C’est un aveu. L’aveu implicite d’une abdication devant l’arbitraire de Donald Trump. L’aveu que l’on a menti en prétendant que le Luxembourg tenait au droit international et défendait l’ordre mondial issu de la Seconde Guerre mondiale. Lundi, le Wort a révélé que la Spuerkeess avait clôturé les comptes de la Cour pénale internationale (CPI) en février 2025, quelques jours après que le président américain a prononcé des sanctions contre des magistrats de l’institution basée à La Haye, vexé que cette dernière poursuive deux membres du gouvernement israélien pour des crimes commis dans la bande de Gaza.
Mardi, la députée écologiste Sam Tanson s’en est émue à la Chambre et a posé une série de questions (sur le degré d’implication du gouvernement et sur la cohérence d’un tel acte avec la position officielle) auxquelles le ministre des Finances, Gilles Roth, n’a pas répondu. Après avoir expédié l’attachement du Grand-Duché à l’ordre juridique international, le ministre chrétien-social a principalement parlé opérations bancaires et relations clients. Il a d’abord insisté sur le secret bancaire… en glissant toutefois : « Je ne peux pas exclure que ce soit arrivé d’un commun accord ». (Effectivement, la CPI ne conteste pas devant les juridictions luxembourgeoises, selon le Parquet.) Puis il a longuement (sur)joué la carte de la dépendance de l’économie luxembourgeoise au dollar. Pour « nos citoyens, notre économie, nos entreprises », il serait « impensable » que la BCEE n’ait plus accès à la monnaie américaine. Lisant le script préparé par ses services, Gilles Roth assume l’attitude adoptée par la banque. Il n’aurait toutefois pas été impliqué en amont.
Dans un courriel envoyé au Land, la rue de la Congrégation l’assure : « La BCEE n’a pas consulté le ministère des Finances » avant de clôturer les comptes. Le gouvernement n’aurait pas non plus été contacté par l’administration Trump, selon les collaborateurs de Gilles Roth. La direction de la banque publique (la directrice générale, Françoise Thoma, est juriste) a donc, toute seule, jugé raisonnable de fermer un canal de financement de la seule juridiction internationale, héritière du tribunal de Nuremberg, capable de juger les responsables politiques soupçonnés d’avoir commis des crimes de masse.
Alors, c’est vrai, l’administration Trump, s’exprimant au nom des États-Unis, s’attend à ce que « ses alliés » (qu’elle méprise par ailleurs) mettent en œuvre les sanctions qu’elle prononce. Dans un email adressé au Land, l’ambassade poursuit : « Foreign persons, including in Luxembourg, providing material support to sanctioned individuals and entities associated with the International Criminal Court face sanctions risk. » La menace existe. Le gouvernement et l’UE prouvent néanmoins, par nécessité, qu’il est possible de ne pas caresser Donald Trump dans le sens de son cheveu blond : Gazprombank est autorisée à maintenir sa filiale au Grand-Duché alors que l’Oncle Sam l’a (là très spécifiquement) sanctionnée en novembre dernier.
Voici la position officielle du gouvernement, rappelée par le ministre des Affaires étrangères, Xavier Bettel (DP), dans une question parlementaire en janvier : « Le Luxembourg demeure fermement opposé à toute tentative de discréditer la Cour et d’entraver son travail et condamne toute menace, attaque ou ingérence politique, y compris les sanctions ou mesures d’effet similaire, dirigées contre la Cour. La Cour demeure une institution indispensable pour combattre l’impunité et promouvoir un ordre international fondé sur la règle de droit. » Si le gouvernement tient vraiment à cette ligne, alors ses ministres peuvent faire amende honorable, voire rouvrir les comptes de la CPI en offrant les frais de dossier. Mais ils ne le font pas, car la peur de mauvais indicateurs économiques (voire de faillite) prime sur la crainte de l’effondrement de l’ordre international. D’ailleurs, si l’on applique le mantra pragmatique régulièrement mis en avant par la team Frieden, l’on peut aussi penser que la résistance du Luxembourg au Trumpspreading ne changera pas la face du monde. Alors, de grâce, que l’on ne prétende plus être du bon côté de l’Histoire.