cent de ses importations et un gazoduc en chantier pour importer du méthane d’Argentine. Désormais, l’Uruguay importe des éléments d’éoliennes à tour de bras et utilise abondamment le vent et le soleil pour produire de l’électricité ou de l’eau chaude, ainsi que la biomasse. En 2015, Ramón Méndez, son responsable pour la politique climatique, était en mesure de se rendre à la Conférence de Paris fort d’un engagement dont les autres participants ne pouvaient que rêver : réduire les émissions de carbone du pays de 88 pour cent d’ici 2017 par rapport à la moyenne 2009-2013. Le tout sans construire de nouveaux barrages et sans recourir à l’énergie nucléaire. La recette, expliquait alors Méndez : s’appuyer sur des décisions claires, créer un environnement réglementaire cohérent et favoriser des partenariats forts entre secteurs public et privé. Le prix de rachat de l’électricité a été garanti pour vingt ans, ce qui a rassuré les investisseurs. Alors qu’il y a quelques années, le pays importait encore de l’électricité et s’était ainsi retrouvé dans le noir à la suite d’une vaste panne en Argentine en 2019, il produit désormais toute l’électricité qu’il consomme et envisage de vendre ses excédents à ses voisins.

Le pays ne s’est pas encore sevré des hydrocarbures pour les transports. Mais en comptant ces derniers, les renouvelables représentaient quelque 55 pour cent de l’énergie consommée dans le pays en 2015, alors que la moyenne mondiale était de l’ordre de douze pour cent (elle est entre-temps montée à quelque seize pour cent).

Pari tenu, donc, et ceci sans injection de fonds gouvernementaux, ce qui pour nous Européens, habitués à ce que des subventions aux ménages et aux entreprises accompagnent les mesures de verdissement de l’économie, ne constitue pas la moindre des surprises.

Jean Lasar
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